Richard Anconina

Anne Parillaud

Pierre Jolivet

Khaled Ghorbal


 
 
















 
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Edition du Vendredi 15 mars 2002
 
 

 

Pierre Jolivet

Pour son rendez-vous mensuel, Le film français a invité Anne Parillaud et Richard Anconina, interprètes de Gangsters, Pierre Jolivet, réalisateur du Frère du guerrier, Khaled Ghorbal pour son film Fatma.

On pourrait définir Le frère du guerrier comme un grand western médiéval ? Revendiquez-vous cette expression ?
Je la revendique mais au même titre que je revendique l’influence des films de samouraïs. En fait, Le frère du guerrier est le résultat de mon goût pour les films qui se déroulent dans les grands espaces, il est nourri aussi bien des films d’Hollywood que du cinéma japonais. Et je me suis demandé pour quelles raisons nous ne revendiquions pas nous aussi notre passé, tout aussi riche en termes de grands espaces et d’histoires fortes ?

Pourquoi avoir choisi le XIIIe siècle ?
Parce que je pense que cette époque était très forte à la fois en termes cinématographiques et dramatiques. On pouvait y trouver cette confrontation de situations individuelles poignantes et de grands espaces. J’ai toujours aimé cette sensation de voyage dans le temps et dans l’espace qu’offre le cinéma. Par exemple, il me tarde de voir ce week-end Atanarjuat, le film inuit.

Est-ce que votre film fait aussi référence aux héros de ces films, tel le rebelle, le hors-la-loi ou le justicier ?
Non, les personnages de mon film ne font pas référence à ce type de personnages. Le point de départ était l’histoire de deux frères. Et un personnage féminin s’est immiscé entre eux en cours de route. L’un est dépositaire de la culture familiale et l’autre est un mercenaire. En cours de route, ils vont aller l’un vers l’autre et se retrouver.

Il y a aussi une réflexion sur cette époque, sur la place du livre et de la connaissance, sur la violence.
Oui, à partir du moment où nous avons situé le film à cette époque avec Simon Michael, nous nous sommes interrogés sur les événements majeurs qui l’ont traversée. Et c’est évidemment le passage de l’oral à l’écrit et l’arrivée des premiers livres. On bascule dans la civilisation, et le personnage féminin découvre que c’est par la connaissance que passe la libération. Et le bras du frère mercenaire sera le bras armé de cette quête de la connaissance.

La beauté des paysages est saisissante !
C’est un élément déterminant du film. Nous avons commencé les repérages un an à l’avance et avons dû arpenter quelque 25 000 km. Cela a été un travail long, épuisant et onéreux. Mais lorsque nous avons trouvé cet endroit sur le Causse de Sauveterre en Lozère, une partie du pari visuel du film était gagnée.

Vous avez facilement convaincu vos producteurs Alain Sarde et Frédéric Bourboulon avec ce sujet ?
En fait, nous avons écrit ce sujet après Ma petite entreprise et j’ai signé ce film avec Alain Sarde et Frédéric Bourboulon en même temps que La fille unique. Nous avons écrit les deux scénarios en parallèle, quatre mois sur l’un, quatre mois sur l’autre, puis nous revenions sur le premier. J’ai découvert cette méthode de travail et je la trouve très bénéfique. Cela rend plus exigeant vis-à-vis du scénario que vous retrouvez après une plage de repos et donc du recul. De la même façon, les deux films ont été financés ensemble pour 100 MF. Je ne cache pas que l’accueil enthousiaste pour le scénario de La fille unique a aidé au financement. Mais cela ne pouvait fonctionner que parce que les deux films étaient très différents.

M6 est votre partenaire depuis Ma petite entreprise.
Bizarrement, aucun de mes scénarios n’a séduit les chaînes de service public. Ils ont tous fait l’objet de fiches de lecture négatives. Sur ces deux films, leur offre était tellement ridicule qu’elle équivalait à un refus. Je n’ai pas d’explication. Et cela dure depuis 20 ans.

Pour la première fois, Jean Labadie apparaît comme producteur délégué au côté d’Alain Sarde.
J’ai de très bons rapports avec lui, sains, évidents. Il s’est beaucoup engagé sur le film. C’est un grand entrepreneur, le seul vrai. Aujourd’hui je n’ai aucune raison d’aller voir quelqu’un d’autre que cette équipe-là.

Vous avez fait ce film pour 60 MF, ce qui est peu compte tenu de ce que l’on voit à l’écran.
Je viens de la production. Je ne travaille pas sur un film trois mois avant le tournage, parce que je sais que c’est la préparation qui fait la différence sur un budget. Ainsi, alors que le film n’était pas encore “monté”, un an avant les premières prises de vues nous avons planté le jardin des “simples”. Si nous avions dû le créer au moment du tournage, cela aurait coûté beaucoup plus cher. L’argent s’économise en amont. Je suis choqué aujourd’hui par l’inflation des budgets.

Quand allez-vous tourner La fille unique ?
En août/septembre, avec Sandrine Kiberlain dans le rôle principal. Avec Simon Michael, nous avons écrit cette histoire pour elle après l’avoir vue au théâtre dans Le roman de Lulu. C’est l’histoire de deux filles uniques, l’une juge d’instruction, l’autre délinquante, qui ne vont plus se quitter. C’est un film éminemment féminin. D’ailleurs, le personnage de Guillemette dans Le frère du guerrier, s’est enrichi de la féminité de La fille unique.

Propos recueillis par Marie-Claude Arbaudie


 
 
 
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