Cinéma

Lumière 2019 - Francis Ford Coppola, le parrain du Nouvel Hollywood

Date de publication : 18/10/2019 - 08:20

Lauréat du 11e prix Lumière, le réalisateur américain propose, à Lyon Apocalypse Now Final Cut, un nouveau montage personnel de son œuvre emblématique, une restauration qui a fait l'objet d'un focus lors du MIFC, et donne une master class. Une nuit est également consacrée à la trilogie du Parrain.

Comme plusieurs membres du Nouvel Hollywood, Francis Ford Coppola a effectué ses classes dans la fameuse écurie du producteur et réalisateur Roger Corman, tout à la fois roi du système D et de la série B, qui lui enseigne le minimalisme et l’efficacité à travers des films de genre comme The Bellboy and the Playgirls (1962), Tonight for Sure ou Dementia 13 (1963). Les choses sérieuses commencent pour Coppola avec Big Boy (1966), son film de fin d’études… présenté en compétition à Cannes, et Les gens de la pluie (1969), qui lui vaut la Conque d’or au Festival de San Sebastián. Deux œuvres personnelles entre lesquelles il s’égare dans La vallée du bonheur (1968), une comédie musicale kitschissime dont le titre français entretient une confusion délibérée avec le dernier succès du genre, La mélodie du bonheur (1965). Qu’importe, Coppola a d’autres fers au feu et s’impose simultanément comme scénariste avec Propriété interdite (1966), une adaptation de Tennessee Williams filmée par Sydney Pollack, et surtout ces deux fresques guerrières que constituent Paris brûle-t-il  ? (1966) de René Clément et Patton (1970) de Franklin J. Schaffner, qui lui vaut de partager l’Oscar du meilleur scénario avec Edmund H. North. Le phœnix est désormais prêt à voler de ses propres ailes, d’autant plus qu’il a fondé en 1969 la société de production American Zoetrope avec son camarade George Lucas qui tourne sous son égide THX 1138 (1971), puis American Graffiti (1973).


Le premier à recevoir deux Palmes d'or

D’origine italo-américaine comme Martin Scorsese, Francis Ford Coppola a pour père un compositeur et pour mère un cordon bleu, dont il publiera un livre de recettes et commercialisera certains secrets de famille. Il est le premier cinéaste de l’Histoire à décrocher deux Palmes d’or à Cannes, pour Conversation secrète (1974), un effet de la paranoïa suscitée par l’affaire du Watergate, et Apocalypse Now (1979), une épreuve de vérité exténuante dont son épouse Eleanor donnera un aperçu saisissant dans son making of mis en forme par George Hickenlooper et Fax Bahr sous le titre Aux cœurs des ténèbres  : l’Apocalypse d’un metteur en scène (1991). Mais avant, il y a eu le grand œuvre de sa vie : Le Parrain (1972), une geste mémorielle inspirée d’un best-seller de Mario Puzo qui constitue, avec Le Parrain, 2e partie (1974), Le Parrain, 3e partie (1990) et la série télévisée tirée des deux premiers volets, une fresque définitive sur la mafia italo-américaine. Coppola croit si peu au succès de l’opus 1 qu’il s’imagine déjà ruiné et accepte de signer l’adaptation du roman d’un autre Francis, Scott Fitzgerald  : Gatsby le magnifique (1974) que filmera Jack Clayton.

À tout juste 80 ans, lauréat de cinq Oscars, Francis Ford Coppola reste fidèle au gamin victime d’une crise de polio qui a profité naguère de sa quarantaine pour s’initier à l’art des marionnettes et tourner des saynètes avec la caméra familiale. Et même s’il ne tire plus autant de ficelles à Hollywood, l’ogre barbu continue à rêver les yeux ouverts. Comme le fabricant automobile de Tucker : l’homme et son rêve (1988) qu’il met en scène, lui l’enfant de Détroit. Quant à son nom, il est aujourd’hui perpétué par sa fille prodigue, Sofia, qu’il produit, mais également par son épouse, Eleanor, passée elle aussi à la fiction avec Paris Can Wait (2016). Il a ainsi récemment annoncé la mise en production de Megalopolis, l’histoire d’un architecte chargé de reconstruire New York après un cataclysme. Une parabole sur son propre parcours du combattant et ses multiples résurrections. Il émane de ses échecs les plus cinglants une beauté cachée, que ce soit Coup de cœur (1981) pour lequel il s’était jeté à corps perdu dans le maelström d’une révolution technologique inachevée, Cotton Club (1984), dont il a récemment annoncé vouloir remonter une director’s cut, ou ces prototypes inclassables que constituent L’homme sans âge (2007), Tetro (2009) ou Twixt (2011). C’est aussi sa capacité de régénération impressionnante qui fait du réalisateur de Dracula (1992) un génie malicieux, capable de se remettre en selle avec Outsiders et Rusty James (1983) ou de se frotter au direct avec Distant Vision (2016).

Une carrière homérique

Comme Scorsese, Lucas et Spielberg, Coppola a toujours mis sa gloire au service du 7e art qui l’a fait roi. En soutenant Akira Kurosawa comme coproducteur de Kagemusha, l’ombre du guerrier, Palme d’or à Cannes en 1980, mais aussi en restaurant le fameux Napoléon (1927) d’Abel Gance pour lequel son propre père, Carmine, a composé et dirigé une nouvelle partition symphonique en 1981. James Gray l’a récemment souligné dans un entretien à Libération  : “Dans les années 1970, Coppola faisait Le Parrain et Le Parrain II, soit l’Iliade et l’Odyssée de la civilisation américaine, puis Apocalypse Now qui serait notre Énéide.” Quarante ans plus tard, Coppola en livre d’ailleurs sa final cut, en expliquant lui-même que “comme ça arrive souvent dans l’art, l’avant-garde du passé devient le papier peint du futur. Autrement dit, ce qui était étrange et pointu est assimilé dans la culture et devient l’air du temps”.

Jean-Philippe Guerand
© crédit photo : Sofia Coppola


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