| ENQUÊTE
Le cinéma commercial asiatique
sort ses griffes
Dopés par leur succès
tant local quinternational, les films asiatiques saffranchissent
des frontières puisant leurs capitaux aux quatre coins du
continent, quand ils ne sappuient pas carrément sur
des préachats internationaux. Corée en tête,
mais aussi Hongkong, Thaïlande et même Chine dessinent
la carte dun nouveau cinéma commercial.
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A Tale of Two Sisters de Kim Jee-woon, 1er
film coréen préacheté par la France par
Wild Side Films, a réuni 3 millions dentrées
en Corée.
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Il se passe quelque chose dans le
cinéma asiatique : le modèle coréen dun
cinéma de genre, au fort potentiel commercial, doté
de moyens conséquents et capable de conquérir un public
local aussi bien quétranger, fait des émules
en Asie. Cest le cas, entre autres, à Hongkong, avec
Infernal Affairs, et en Thaïlande, avec Ong Bak, deux méga-succès
régionaux qui sarrachent dun bout à lautre
de la planète. Sur la carte du nouveau cinéma commercial
asiatique, les frontières ne sont plus ce quelles étaient,
et les coproductions peuvent rassembler des investisseurs de Singapour
ou même de Chine populaire pour un film tourné par
un réalisateur taïwanais. Et peu importe finalement
que laction se passe à Bangkok ou à Shanghai,
quon y parle thaï, mandarin ou cantonais : comme le prouve
le dernier Tarantino, Kill Bill, tout entier conçu comme
un hommage aux films de genre hongkongais et japonais.
Nouvel Hollywood asiatique et lun des seuls pays au monde
à pouvoir afficher 48% de parts de marché au box-office
local, la Corée prouve cette année encore que le succès
de son cinéma nest pas un feu de paille : jeunes, souvent
formés aux États-Unis, les réalisateurs coréens
font preuve dun art consommé de la mise en scène.
Certes, tout nest pas à retenir, loin de là,
dans une production qui décline à lenvi les
recettes qui marchent, de la comédie à grosse ficelles
au film dhorreur sanguinolent, mais les capitaux et les structures
sont au rendez-vous, tout comme la qualité technique et,
de plus en plus, loriginalité : thriller policier situé
dans la Corée de la dictature militaire, Memories of Murder,
deuxième film de Bong Joon-ho, un réalisateur de 34
ans, et numéro un coréen du box-office en 2003 avec
5 millions dentrées, allie un sens certain du suspense
et de lesthétique. Cest devenu une valeur sûre
dans les territoires de la région le film a été
vendu 1,5 ME au Japon. Alors que les films de série B nippons
se tournent avec des budgets minuscules, les films de genre coréens
(daction, dhorreur et de gangsters) ont de plus en plus
les moyens de leurs ambitions : cest le cas de Tale of Two
Sisters (3 millions dentrées en Corée), de Kim
Jee-woon, acheté par Wild Side Films en France, et dont les
droits de remake ont été cédés à
DreamWorks. Au point quil soit de moins en moins rare pour
les producteurs coréens de pouvoir compter sur des préachats
internationaux : Désormais, quand on produit un film,
on fait entrer en compte les ventes que lon peut générer
sur le marché international. Pour Tae Guk Gi, le prochain
film de Kang Ge-kyu (le réalisateur de Shiri), nous avons
déjà vendu pour 3 M$ de droits, et nous comptons atteindre
6 M$ en préventes internationales, soit la moitié
du budget, estime Taesung Jeong, directeur général
de Showbox, coproducteur du film et nouveau poids lourd du cinéma
coréen aux côtés de CJ Entertainment et Cinema
Service.
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