Cinéma

Annecy 2019 - Éléa Gobbé-Mévellec et Zabou Breitman : "Apporter de la sincérité à l’écran"

Date de publication : 12/06/2019 - 08:20

Après sa présentation au Festival de Cannes à Un certain regard, Les hirondelles de Kaboul est projeté ce jour en compétition à Annecy, dans la grande salle de Bonlieu. Les deux coréalisatrices, rencontrées à Cannes, évoquent les origines et l’élaboration du projet.

Zabou, qu’est-ce qui vous a convaincue de vous attacher, en tant que réalisatrice, à un projet d’animation autour des Hirondelles de Kaboul ?
Zabou Breitman : J’ai été convaincue par les producteurs, Les Armateurs*, que le dessin et l’animation formaient le meilleur média pour raconter cette histoire. Le scénario (adapté du roman de Yasmina Khadra, Ndlr) était à l’origine très nourri littérairement. Aussi, il y avait possibilité de s’échapper visuellement.

Comment Éléa est-elle arrivée sur le film ?
Z. B. : Nous avons émis un appel d’offres. Ma première exigence était que le style graphique ne devait pas du tout ressembler à celui des productions d’animation actuelles, et que les personnages soient très caractérisés. La convention m’ennuyait. Il fallait trouver une identité visuelle spécifique, à la fois réaliste et intime. La proposition d’Éléa était la bonne.

Éléa, justement, quels challenges avez-vous rencontrés sur ce projet et comment y avez-vous répondu ?
Eléa Gobbé-Mévellec : Par l’image, justement, par le dessin. Les Armateurs connaissaient mon travail en tant que dessinatrice sur Ernest et Célestine. C’était un graphisme assez proche, très plastique, autour duquel j’ai pu développer une vision et une ambiance propre à Kaboul. Dans la documentation que j’ai réunie sur la ville et l’Afghanistan, j’ai repéré plusieurs éléments propices à la mise en image, et notamment les lumières fortes ou saturées qui donnent beaucoup de contrastes.

N’était-ce pas un contrainte de raconter cette histoire en étant si loin de Kaboul ?
Z. B. : Les documentaires ne manquent pas sur le pays, son histoire et ses habitants, et sur la vie de ces derniers sous le joug des Talibans dans les années 2000. Nous pouvions aussi nous appuyer sur le roman. Ce n’était donc pas à nous d’effectuer ce travail d’incursion, nous pouvions nous concentrer sur autre chose.
E. G.-M. : Les sources d’inspiration étaient nombreuses. Notre position offrait toutefois un recul qui nous permettait de concentrer notre regard ailleurs. C’était finalement assez précieux d’avoir cette distance pour se focaliser sur le ressenti à l’écran. En allant sur place, nous nous serions peut-être perdues en voulant illustrer trop d’informations.
Z. B. : Et au mieux, qu’aurions-nous fait ? Un autre documentaire ? Comme pour le roman, la distance autorise plus de choses, comme le traitement de la violence du quotidien des Afghans à l’époque.

Vous avez filmé au préalable les acteurs en situation, afin de servir de base à la création graphique…
Z. B. : Ce fut ma condition principale. À mon sens, le jeu d’acteur est si fondamental dans un projet cinématographique, et tellement minutieux, qu’il était hors de question de le perdre en passant à l’animation. Dans une interprétation, le geste et la posture s’accordent avec le ton, ils sont indissociables pour caractériser un personnage. Mais la volonté était aussi de ne pas faire de rotoscopie, de partir sur une création originale.
E. G.-M. : Le défi technique ensuite était de choisir quel détail, quel geste, mettre en avant par le dessin dans chaque scène. Le postulat graphique d’un blanc qui fait apparaître ou disparaître les lignes exigeait de faire beaucoup de choix.
Z. B. : Ces choix apportent au final énormément de sincérité à l’écran.

*Produit par Les Armateurs, participation majoritaire d’Hildegarde, propriétaire du Film français.

Propos recueillis par Sylvain Devarieux
© crédit photo : Julien Liénard pour Le Film Français


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