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Pour son rendez-vous mensuel, Le film français
a invité Anne Parillaud et Richard Anconina, interprètes
de Gangsters, Pierre Jolivet, réalisateur du Frère
du guerrier, Khaled Ghorbal pour son film Fatma.
Fatma
est votre premier long métrage. Quel est votre parcours
?
Je suis un théâtreux dorigine : acteur et metteur
en scène. Jai ensuite animé des équipements
socioculturels en banlieue parisienne, notamment des salles art
et essai que je programmais. Je suis également fondateur
et coordinateur national dÉcole et cinéma,
les enfants du 2e siècle. Avant Fatma, jai écrit
et réalisé un court intitulé El Mokhtar,
Lélu en français.
Quest-ce
qui vous a amené au cinéma ?
Je nen sais rien. Lamour du cinéma sans doute.
Fatma dresse le portait dune jeune femme tunisienne
de la sortie de ladolescence à la trentaine. Pourquoi
avoir voulu aborder le thème de la condition de la femme
musulmane ?
Cest à la fois simple et compliqué. La
société tunisienne est fondée sur une contradiction
entre lêtre et le paraître, entre léconomique
et le social. Cette dualité provoque souvent des situations
où lhypocrisie domine. Celle-ci est toujours plus
lourde à supporter pour la femme. Pourtant, il est clairement
inscrit dans la loi tunisienne depuis lindépendance
que la femme est légale de lhomme. Cest
ce décalage entre théorie et pratique que jai
voulu illustrer. Plus précisément, lidée
du film mest venue au début des années 90
lors dun séjour en Tunisie. Jai alors appris
que certaines jeunes femmes qui avaient vécu leur
corps se faisaient opérer quelques jours avant leur
mariage. Jignorais quune telle chose puisse exister.
Au-delà dun simple fait, je voulais savoir ce que
cela signifiait quant à la relation entre la femme et lhomme,
entre la femme et son propre corps. De ce point de départ,
jai construit une fable.
Dans une note dintention, vous avez évoqué
la situation algérienne pour justifier votre volonté
de faire ce film...
Quand jécrivais Fatma, des tueries avaient lieu
quotidiennement en Algérie. Des femmes étaient assassinées.
Cela ma conforté dans ma volonté dévoquer
la condition de la femme. Il ne faut pas perdre de vue cependant
que les situations en Algérie et en Tunisie nont
absolument rien à voir.
Votre héroïne fait preuve dune force incroyable
malgré son apparente passivité
Fatma représente un peu toutes les jeunes filles tout
en étant particulière. Adolescente, elle a été
violée, donc blessée dans sa chair. De cet anéantissement,
elle tire paradoxalement toute sa force. Pour elle, cest
marche ou crève. En fait, au fil de lhistoire, Fatma
devient un individu qui existe par lui-même, et non par
les autres (amis et surtout famille) comme il est courant dans
les sociétés méditerranéennes.
Awatef Jendoubi qui interprète Fatma est impressionnante.
Comment lavez-vous rencontrée ?
Lorsque je préparais le film, jai rencontré
beaucoup de jeunes filles. Un an et demi avant le tournage, je
suis retourné en Tunisie à la fin de lannée
scolaire. Jai fait un tour à lInstitut des
études théâtrales. Cest là que
jai remarqué Awatef Jendoubi. Lors de son audition,
jai constaté quelle correspondait parfaitement
à Fatma. En fait, le personnage détermine le choix
de lacteur.
Comment avez-vous travaillé avec elle ?
Nous avons beaucoup parlé du personnage. Elle était
très motivée, dautant plus quil sagissait
de son premier film. Nous avons fait une analyse dramaturgique
très poussée comme avec tous les autres comédiens.
Fatma vient juste de sortir en Tunisie. Comment est-il perçu
par le public ?
Jappréhendais cette sortie. En première
semaine, le public était là puisque le film a réalisé
11 798 entrées dans cinq salles. Il est toutefois difficile
de répondre à votre question. Je suis évidemment
allé dans les salles. Jai constaté que beaucoup
de jeunes filles se retrouvaient dans le personnage de Fatma.
En revanche, nous avons eu quelques articles virulents écrits
par des femmes.
Vous avez été sélectionné à
la dernière Quinzaine des réalisateurs à
Cannes...
Cette vitrine a été un support formidable pour
le film, elle la aidé. Pour avoir travaillé
dans lexploitation, je sais que la question de la diffusion
est importante.
Cette exposition cannoise vous a-t-elle permis de trouver
plus facilement un distributeur français ?
MK2 avait acheté Fatma avant Cannes. Cest Francine
Jean-Baptiste qui leur a amené le film. Jai une relation
de confiance avec mon distributeur qui a rempli toutes les conditions
pour que mon film ait accès au public.
Propos recueillis par Anthony Bobeau

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