| ENQUÊTE
Le cinéma commercial asiatique
sort ses griffes (suite)
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Le film de boxe thaïe Ong bak du Thaïlandais
Prachya Pinkaew, a été acquis par Europa Corp.
pour les USA, lAmérique du Sud et une partie
de lEurope.
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La réussite coréenne
est contagieuse : le vent de renouveau qui souffle à Hongkong
depuis Shaolin Soccer en 2001 a été relayé
cette année par une série de succès qui ne
doivent rien au hasard. À peine remise du SRAS, lancienne
capitale du cinéma asiatique reprend confiance : produit
par Media Asia, Infernal Affairs, réalisé par Andrew
Lau, raconte laffrontement entre deux infiltrés,
un gangster qui a réussi à sintégrer
dans la brigade anti-gang et un flic parvenu au cur de la
mafia. Les deux protagonistes sont joués par les stars du
cinéma hongkongais que sont Andy Lau et Tony Leung. Le
succès de Infernal Affairs a surpris tout le monde, nous
en premier, et je crois que ça a vraiment redonné
confiance aux gens du cinéma ici. Nous avons pris des risques,
le budget était élevé pour Hongkong (environ
5 ME) et il était décidé dès le départ
de faire une trilogie. Il était indispensable que le film
marche au moins en Asie pour être amorti, explique Jeffrey
Chan, chef des ventes de Media Asia. Sorti début octobre,
Infernal Affairs II, prequel dont laction se situe une quinzaine
dannées avant, est en train battre le record du premier
opus. Un troisième volet sortira en décembre. Infernal
Affairs a été vendu dans tous les pays cest
StudioCanal qui lacheté pour la France, Miramax pour
les Etats-Unis, tandis que les droits de remake ont été
cédés à Warner pour 1,5 M$.
Dévastée par le piratage de ses films en Chine, lindustrie
du cinéma de Hongkong aperçoit aujourdhui la
lumière au bout du tunnel : Le marché du DVD
et VCD en Chine est en train de se réguler de lui-même.
Les anciens pirates deviennent des distributeurs réguliers
et la différence entre un DVD piraté et un vendu légalement
nest plus que de 4 yuan (moins dun euro). Limportant
est de pouvoir sortir le film tout de suite en DVD en Chine, puisquil
ny a pas de délai à respecter, mais en mandarin,
sans bonus. Le DVD hongkongais complet en VO sort, lui, à
Hongkong un mois après la sortie en salle. Les majors américaines
ne font pas ce genre deffort, donc les films sont piratés,
mais pour nous ça devient vital. On commence à tirer
des revenus impressionnants des ventes vidéo en Chine, puisque
nous avons remonté léquivalent de 1 M$ pour
Infernal Affairs, dit Jeffrey Chan de Media Asia. Le marché
du DVD est libéralisé en Chine, cest-à-dire
quil nest soumis à aucun quota, à la différence
de lexploitation en salle. Si les films de Hongkong sont désormais
hors quota, ils sont achetés par China Film Import, monopole
détat qui impose ses tarifs. Seules les coproductions,
dont les règles ont été assouplies pour Hongkong,
peuvent avoir un accès direct au marché de salles
chinois. Ce sera le cas de Infernal affairs III. Même dans
ces conditions, lexploitation en Chine rapporte peu, car le
nombre décrans de bonne qualité est très
limité (environ 200). Le rôle croissant de la Chine
dans le cinéma de lancienne colonie britannique ne
sarrête pas là : la majeure partie des films
de Hongkong compte désormais des investisseurs chinois dans
le tour de table. Comme Tomson Films, basé à Shanghai
: la société de production de lactrice taïwanaise
Hsu Feng, qui a produit Farewell My Concubine et Temptress Moon,
a décidé de revenir huit ans plus tard à la
production, après avoir fait fortune dans limmobilier
à Shanghai. Tomson Film développe entre autres le
prochain Fruit Chan, intitulé Chao Chou Alley, mais aussi
les prochains films des Chinois Jiang Wen (le réalisateur
des Démons à ma porte) et Feng Xiaogang, le numéro
un du box-office de Chine continentale, encore peu connu à
létranger. De par sa situation, le cinéma de
Hongkong a été le premier à recourir à
un modèle économique de coproductions entre pays de
la région. Infernal Affairs a été cofinancé
par Raintree Pictures, principale société de production
de Singapour, ville-état de 3 millions dhabitants à
la cinématographie émergente. Outre Infernal Affairs,
Raintree Pictures, qui a produit la plupart des succès singapouriens
de ces dernières années (notamment I Not Stupid en
2002 et Homerun de Jack Neo en 2003), a ainsi investi 2 ME dans
The Eye, des frères Pang, une coproductions avec le hongkongais
Applause Pictures, et autant dans Turn Left Turn Right, du génial
et prolifique Johnnie To. Il ne sagit pas de participer
simplement à un film de Hongkong ou de Thaïlande, mais
à des films asiatiques qui font appel à des talents
en provenance de toute lAsie. The Eye est une collaboration
entre des gens de Thaïlande, Malaisie, Taïwan, Hongkong
et Singapour. Je vois ce film comme un mini Tigre et dragon, et
son succès a dépassé toutes nos espérances
en Asie. Turn Left, Turn Right, est tiré du best-seller dun
illustrateur taïwanais, et implique des gens de Hongkong, du
Japon et de Singapour. Ces films non seulement rapportent, mais
ils sont en train de restaurer la foi dans les films asiatiques.
Ils prouvent quen unissant les meilleurs créateurs
de la région, on peut être au niveau du top mondial.
Comme pour Tigre et dragon aux Etats-Unis et Hero en Europe, on
saperçoit que les marchés américains,
européens, japonais souvrent à nos films sils
sont suffisamment universels, explique Daniel Yun, le président
de Raintree Pictures.
Le renouveau du cinéma commercial asiatique nest pas
passé inaperçu du côté des majors américaines.
Columbia Pictures, dont la stratégie est de produire des
films locaux, a été la première à jouer
la carte asiatique avec Tigre et dragon de Ang Lee. Depuis lors,
la filiale de Sony Pictures a participé à une dizaine
de films asiatiques : Lidée est dapporter
au projet lexpertise de Columbia, et un accès élargi
aux marchés internationaux, indique Norman Wang, en
charge du développement à Columbia Pictures Film Production
Asia, basé à Hongkong. Columbia coproduit quatre films
asiatiques cette année, dont le très attendu Kung-fu
Hustle, de Stephen Chow, lacteur-réalisateur de Shaolin
Soccer, actuellement en tournage à Shanghai, et Cell Phone,
du roi de la comédie chinoise Feng Xiaogang. Warner Brothers
a, de son côté, investi dans Turn Left, Turn Right
aux côtés de Raintree et de Milkyway Image, la production
du réalisateur Johnnie To. En France, nul autre quEuropa
Corp., tout entier dévoué au film de genre multinational,
aurait été plus à même de surfer sur
cette nouvelle vague asiatique : la société de Luc
Besson, qui a distribué fin 2002 le film thaï Les larmes
du tigre noir, puis lété dernier les deux films
des frères Pang, Bangkok Dangerous et The Eye, a craqué
pour Ong Bak, un film de boxe thaï dont le jeune acteur, Tony
Jaa, est un combattant hors pair qui na besoin ni de filins
ni deffets spéciaux pour ébahir le spectateur.
Lintrigue nest pas sans rappeler quelque chose : un
jeune villageois naïf et pur, mais entraîné aux
arts martiaux depuis son plus jeune âge, doit retrouver une
statue sacrée du bouddha volée par des gangsters
course poursuite de tuk-tuk et Bangkok by night à la clé.
Europa aurait déjà signé pour les prochaines
aventures de ce Bruce Lee made in Thaïlande.
Brice Pedroletti
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