Cinéma

Lancement de Solidarité Cinéma, un fonds d'aide pour des métiers fragilisés autour de la production et distribution de films

Date de publication : 17/06/2020 - 11:29

Ce fonds privé, abondé par des entreprises du 7e art indépendantes, a vocation à attribuer des dons à divers métiers du secteur fragilisés par la crise causée par la pandémie de Covid-19, et qui n’ont pas pu bénéficier des dispositifs mis en place par l’Etat.

Si l’Etat a mis en place diverses mesures connues (activité partielle pour les salariés permanents et intermittents, Prêt Garanti par l’Etat, fonds de solidarité) pour permettre aux entreprises de tenir et ainsi passer le cap de la crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19, un certain nombre n’ont pas pu y avoir accès, ne rentrant pas dans les critères. Fort de ce constat, des entreprises indépendantes du 7e Art ont décidé de créer un fonds, Solidarité Cinéma, pour leur venir en aide.

"Solidarité Cinéma est une association qui a pour but de lever des fonds et de les reverser, sous forme de dons, à des petites entreprises et autoentrepreneurs en difficulté qui sont liés à la production et à la distribution de films. Ce fonds ne s’adresse donc pas à des producteurs, des distributeurs, des auteurs ou des intermittents, mais à des prestataires, des toutes petites entreprises ou des autoentrepreneurs qui sont dans l’angle mort des aides existantes", expose Marc Missonnier, producteur (Moana Films).

"A l’origine de cette idée, nous estimions que les entreprises privées de notre secteur, des indépendants, devaient faire quelque chose pour les plus fragiles de notre écosystème. Pour aider ceux avec lesquels nous travaillons à l'année et afin qu’ils puissent passer le cap de cette crise, et qu’ils soient toujours là au moment où pourrons retravailler avec eux. C’est aussi parti du constat que des grandes entreprises n'avaient pas pris d'initiative, à la différence d'autres dans certains pays, dans ce sens pour les plus fragilisés. Le cinéma et l’audiovisuel ont demandé l’appui des pouvoirs publics, qui ont bien plus de moyens et ont répondu à un certain nombre de demandes. Nous avons pensé qu’on ne pouvait pas se contenter de cet argent public. Et qu’en tant qu’entrepreneurs, nous avions une certaine responsabilité sociale et nous nous devions, dans la mesure de nos moyens, d’aider les plus fragiles" poursuit Marc Missonnier.

L’association réunit un comité de sept personnalités. Chacune a apporté son expertise pour élaborer le fonctionnement de l’association, faire appel à des donateurs et identifier les besoins afin de reverser l’argent récolté. Outre Marc Missonnier qui représente la production, président de l’association, il s’agit d’Alexandra Henochsberg (Ad Vitam) pour les distributeurs, Isabelle Terrel (Coficiné) pour les institutions financières, Aude Cathelin (directrice de production) pour les directeurs de production, Hugo Rubini (Rubini et Associés) pour les assureurs, Thierry de Segonzac (TSF) pour les industries techniques et l’avocat Christian Valsamidis (Taylor Wessing) qui est secrétaire de l’association.

"Quand Marc m’a contactée pendant le confinement, cette idée de fonds d’aide a sonné juste. Car j’étais moi-même confrontée à des partenaires, des prestataires qui s’occupent de nos films toute l’année, et qui traversaient la période de manière extrêmement difficile, étaient dans des situations très précaires, raconte Alexandra Henochsberg. J’ai réalisé la fragilité de cet écosystème et notre dépendance les uns aux autres. Le secteur produit et distribue des films en s’appuyant sur plein de métiers. Il y avait donc quelque chose à faire. Je me suis associée au projet pour apporter mon expertise sur mon domaine. Chacun amène une pierre à l’édifice pour savoir comment identifier les gens qui auront besoin du fonds. Ces aides peuvent, par exemple, pour des toutes petites structures, éviter parfois un licenciement".

La question du type de structure à créer s’est évidemment posée. Une fondation ou un fonds de dotation auraient demandé des procédures administratives lourdes. Pour avoir une structure opérationnelle rapidement, les fondateurs ont donc opté pour une association loi 1901, à but non lucratif, où ils sont évidemment bénévoles.

Au 15 juin, Solidarité Cinéma a déjà levé 164 891€, auprès d’une vingtaine de premiers donateurs, qui sont : Moana Films, Rubini et Associés, TSF, Taylor Wessing, Trésor Films, Epithète, 2.4.7 Films, The Film, Recifilms, Chapka, Les Films du Kiosque, Hugo Films, Agat Films, Curiosa Films, Ad Vitam, Jerico, Les Films du Worso, Les Films du Cap, Cine Nomine, Rectangle, The Jokers, Diaphana, Pyramide, Rézo Films, Haut et Court, Coficiné et Neuflize OBC.

Le site de Solidarité Cinéma ( https://solidaritecinema.wixsite.com/solidaritecinema) liste de nombreux métiers visés. Par exemple, sur les tournages, les sociétés de ventousage, de convoyage, du gardiennage, de cantine, des loges, des loueurs très spécialisés. Mais aussi en post production, des éditeurs musicaux indépendants, des créateurs de génériques, de bande-annonces. Ou encore des métiers liés aux sorties de films, comme les attachés de presse, les affichistes, des webmasters, ou pour les services de sécurité, de catering pour les avant-premières, etc…A noter que la liste sur le site est indicative. 
"Nous avons identifié certains métiers en difficulté, mais nous comptons aussi sur la diffusion de cette information pour peut-être en identifier d’autres" note Alexandra Henochsberg. 

Ceux qui ont besoin de faire appel à cette association, peuvent remplir un formulaire sur le site précité https://solidaritecinema.wixsite.com/solidaritecinema et/ou la contacter sur l’adresse suivante : cinema.solidarite@gmail.com

Les premières demandes peuvent être déposées jusqu’au 10 juillet. Et le comité Solidarité Cinéma évaluera chaque dossier, pour accorder des aides s’échelonnant de 2 000€ à 15 000€, selon un examen au cas par cas des dossiers.

"Selon les demandes que nous recevrons, nous ajusterons les curseurs. Le but n’est pas de donner beaucoup à peu d’entreprises, mais d’en aider un maximum mais avec de sommes qui aient un sens économique pour chacun".
Pour prétendre à ce fonds, les quelques critères sont les suivants. Il faut être une toute petite entreprise ou être autoentrepreneur. Il faut ensuite donner une indication sur son chiffre d’affaires sur les six premiers mois de 2020 en comparaison de celui des six premiers mois de 2019. Enfin, l’entreprise ou l’autoentrepreneur ne doivent pas avoir eu accès aux mesures de l’Etat (PGE, le fonds de solidarité national), le fonds ne s’adresse donc pas aux intermittents (qui ont pu bénéficier de l’activité partielle).

Suite à cette annonce, les fondateurs espèrent être rejoints par d’autres donateurs et feront évoluer éventuellement le comité d’attribution. Et après ce premier appel fixé au 10 juillet, et "selon l’évolution de la situation dans les prochains mois, l’association réagira en fonction", ajoute Alexandra Henochsberg.

Sarah Drouhaud
© crédit photo :


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