|
Pour son rendez-vous mensuel, Le film français
a invité Anne Parillaud et Richard Anconina, interprètes
de Gangsters, Pierre Jolivet, réalisateur du Frère
du guerrier, Khaled Ghorbal pour son film Fatma.
On
pourrait définir Le frère du guerrier comme un grand
western médiéval ? Revendiquez-vous cette expression
?
Je la revendique mais au même titre que je revendique linfluence
des films de samouraïs. En fait, Le frère du guerrier
est le résultat de mon goût pour les films qui se
déroulent dans les grands espaces, il est nourri aussi
bien des films dHollywood que du cinéma japonais.
Et je me suis demandé pour quelles raisons nous ne revendiquions
pas nous aussi notre passé, tout aussi riche en termes
de grands espaces et dhistoires fortes ?
Pourquoi avoir choisi le XIIIe siècle ?
Parce que je pense que cette époque était très
forte à la fois en termes cinématographiques et
dramatiques. On pouvait y trouver cette confrontation de situations
individuelles poignantes et de grands espaces. Jai toujours
aimé cette sensation de voyage dans le temps et dans lespace
quoffre le cinéma. Par exemple, il me tarde de voir
ce week-end Atanarjuat, le film inuit.
Est-ce que votre film fait aussi référence aux
héros de ces films, tel le rebelle, le hors-la-loi ou le
justicier ?
Non, les personnages de mon film ne font pas référence
à ce type de personnages. Le point de départ était
lhistoire de deux frères. Et un personnage féminin
sest immiscé entre eux en cours de route. Lun
est dépositaire de la culture familiale et lautre
est un mercenaire. En cours de route, ils vont aller lun
vers lautre et se retrouver.
Il y a aussi une réflexion sur cette époque,
sur la place du livre et de la connaissance, sur la violence.
Oui, à partir du moment où nous avons situé
le film à cette époque avec Simon Michael, nous
nous sommes interrogés sur les événements
majeurs qui lont traversée. Et cest évidemment
le passage de loral à lécrit et larrivée
des premiers livres. On bascule dans la civilisation, et le personnage
féminin découvre que cest par la connaissance
que passe la libération. Et le bras du frère mercenaire
sera le bras armé de cette quête de la connaissance.
La beauté des paysages est saisissante !
Cest un élément déterminant du
film. Nous avons commencé les repérages un an à
lavance et avons dû arpenter quelque 25 000 km. Cela
a été un travail long, épuisant et onéreux.
Mais lorsque nous avons trouvé cet endroit sur le Causse
de Sauveterre en Lozère, une partie du pari visuel du film
était gagnée.
Vous avez facilement convaincu vos producteurs Alain Sarde
et Frédéric Bourboulon avec ce sujet ?
En fait, nous avons écrit ce sujet après Ma petite
entreprise et jai signé ce film avec Alain Sarde
et Frédéric Bourboulon en même temps que La
fille unique. Nous avons écrit les deux scénarios
en parallèle, quatre mois sur lun, quatre mois sur
lautre, puis nous revenions sur le premier. Jai découvert
cette méthode de travail et je la trouve très bénéfique.
Cela rend plus exigeant vis-à-vis du scénario que
vous retrouvez après une plage de repos et donc du recul.
De la même façon, les deux films ont été
financés ensemble pour 100 MF. Je ne cache pas que laccueil
enthousiaste pour le scénario de La fille unique a aidé
au financement. Mais cela ne pouvait fonctionner que parce que
les deux films étaient très différents.
M6 est votre partenaire depuis Ma petite entreprise.
Bizarrement, aucun de mes scénarios na séduit
les chaînes de service public. Ils ont tous fait lobjet
de fiches de lecture négatives. Sur ces deux films, leur
offre était tellement ridicule quelle équivalait
à un refus. Je nai pas dexplication. Et cela
dure depuis 20 ans.
Pour la première fois, Jean Labadie apparaît
comme producteur délégué au côté
dAlain Sarde.
Jai de très bons rapports avec lui, sains, évidents.
Il sest beaucoup engagé sur le film. Cest un
grand entrepreneur, le seul vrai. Aujourdhui je nai
aucune raison daller voir quelquun dautre que
cette équipe-là.
Vous avez fait ce film pour 60 MF, ce qui est peu compte tenu
de ce que lon voit à lécran.
Je viens de la production. Je ne travaille pas sur un film
trois mois avant le tournage, parce que je sais que cest
la préparation qui fait la différence sur un budget.
Ainsi, alors que le film nétait pas encore monté,
un an avant les premières prises de vues nous avons planté
le jardin des simples. Si nous avions dû le
créer au moment du tournage, cela aurait coûté
beaucoup plus cher. Largent séconomise en amont.
Je suis choqué aujourdhui par linflation des
budgets.
Quand allez-vous tourner La fille unique ?
En août/septembre, avec Sandrine Kiberlain dans le
rôle principal. Avec Simon Michael, nous avons écrit
cette histoire pour elle après lavoir vue au théâtre
dans Le roman de Lulu. Cest lhistoire de deux filles
uniques, lune juge dinstruction, lautre délinquante,
qui ne vont plus se quitter. Cest un film éminemment
féminin. Dailleurs, le personnage de Guillemette
dans Le frère du guerrier, sest enrichi de la féminité
de La fille unique.
Propos recueillis par Marie-Claude Arbaudie
 
|
|