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ÉVENEMENT
Football : Canal+ de risques ?
Surenchère, bluff, coup de tonnerre ? Les
600 Me déboursés par Canal+ pour les droits de Ligue
1 vont redessiner le PAF. Les professionnels du cinéma oscillent,
eux, entre interrogation et satisfaction.
Quel avenir pour Canal+ ?
Cest un quitte ou double pour le groupe Canal+, même
si sa surface financière (4,1 MdE de CA) est très
solide. Bertrand Méheut annonce avoir besoin de 300 000 abonnés
supplémentaires pour absorber ses 600 ME annuels investis
dans le football (cf. entretien ci-dessous). Les analystes financiers
sont plus circonspects, évaluant entre 500 000 et 800 000
le nombre de nouveaux clients à recruter. De plus, la chaîne
devra continuer à consacrer de grosses sommes pour la reconduction
de contrats avec les majors américaines, face à un
TPS plus offensif sur ce terrain. Si, théoriquement, aucun
deal avec les majors ne doit être reconduit dans les deux
ans qui viennent, on nest jamais à labri dune
offensive (le deal Warner arraché par TPS pour 30 ME) ou
de reconductions précoces (Paramount ou 20th Century Fox).
Pour tout cela, certains observateurs considèrent que lendettement
de Canal+ pourrait à nouveau se creuser dans les trois années
à venir.
Quel avenir pour TPS ?
Les responsables du bouquet sont à lunisson. Il
aurait été dangereux pour la santé économique
de TPS de surenchérir sur le football. Dans un joli retournement,
le bouquet, qui clamait encore il y a quelques semaines que le football
était un vecteur essentiel de son développement, sest
transformé dun coup en bouquet des amateurs de cinéma.
Il annonce aujourdhui la création de nouvelles chaînes,
table sur le foot anglais dont il a déjà les droits
et les autres championnats européens dont il voudrait semparer
dans les prochains mois. Reste pourtant aujourdhui une inconnue
de taille : on voit mal quelle sera la stratégie de TPS Star
dont les géniteurs voulaient en faire la concurrente directe
de Canal+ dès mars 2005 sur la TNT. Va-t-elle se tourner
vers la fiction, les séries ou les émissions de flux
?
Quel avenir pour le cinéma français ?
Globalement, qui ne dit mot consent. Le monde du cinéma
est resté pour le moins discret sur ce qui sest passé.
Heureux certes, car une hausse possible du chiffre daffaires
de Canal+ se traduira automatiquement par des finances supplémentaires
pour la production. Heureux donc mais aussi attentiste. Car on redoute
aussi parfois une course en avant de Canal qui pourrait à
terme avoir des effets néfastes sur ses résultats.
Au nom de lARP, Michel Gomez voit en tout cas dans cette surenchère
une réalité : Avec lavènement du
DVD et bientôt de la VOD, loffre cinéma perd
mécaniquement de sa fraîcheur. Pascal Rogard,
pour la SACD, considère quant à lui que cette
valorisation des droits du football est excessive et, à terme,
dangereuse pour léquilibre de laudiovisuel français
et donc le financement de la création. Comme lARP,
la SACD met par ailleurs en garde TPS sur ses intentions concernant
le cinéma : TPS a réagi par une page de publicité
souhaitant la bienvenue aux amoureux du cinéma. Très
bonne réponse si elle nétait pas exclusivement
américaine! Et Michel Gomez despérer lui
aussi un positionnement renouvelé de TPS, pas uniquement
tourné vers le cinéma doutre-Atlantique.
Quel avenir tout court ?
En conclusion, il faudra encore attendre plusieurs mois pour
voir les effets chiffrés de cette nouvelle donne (chiffre
daffaires, résultat net, nombre dabonnés)
pour Canal+, comme pour TPS. Tout comme on verra forcément
ressurgir léternelle question dune fusion des
deux bouquets rivaux. Les seuls aujourdhui à se frotter
les mains sont les propriétaires de clubs de football. Finalement,
il ny a quun grand gagnant : un homme qui naura
pas fait débourser à M6 un sou pour les droits du
foot tout en amassant un petit trésor de guerre pour son
club, les Girondins de Bordeaux. Son nom ? Nicolas de Tavernost
Propos recueillis par Fabrice
Leclerc
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