Cinéma

Lumière MIFC 2018 - Mariya Gabriel veut renforcer la transmission du patrimoine cinématographique européen

Date de publication : 19/10/2018 - 08:52

À Lyon, la commissaire européenne Mariya Gabriel a présenté le prototype du répertoire européen des films dont la version finale doit être lancée fin 2019. Elle a profité de sa venue au Festival Lumière pour réaffirmer son engagement pour la Culture, vecteur des valeurs qui unissent les Européens, un principe qui guide ses différentes actions dans le secteur.


"C’est la voix de l’Europe que nous aimons", a résumé Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière et du Festival Lumière, à l’issue d’une discussion avec la commissaire Mariya Gabriel en ouverture du Forum du film européen dans le cadre du 6e Marché international du film classique. La manifestation a accueilli pour la première fois la commissaire chargée de l’Économie et de la Société numériques. Elle est d’abord venue présenter, le matin, à l'Institut Lumière le prototype de répertoire de films européens, conçu avec l’Observatoire européen de l’audiovisuel, aux cinéastes représentants la SACD et l’ARP, en présence du CNC et du CSA. Ce projet phare du programme européen "Digital4Culture", dont l'idée a été annoncée au Festival de Berlin en février, est donc aujourd’hui au stade de prototype. Il comporte 115 services de vidéo à la demande, représentant ensemble environ 35 000 films européens. Sa version bêta sera lancée en avril alors que la version finale est prévue pour la fin 2019. Il servira d’abord aux professionnels et aux autorités publiques et, à terme, au grand public, comme elle le détaillait dans un entretien publié hier.

La rapidité de la mise en œuvre de cet instrument, dont l’objectif est de permettre une meilleure circulation des œuvres européennes et de servir d’outil pour appliquer le nouveau quota de 30% d’œuvres européennes sur les plateformes, n’a pu que réjouir les cinéastes présents devant le dynamisme de la Commissaire. Au cours d’un point presse à l’issue de cette réunion, Bertrand Tavernier, président de l’Institut Lumière, a souligné les "signes formidables" envers les créateurs que renvoie depuis quelque temps la Commission sous son impulsion. Comme récemment aussi le vote sur la réforme de la directive Droit d'auteur, dont le texte, actuellement en phase finale de discussion, inclut le principe d’une rémunération proportionnelle des auteurs à travers l’Europe, défendu par la SACD et l’ARP. Concernant ce répertoire, le cinéaste l’a présenté comme un outil qui servira à mieux diffuser le cinéma dans l’ensemble de l’Europe, "un travail commercial mais aussi un acte de culture, de civilisation. J’aime à le répéter, les films sont des armes de construction massive". Même accueil très positif pour Radu Mihaileanu, président de l’ARP, pour lequel ce répertoire va permettre "de mieux exporter la diversité des œuvres européennes, donc la liberté d’expression et donc la démocratie".

L'après-midi, lors d'un rapide échange ouvert au public avec Thierry Frémaux, la commissaire a réaffirmé son engagement sur la Culture, cherchant à faire de la révolution numérique une opportunité pour transmettre la richesse européenne que représente "le travail de ses réalisateurs, de ses auteurs". 
Mariya Gabriel a aussi réaffirmé sa volonté de continuer à se battre pour une augmentation du budget du programme Europe Creative Media, après une première proposition de la Commission positive. "Media est une success story qui mérite plus de soutiens", a-t-elle répété. Sachant que l’objectif est de boucler le budget Media en mai, avant les élections européennes. 

Sur la réforme de la directive Droit d’auteur, Mariya Gabriel a déclaré qu’elle voulait aussi envoyer un message très clair pour soutenir les valeurs européennes : "D’ici la fin du mandat de la Commission, nous devons envoyer un message très clair aux plateformes et à nos auteurs. Ils demandent simplement qu’on ne leur pose pas des obstacles pour créer, et d’avoir une liberté de négociation."

Elle a aussi évoqué les enjeux d’éducation pour les jeunes générations. Souhaitant que l’on puisse faire encore plus au niveau européen, en s’inspirant des bonnes pratiques. "En matière d’éducation, les États membres sont très jaloux de leurs prérogatives, mais le numérique peut être un moyen d’agir. Dans cadre du programme Media, nous travaillons sur un volet 'Film Education' : on voudrait créer un répertoire de films européens qui puisse être transformé en matériel pédagogique pour les enseignants. De même, je souhaite que l’on organise une semaine européenne du film dans les écoles."
Mariya Gabriel prépare aussi une campagne d’information à destination des jeunes sur le contenu numérique, afin de faire passer le message qu’ils ne sont pas de "simples consommateurs de contenus". "Jamais les robots et les machines ne vont remplacer nos émotions, notre créativité… Le travail de nos auteurs a permis de laisser notre marque dans l’Histoire. Wim Wenders est l’un des ambassadeurs de cette campagne, on ira dans une école à Berlin, en Bulgarie, etc." Pour la commissaire, renforcer l’éducation aux films pour les jeunes, transmettre cette diversité européenne, doit servir les Européens à rester unis. "Des gens autour attendent une division. Le cinéma est un vecteur extraordinairement impressionnant pour véhiculer ces messages et défendre nos valeurs. La culture est la garantie la plus sûre dans ces temps troubles pour l’avenir de l’Europe", a conclu Mariya Gabriel, particulièrement applaudie par l’assistance dans la salle de conférence pleine du MIFC.

Cet échange a été suivi par une table ronde sur le thème des outils de formation pour les spectateurs de demain, à travers les témoignages d’initiatives diverses, notamment de Sandra Den Hamer de Eye Film Institute, grand témoin de ce 6e MIFC, ou de Gian Luca Farinelli de la Cinémathèque de Bologne, afin de nourrir les futures actions du programme Creative Media en la matière.

Sarah Drouhaud
© crédit photo : SD


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