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Pour son rendez-vous mensuel, Le film français
a invité Anne Parillaud et Richard Anconina, interprètes
de Gangsters, Pierre Jolivet, réalisateur du Frère
du guerrier, Khaled Ghorbal pour son film Fatma.
Dans
Gangsters, on retrouve un peu de Nikita...
Je crois quil est difficile de ne pas trouver de lien avec
un personnage aussi fort que celui de Nikita, avec toutes ses
facettes. Dans Nikita, il y avait la clocharde, la toxico, la
fêlée, la violente, mais aussi le glamour, lenfantin,
lamoureuse, la fille normale
Et puis, je pense quon
vient me chercher pour ce paradoxe que je porte en moi : quelquun
de fragile à lintérieur et fort à lextérieur.
Cest compliqué dailleurs, parce que je ne joue
pas mes personnages, je suis mes personnages
Quest-ce qui vous a attirée dans celui de Gangsters
?
Marie est apparemment peu aimable, blessée, désabusée
même. Mais malgré cette noirceur, elle va jusquau
bout des choses. Et comme tous ces flics de terrain dont la tâche
est dinfiltrer les milieux, à force dendosser
la peau des autres, elle a pu basculer. Cest ce parallélisme
entre ces gens et les acteurs justement qui ma fait vibrer
tout de suite. Comme toujours en ce qui me concerne, cest
à la lecture du scénario que tout se déclenche.
Cest là que sopère une véritable
rencontre avec le personnage, comme quelquun qui frappe
à ma porte. Ma vraie jouissance, cest la possibilité
de cohabiter avec un personnage, jusquà endosser
vraiment son identité. Cest très physique,
et jadore ça. Quand jaccepte un rôle
comme celui de Marie, je me sens alors lavocat qui défend
son client jusquau bout. Toute mon ambition, cest
de la comprendre, que les gens ne la jugent pas mal, malgré
sa marginalité, son décalage, sa dureté.
Ensuite, il y a la rencontre avec le réalisateur. En dernier
lieu, lhistoire. Pour moi, lhistoire nest que
lemballage du film. Je suis séduite par le fond,
jamais par la forme.
Le fait quOlivier Marchal ait été flic
avant dêtre cinéaste était-il un plus
?
Cétait fondamental de tourner ce film avec quelquun
qui venait du terrain. Il ma évité de perdre
mon énergie à chercher des pistes, de manière
artificielle. À ses côtés, je suis allée
au-delà de la découverte du monde de la nuit, des
boîtes, des peep-shows, des flics et des prostituées.
Il ma plongée dedans. Jétais ébahie
par les paradoxes incroyablement touchants des prostituées.
Cest ce décalage entre ce quelles sont et ce
quelles font qui ma nourrie.
Aviez-vous confiance en lui comme réalisateur ?
En fait, si jai aimé le côté brut
de décoffrage du scénario, javais besoin dun
réalisateur qui sache marier la brutalité du propos
avec de vraies émotions, de la subtilité et de la
délicatesse. Jai vraiment apprécié
le mélange dinnocence et de mélancolie dOlivier.
Vous avez enchaîné avec Scènes intimes
de Catherine Breillat. Un sacré changement de registre...
Un bouleversement total ! Une vraie rencontre avec quelquun
dincroyablement intelligent, de magnifique, dont je connaissais,
sinon tous les films, du moins toutes les interviews, les déclarations
que je trouvais toujours brillantes. Le tournage a été
magique. Car si Catherine ne parle pas de film autobiographique,
la réalisatrice que jincarne, cest bien elle.
Elle ma fait basculer de lautre côté
du miroir. Pour la première fois peut-être, jai
trouvé la tyrannie de la perfection, ce qui pour un comédien
est une épreuve incroyablement enrichissante. Catherine
ne veut que la vérité. Elle ne se contente pas du
naturel ou du bien joué. Cest un scanner qui détecte
le moindre faux-semblant. Elle est capable de vous mener sur des
chemins inexplorés. Pour ma part, javais lhabitude
de jouer plutôt avec mes yeux et mon corps, quavec
les mots. Avec Catherine, tout est dans le verbe, et sur chaque
mot, il y a une image. Dans Scènes intimes, je parle pendant
deux heures, et jadore ça. Sur un tournage, Catherine
nest pas un être humain. Cest une obsédée.
Jusqualors, je me sentais seule dans ce cas-là.
Son sens de la provocation ne vous faisait pas peur ?
Non, parce quelle a cette faculté de lier, avec
brillance, le fond et la forme. Un peu comme les grands auteurs
classiques. Sa provocation nest pas formatée. Elle
ma déshabillée spirituellement, et jai
adoré cela
Et puis, plus que de la provocation, son
film est une vraie déclaration damour au cinéma
en général, et à la création en particulier.
Propos recueillis par Sophie Dacbert
 
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