Cinéma

Annecy 2020 déroule son programme en ligne

Date de publication : 30/04/2020 - 17:10

Les organisateurs ont arrêté l’offre du festival et du marché international du film d’animation dont l’édition 2020 aura lieu en juin "online", en raison du Covid-19.

Comme annoncé dès le 7 avril, soit avant l’allocution d’Emmanuel Macron (le 13 avril), durant laquelle avait été dit que les grands rassemblements impliquant un public nombreux ne seraient pas autorisés avant la mi-juillet au moins, le festival et le marché international du film d’animation (Mifa) d’Annecy se dérouleront exceptionnellement en ligne, au mois de juin prochain. Les organisateurs avaient alors renvoyé à une date ultérieure pour le détail de leur offre, qui vient d’être révélée.

Déroulée sur un temps plus long que ne le prévoyait l’édition physique (du 15 au 30 juin et non plus le 20, et du 16 au 19 juin pour certains rendez-vous du Mifa), cette version numérique sera forcément "une expérience inédite mais qui récréera les conditions de mise en relation, d’échanges, et de découvertes indispensables à notre industrie", espère le communiqué de l’évènement.
Lors de la table ronde en ligne du Film français et de Comscore, vendredi 24 avril (Festivals, marchés, ventes internationales… Quels impacts pour la circulation et la valorisation des films ?, toujours accessible sur notre site), Mickaël Marin, le directeur de Citia, l’établissement public organisateur du festival et du marché d’Annecy, faisait valoir l’attention portée par son équipe à "garder les fondamentaux", en particulier pour le Mifa, et de "continuer à valoriser les œuvres et les projets" dans cette offre numérique.

A cette fin, les participants auront "accès à la plupart" des contenus habituels du festival, des rencontres et du Mifa, et même "quelques bonus" non détaillés, à ce stade. Pour la partie festival et rencontres, le site www.annecy.org et une plateforme vidéo dédiée permettront d’accéder aux programmes de films en compétition (mais sans les avions qui volent ni les bruitages du public étudiant, la marque de fabrique des projections, à Annecy, pour lesquelles il faudra attendre 2021 !), "des exclusivités et inédits", ou encore des making of, des leçons de cinéma et des Work in Progress (WIP).
Pour ces derniers, "il s’agira de vidéos montrant en exclusivité les coulisses de la fabrication des projets retenus (de longs métrages, séries…) et leurs enjeux artistiques. Dans la mesure du possible, des sessions de questions-réponses avec les équipes concernées viendront compléter ces présentations", décrit Mickaël Marin.

De son côté, le marché a été pensé dans cette même optique d’accompagnement "des professionnels de l’animation à travers le monde" et dans l’objectif de "contribuer à la bonne santé du secteur". "L’attente est énorme. Et dans tous les territoires. Les professionnels ne savent pas quels seront les prochains événements", constate Véronique Encrenaz, la responsable du Mifa. L’édition 2019 avait de nouveau battu des records de fréquentation avec 4 143 accrédités, sur le seul Mifa, pour rappel, et 12 300 avec le festival.

Les participants à l’édition en ligne se verront proposer les pitches Mifa (annoncés le 5 mai) via des vidéos enregistrées, pour éviter notamment les problèmes techniques, disponibles jusqu’au 30 juin, suivies de rendez-vous online sous forme de speed-meetings programmés entre les 16 et 19 juin. L’idée est d’inciter les professionnels à consacrer cette semaine à la manifestation, comme s’ils y étaient physiquement. Même principe pour les sessions de Meet the…, des rendez-vous dédiés aux programmateurs de festivals, compositeurs et éditeurs de livres, programmés dans ce laps de temps.

Pour les Share with (avec les acheteurs et vendeurs), le marché proposera à la fois des rendez-vous programmés en ligne et des sessions live de questions-réponses entre les 16 et 19 juin, les enregistrements vidéos étant disponibles jusqu’au 30 juin, précise le Mifa. Les professionnels retrouveront en outre les contenus liés au Mifa Campus (en accès libre), ou encore la vidéothèque, les Pitching - Territory Focus, les Industry Territory Focus… Pour ces derniers, les sessions programmées entre le 16 et le 19 juin, se concrétiseront par des vidéos préenregistrées.

En l’absence de stands, l’outil Annecy Network (d’habitude des fiches par participants) agrégera le maximum d’informations relatives aux sociétés ou délégations : organigramme, films en compétition s’il y a lieu… Libres ensuite à elles d’y adjoindre du contenu supplémentaire et de personnaliser cet espace (avec leur logo…), pour devenir "un stand virtuel". Un système signalant leur présence en ligne permettra en outre d’échanger par chat ou vidéo avec les professionnels du monde entier, fait valoir le Mifa.
Les présentations de line-up des chaînes sont également confirmées, sous des formes qui pourront varier : des vidéos enregistrées en ligne tel jour à telle heure, suivies de questions-réponses, des interventions en direct… La liste des diffuseurs (d’ordinaire France Télévisions et Disney, a minima) n’est pas communiquée.

Les sessions de recrutement n’ont pas été retenues dans cette configuration online, en revanche. "Il existe beaucoup de sites où les studios peuvent poster leurs demandes", argumente Véronique Encrenaz. "L’intérêt d’Annecy, c’est de pouvoir rencontrer les gens". L’offre numérique ne prévoit pas non plus de conférences "pour des questions de temps et d’argent. Il a fallu faire des choix".

Compte-tenu de l’implantation internationale des participants du Mifa, donc dans des fuseaux horaires différents, plusieurs options ont été retenues pour les modules qui reposent sur des rendez-vous communs. Soit un seul horaire intermédiaire sera arrêté, "vers 14-15 heures, en début de soirée pour l’Asie et tôt le matin pour le Canada", explique Véronique Encrenaz. Soit deux sessions seront organisées : une le matin et une autre l’après-midi.

Les participants auront le choix entre deux accréditations. La première, pour le festival, donnera l’accès à toute la sélection officielle, et aux rencontres (WIP, making of…) pour un tarif de 15 € TTC, contre 65€ habituellement. La seconde ouvrira aux contenus du Mifa, mais également ceux de l’accréditation du festival, pour 110 € TTC (vs 410 € en early bird).
Les accréditations pour le Mifa ouvriront dès le 6 mai, et celles pour le festival à la mi-mai. Ces tarifs vont "peut-être nous permettre d’attirer des personnes qui ne viennent pas à Annecy d’habitude, ou qui ne se seraient pas déplacées parce qu’elles avaient une production en cours, par exemple", estime Véronique Encrenaz.

A ce stade, "nous sommes assez confiants sur le nombre d’accréditations", même si le niveau de recettes ne pourra pas être équivalent à une édition classique. La délégation Animation UK a par exemple émis le souhait de prendre une accréditation pour chacune des sociétés qu’elle regroupe, soit "une centaine", au total.
Autre signal positif, par ailleurs, à l’annonce de l’annulation de l’édition physique, beaucoup de studios ont proposé au Mifa de ne pas les rembourser, mais de reporter sur 2021. Citia sera en mesure de dresser un bilan financier de cette édition en ligne début juillet. Pour l’heure, il se concentre sur cette version tout à fait inédite dont "l’enjeu va également être technique. Il s’agit d’une expérimentation pour nous tous", rappelle Mickaël Marin.

Le festival donne maintenant rendez-vous le 18 mai, à l’annonce de la sélection des longs métrages et des œuvres VR, les seuls qui manquent à l’appel, tous les autres films (courts métrages, séries…) ayant déjà été dévoilés. Pour les longs métrages, le fait de basculer en ligne a eu forcément un impact. "Cela a obligé Marcel Jean (délégué artistique du festival, Ndlr) à rediscuter film par film avec chaque ayant-droit", témoigne Mickaël Marin. "Nous sommes plutôt très optimistes sur les films disponibles pour les deux sections (avec Contrechamp, créé en 2019).

Selon nos informations, des producteurs ont conditionné la sélection de leurs films au fait que des festivals ultérieurs susceptibles de les sélectionner à leur tour renoncent au critère d’inédit. "Des choses que nous avions repérées comme des freins possibles sont en train d’être levées", répond Mickaël Marin. "Ce qui compte, c’est de pouvoir valoriser des films qui vont être montrés dans des conditions particulières en effet. Nous espérons que les autres festivals prennent ensuite les longs métrages de la sélection d’Annecy et qu’ils les montrent sur grand écran, et que chacun fasse preuve de souplesse et de solidarité au bénéfice des films. A situation exceptionnelle, règles exceptionnelles".

Emmanuelle Miquet
© crédit photo : Citia


L’accès à cet article est réservé aux abonnés.

Vous avez déjà un compte


Accès 24 heures

Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici


Recevez nos alertes email gratuites

s'inscrire