Richard Anconina

Anne Parillaud

Pierre Jolivet

Khaled Ghorbal


 
 
















 
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Edition du Vendredi 15 mars 2002
 
 

 

Anne Parillaud

Pour son rendez-vous mensuel, Le film français a invité Anne Parillaud et Richard Anconina, interprètes de Gangsters, Pierre Jolivet, réalisateur du Frère du guerrier, Khaled Ghorbal pour son film Fatma.

Dans Gangsters, on retrouve un peu de Nikita...
Je crois qu’il est difficile de ne pas trouver de lien avec un personnage aussi fort que celui de Nikita, avec toutes ses facettes. Dans Nikita, il y avait la clocharde, la toxico, la fêlée, la violente, mais aussi le glamour, l’enfantin, l’amoureuse, la fille normale… Et puis, je pense qu’on vient me chercher pour ce paradoxe que je porte en moi : quelqu’un de fragile à l’intérieur et fort à l’extérieur. C’est compliqué d’ailleurs, parce que je ne joue pas mes personnages, je suis mes personnages…

Qu’est-ce qui vous a attirée dans celui de Gangsters ?
Marie est apparemment peu aimable, blessée, désabusée même. Mais malgré cette noirceur, elle va jusqu’au bout des choses. Et comme tous ces flics de terrain dont la tâche est d’infiltrer les milieux, à force d’endosser la peau des autres, elle a pu basculer. C’est ce parallélisme entre ces gens et les acteurs justement qui m’a fait vibrer tout de suite. Comme toujours en ce qui me concerne, c’est à la lecture du scénario que tout se déclenche. C’est là que s’opère une véritable rencontre avec le personnage, comme quelqu’un qui frappe à ma porte. Ma vraie jouissance, c’est la possibilité de cohabiter avec un personnage, jusqu’à endosser vraiment son identité. C’est très physique, et j’adore ça. Quand j’accepte un rôle comme celui de Marie, je me sens alors l’avocat qui défend son client jusqu’au bout. Toute mon ambition, c’est de la comprendre, que les gens ne la jugent pas mal, malgré sa marginalité, son décalage, sa dureté. Ensuite, il y a la rencontre avec le réalisateur. En dernier lieu, l’histoire. Pour moi, l’histoire n’est que l’emballage du film. Je suis séduite par le fond, jamais par la forme.

Le fait qu’Olivier Marchal ait été flic avant d’être cinéaste était-il un plus ?
C’était fondamental de tourner ce film avec quelqu’un qui venait du terrain. Il m’a évité de perdre mon énergie à chercher des pistes, de manière artificielle. À ses côtés, je suis allée au-delà de la découverte du monde de la nuit, des boîtes, des peep-shows, des flics et des prostituées. Il m’a plongée dedans. J’étais ébahie par les paradoxes incroyablement touchants des prostituées. C’est ce décalage entre ce qu’elles sont et ce qu’elles font qui m’a nourrie.

Aviez-vous confiance en lui comme réalisateur ?
En fait, si j’ai aimé le côté brut de décoffrage du scénario, j’avais besoin d’un réalisateur qui sache marier la brutalité du propos avec de vraies émotions, de la subtilité et de la délicatesse. J’ai vraiment apprécié le mélange d’innocence et de mélancolie d’Olivier.

Vous avez enchaîné avec Scènes intimes de Catherine Breillat. Un sacré changement de registre...
Un bouleversement total ! Une vraie rencontre avec quelqu’un d’incroyablement intelligent, de magnifique, dont je connaissais, sinon tous les films, du moins toutes les interviews, les déclarations que je trouvais toujours brillantes. Le tournage a été magique. Car si Catherine ne parle pas de film autobiographique, la réalisatrice que j’incarne, c’est bien elle. Elle m’a fait basculer de l’autre côté du miroir. Pour la première fois peut-être, j’ai trouvé la tyrannie de la perfection, ce qui pour un comédien est une épreuve incroyablement enrichissante. Catherine ne veut que la vérité. Elle ne se contente pas du naturel ou du bien joué. C’est un scanner qui détecte le moindre faux-semblant. Elle est capable de vous mener sur des chemins inexplorés. Pour ma part, j’avais l’habitude de jouer plutôt avec mes yeux et mon corps, qu’avec les mots. Avec Catherine, tout est dans le verbe, et sur chaque mot, il y a une image. Dans Scènes intimes, je parle pendant deux heures, et j’adore ça. Sur un tournage, Catherine n’est pas un être humain. C’est une obsédée. Jusqu’alors, je me sentais seule dans ce cas-là.

Son sens de la provocation ne vous faisait pas peur ?
Non, parce qu’elle a cette faculté de lier, avec brillance, le fond et la forme. Un peu comme les grands auteurs classiques. Sa provocation n’est pas formatée. Elle m’a déshabillée spirituellement, et j’ai adoré cela… Et puis, plus que de la provocation, son film est une vraie déclaration d’amour au cinéma en général, et à la création en particulier.

Propos recueillis par Sophie Dacbert


 
 
 
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