Cinéma

Congrès FNCF 2020 - Le Scare reste mobilisé

Date de publication : 23/09/2020 - 08:12

Pour la première fois tenue en marge du Congrès des exploitants, l’assemblée générale du Syndicat des cinémas d’art, de répertoire et d’essai a permis d’évoquer quelques-unes des problématiques auxquelles sont aujourd’hui confrontées les salles art et essai, dont la crise a, semble-t-il, accru davantage encore les tensions avec les circuits dans les grandes villes.

Elle se déroule, traditionnellement, en amont du Festival de Cannes. Faute de manifestation physique sur La Croisette, le Scare a finalement opté cette année pour le Congrès de la FNCF pour l’organisation de son assemblée générale, le mardi 22 septembre au Centre international de Deauville. Une assemblée générale tenue dans un contexte inédit, alors que le secteur est aujourd’hui en proie à des difficultés sans précédent, comme en ont témoigné exploitants et rapporteurs des commissions de branche lors du Forum de discussion tenu quelques heures plus tôt. “Aujourd’hui, nous travaillons la peur au ventre. La peur de voir un marché ne plus réellement se relever, la peur de ne plus exister aux yeux de nos spectateurs encore fragiles ou hésitants à revenir en salle, la peur économique de devoir mettre la clé sous le paillasson. Nous avançons masqués, contraints, agacés par le flux des remarques simplistes et outrancières des réseaux sociaux”, a ainsi rappelé Stéphane Libs, coprésident du Scare et gérant des cinémas Star de Strasbourg, lors de la lecture du rapport moral du syndicat.

Étonnamment, la première intervention de l’assemblée n’a pas été l’occasion d’aborder les difficultés consécutives à la crise sanitaire, mais les rapports entre circuits et indépendants. Plusieurs voix se sont ainsi élevées contre le monopole dont jouissent depuis quelques années les groupes d'exploitation nationaux dans quelques grandes villes, à l’instar d’UGC à Lille ou Kinepolis à Metz. Le cas de Lille a plus particulièrement fait réagir, puisque c’est un indépendant, Michel Vermoesen, qui a vendu ses deux cinémas art et essai de centre-ville (Le Métropole et Le Majestic) au réseau de Guy Verrecchia en juillet 2019, entretenant ainsi la crainte d'une montée en puissance des rachats de cinémas indépendants par les circuits. “Cela nous questionne sur la pérennité des salles indépendantes dans les grandes villes”, a résumé Sylvain Clochard, vice-président du Scare et exploitant du Concorde de Nantes. D'où la décision du syndicat, formalisée en 2019, de demander aux circuits de retirer de ses rangs les cinémas rachetés aux indépendants. “Il s’agit d’un effort financier, mais qui clarifie nos combats”, a précisé le Scare dans son rapport d'activité.

Cette tendance devrait d'ailleurs s’accroître avec la crise sanitaire, estime Martin Bidou, trésorier du syndicat et président du réseau Haut et Court Cinémas : “La Covid nous fragilise tellement que, si une salle va très mal, elle ne fermera pas, mais sera probablement absorbée par un exploitant plus gros. Un indépendant affaibli se tournera plus facilement vers un circuit, qui en a les moyens, pour vendre sa salle. Ce n’est pas un indépendant qui, en ce moment, va racheter un autre indépendant. La concentration est plus que jamais d’actualité.”

La problématique des circuits a été abordée à plusieurs autres reprises par les exploitants présents, quelques-uns pointant notamment un élargissement conséquent des plans de sortie des films art et essai au profit des groupes. “Ce sont plutôt les salles art et essai qui ont ‘partagé’ les films cet été, puisque le marché était essentiellement composé de titres recommandés, et que les circuits se sont du coup davantage positionnés dessus. Des films qui sortaient d’habitude dans 60 ou 80 salles ont ainsi été distribués sur 120 ou 130 copies. Il va falloir que nous soyons vigilants sur l’évolution des pratiques de ‘l'après-Covid’ : la situation actuelle constitue-t-elle un épiphénomène ou une nouvelle pratique qui s’installe ?”, s’est questionné Martin Bidou. Et Stéphane Libs de souligner, au passage, les exigences d’exposition parfois très importantes formulées cet été par certains distributeurs de films art et essai sur des sorties  “surdimensionnées”, alors même que les salles ont drastiquement réduit le nombre de séances proposées.

En corollaire, les adhérents du Scare ont à plusieurs reprises mis sur le tapis la question de l’accès aux films, déplorant des délais d’obtention toujours conséquents pour certaines typologies d'exploitations malgré la situation inédite dans laquelle se retrouve le secteur. “Il faut que les salles de la petite exploitation puissent avoir les films beaucoup plus vite, a réagi Stéphane Libs. Les obtenir en quatrième ou cinquième semaine, aujourd’hui, c’est inconcevable. C’est déjà trop tard.”

Outre la question des projections en plein air, déjà largement évoquée lors du Forum de discussion, Jérôme Quaretti, gérant du réseau L’Yre Cinémas, a tenu à mettre en lumière la problématique spécifique des intérêts intercalaires, auxquels de nombreux exploitants en plein remboursement de leur(s) emprunt(s) sont aujourd’hui confrontés. “Peut-être y aura-t-il, dans les aides annoncées, une prise en charge des intérêts intercalaires ?”, a pointé Martin Bidou. Réponse ce mercredi à 15h30, heure à laquelle la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, annoncera à Deauville les mesures destinées à la filière cinéma.

Kevin Bertrand
© crédit photo : DR


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