Richard Anconina

Anne Parillaud

Pierre Jolivet

Khaled Ghorbal


 
 
















 
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Edition du Vendredi 15 mars 2002
 
 

 

Khaled Ghorbal

Pour son rendez-vous mensuel, Le film français a invité Anne Parillaud et Richard Anconina, interprètes de Gangsters, Pierre Jolivet, réalisateur du Frère du guerrier, Khaled Ghorbal pour son film Fatma.

Fatma est votre premier long métrage. Quel est votre parcours ?
Je suis un théâtreux d’origine : acteur et metteur en scène. J’ai ensuite animé des équipements socioculturels en banlieue parisienne, notamment des salles art et essai que je programmais. Je suis également fondateur et coordinateur national d’École et cinéma, les enfants du 2e siècle. Avant Fatma, j’ai écrit et réalisé un court intitulé El Mokhtar, L’élu en français.

Qu’est-ce qui vous a amené au cinéma ?
Je n’en sais rien. L’amour du cinéma sans doute.

Fatma dresse le portait d’une jeune femme tunisienne de la sortie de l’adolescence à la trentaine. Pourquoi avoir voulu aborder le thème de la condition de la femme musulmane ?
C’est à la fois simple et compliqué. La société tunisienne est fondée sur une contradiction entre l’être et le paraître, entre l’économique et le social. Cette dualité provoque souvent des situations où l’hypocrisie domine. Celle-ci est toujours plus lourde à supporter pour la femme. Pourtant, il est clairement inscrit dans la loi tunisienne depuis l’indépendance que la femme est l’égale de l’homme. C’est ce décalage entre théorie et pratique que j’ai voulu illustrer. Plus précisément, l’idée du film m’est venue au début des années 90 lors d’un séjour en Tunisie. J’ai alors appris que certaines jeunes femmes qui avaient “vécu leur corps” se faisaient opérer quelques jours avant leur mariage. J’ignorais qu’une telle chose puisse exister. Au-delà d’un simple fait, je voulais savoir ce que cela signifiait quant à la relation entre la femme et l’homme, entre la femme et son propre corps. De ce point de départ, j’ai construit une fable.

Dans une note d’intention, vous avez évoqué la situation algérienne pour justifier votre volonté de faire ce film...
Quand j’écrivais Fatma, des tueries avaient lieu quotidiennement en Algérie. Des femmes étaient assassinées. Cela m’a conforté dans ma volonté d’évoquer la condition de la femme. Il ne faut pas perdre de vue cependant que les situations en Algérie et en Tunisie n’ont absolument rien à voir.

Votre héroïne fait preuve d’une force incroyable malgré son apparente passivité…
Fatma représente un peu toutes les jeunes filles tout en étant particulière. Adolescente, elle a été violée, donc blessée dans sa chair. De cet anéantissement, elle tire paradoxalement toute sa force. Pour elle, c’est marche ou crève. En fait, au fil de l’histoire, Fatma devient un individu qui existe par lui-même, et non par les autres (amis et surtout famille) comme il est courant dans les sociétés méditerranéennes.

Awatef Jendoubi qui interprète Fatma est impressionnante. Comment l’avez-vous rencontrée ?
Lorsque je préparais le film, j’ai rencontré beaucoup de jeunes filles. Un an et demi avant le tournage, je suis retourné en Tunisie à la fin de l’année scolaire. J’ai fait un tour à l’Institut des études théâtrales. C’est là que j’ai remarqué Awatef Jendoubi. Lors de son audition, j’ai constaté qu’elle correspondait parfaitement à Fatma. En fait, le personnage détermine le choix de l’acteur.

Comment avez-vous travaillé avec elle ?
Nous avons beaucoup parlé du personnage. Elle était très motivée, d’autant plus qu’il s’agissait de son premier film. Nous avons fait une analyse dramaturgique très poussée comme avec tous les autres comédiens.

Fatma vient juste de sortir en Tunisie. Comment est-il perçu par le public ?
J’appréhendais cette sortie. En première semaine, le public était là puisque le film a réalisé 11 798 entrées dans cinq salles. Il est toutefois difficile de répondre à votre question. Je suis évidemment allé dans les salles. J’ai constaté que beaucoup de jeunes filles se retrouvaient dans le personnage de Fatma. En revanche, nous avons eu quelques articles virulents écrits par des femmes.

Vous avez été sélectionné à la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes...
Cette vitrine a été un support formidable pour le film, elle l’a aidé. Pour avoir travaillé dans l’exploitation, je sais que la question de la diffusion est importante.

Cette exposition cannoise vous a-t-elle permis de trouver plus facilement un distributeur français ?
MK2 avait acheté Fatma avant Cannes. C’est Francine Jean-Baptiste qui leur a amené le film. J’ai une relation de confiance avec mon distributeur qui a rempli toutes les conditions pour que mon film ait accès au public.

Propos recueillis par Anthony Bobeau


 
 
 
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