Cinéma

Congrès FNCF 2016 - Cédric Aubry : “L’impact principal des accords du 13 mai est à supporter par la moyenne exploitation”

Date de publication : 27/09/2016 - 08:41

Fréquentation, après-VPF, piratage, rapport Raude, Assises du cinéma… Alors que la branche de la moyenne exploitation se réunit ce matin à Deauville, son président fait le point sur les grands dossiers du moment.

Selon les estimations du CNC, les salles françaises enregistraient, fin août, une fréquentation en hausse de 4,1% sur 2016. La moyenne exploitation s’inscrit-elle dans cette tendance ?
Effectivement, la tendance est légèrement haussière au sortir de l’été. Il n’est pourtant pas certain que l’année sera en hausse : le second semestre 2015 avait été très fort, avec principalement un gros mois de décembre ! Nous devons rappeler que la moyenne exploitation participe de manière significative au maintien de ce niveau d’entrées, avec de très lourds investissements dans nos exploitations, soit de rénovations, soit de transfert de nos complexes traditionnels de centre-ville vers de nouveaux sites modernes.

Lors du dernier Congrès des exploitants, Marie-Laure Couderc, rapporteuse de la branche moyenne exploitation de la FNCF, avait évoqué deux pistes de réflexion autour de l’après-VPF : “Un post-VPF, pérenne, renégocié et forfaitaire, et-ou un fonds de soutien dédié, abondé par la quote-part du pourcentage du taux de location, évidemment sur la part distributeur.” Depuis, ces propositions se sont-elles précisées et-ou formalisées auprès des autres instances professionnelles ?
La moyenne exploitation mène une réflexion présentant un modèle économique simple et réaliste. Nous ne doutons pas que nos élus sauront s’en emparer afin de construire ce nouveau modèle de financement pérenne du numérique. Aujourd’hui, les parlementaires doivent être convaincus qu’un outil de régulation doit être mis en place très rapidement en assurant la transition de la fin des VPF vers un nouveau modèle économique. Pour l’immense majorité de l’exploitation, l’amortissement est, soit déjà réalisé, soit le sera courant 2017 au maximum. Le statu quo imposé par l’amont crée aujourd’hui une situation par laquelle l’exploitation pourrait incontestablement se retrouver en danger économique.
En effet, nos exploitations sont, pour la très grande majorité et pour le profit de l’ensemble de la filière, très endettées. De fait, à chaque fois que l’une d’entre elles sort du “système VPF”, elle se retrouve seule face à des charges considérablement alourdies par le numérique – surcouts de maintenances et de consommables divers –, mais surtout dans l’incapacité de souscrire de nouveaux emprunts sans que nos partenaires bancaires puissent s’adosser et se garantir sur un modèle de financement pérenne du numérique. Ne pas trouver cette solution nouvelle de financement laisserait entrevoir très rapidement ce que les parlementaires ont su éviter en 2010, à savoir des salles qui ne sont plus en capacité de financer le numérique. Nous devons également éviter une dérégulation des plans de sortie. Comment imaginer que les mêmes causes et les mêmes effets, dont ont su nous prémunir les parlementaires avec cette loi “one shot” de 2010, ne poussent pas ces mêmes parlementaires à aboutir dans les plus brefs délais à une loi structurante et capitale pour la diversité de nos exploitations ?

Le piratage fut aussi abordé par ce rapport. Alors que le sujet n’a pas avancé depuis, et que plusieurs captations en salle via Periscope ont été constatées en début d’année, quel regard la branche porte-t-elle sur ce dossier ?
La moyenne exploitation reste dans l’incompréhension. En Allemagne, notamment, une amende vient sanctionner les pirates. Le résultat a été quasi immédiat, avec une baisse très nette du piratage. Les personnes en charge de ce dossier doivent prendre leurs responsabilités et mettre en œuvre cette mesure, certes impopulaire, mais devenue indispensable pour protéger l’ensemble de la filière.

En juillet, le groupement Cinéo, majoritairement composé de membres de la moyenne exploitation, a adressé une lettre à Frédérique Bredin, présidente du CNC, pour y exprimer une multitude d’interrogations et d’inquiétudes. Celle-ci pointait notamment une prise en compte insuffisante des particularités de ses membres dans le rapport Raude, relatif à la simplification et la modernisation du classement art et essai. Est-ce un sentiment partagé par l’ensemble de la branche ?
La moyenne exploitation souffre depuis plusieurs années d’un barème art et essai poussiéreux, qui impacte très fortement ceux qui souhaitent prendre des initiatives de modernisation, notamment dans les villes de moins de 50 000 habitants. Le paradoxe réside toujours dans le même constat : nos nouveaux sites modernes et multisalles engendrent des entrées art et essai bien plus conséquentes que nos anciens complexes, mais cela se traduit presque toujours par une mécanique de déclassement. Alors que nous exploitions des complexes de centre-ville traditionnels avec un travail art et essai reconnu, la bascule vers un équipement moderne de six à huit salles avec quatre ou cinq séances par jour pousse le curseur de l’art et essai au-delà du raisonnable dans des villes où la population attend de nous une plus grande diversité de programmation. Le CNC doit donc protéger nos exploitations en reconnaissant le travail art et essai réalisé – voire l’accentuer quantitativement – de la même manière dans un équipement moderne que dans nos anciens complexes traditionnels de centre-ville.

Un certain nombre d’exploitants ont ressenti une forme de stigmatisation lors des Assises du cinéma. Est-ce le cas pour la branche ?
Les Assises du cinéma ont été l’occasion de laisser resurgir des tensions latentes entre l’exploitation et l’amont. Leurs revendications sont apparues, pour notre branche, très injustes. L’impact principal des accords du 13 mai (relatif aux engagements de programmation et de diffusion, Ndlr) est à supporter par la moyenne exploitation ! Pourtant, le travail de terrain de mes collègues, ainsi que le niveau d’endettement de l’exploitation privée indépendante, montrent à quel point nous sommes un facteur structurant de la croissance, ou tout au moins du maintien, des entrées à un tel niveau. 
La moyenne exploitation s’inquiète surtout que les Assises soient une opportunité de créer un amalgame de la part de l’amont par sa méconnaissance de nos exploitations. De plus, le déséquilibre provoqué par cette formule de négociation ne semble pas constructif pour trouver un terrain d’entente autour de l’après-VPF ou les nouvelles mesures de l’art et essai !

Propos recueillis par Kevin Bertrand
© crédit photo : DR


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