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Lumière MIFC 2019 - Manuel Chiche : "Pour valoriser éditorialement le cinéma classique, il ne faudrait pas se limiter à la salle et la vidéo"

Date de publication : 15/10/2019 - 08:41

Alors que s’ouvre le Marché international du Film classique (MIFC), avec une première journée principalement dédiée à la vidéo, entretien avec le fondateur et dirigeant de La Rabbia et The Jokers, afin d’évoquer les problématiques du secteur vidéo autour du cinéma de patrimoine.

En tant que distributeur cinéma et éditeur vidéo de films de patrimoine avec La Rabbia, comme jugez-vous l’état du marché vidéo sur ce créneau ? Y a-t-il encore des opportunités ?
Nous n’avons jamais réellement travaillé en fonction des "opportunités" mais plutôt à travers les films qui, pensions-nous, était intéressants à remontrer aujourd’hui. En particulier des cinéastes un peu tombés dans l’oubli. Le marché de la vidéo est, de manière générale, dans un piteux état. Et étrangement il n’y a jamais eu autant d’offres sur le marché de ce que l’on appelle "le patrimoine". Les majors ont ouvert leurs catalogues et laissent travailler les indépendants sur leurs films, ce qui est une bonne chose car le travail est souvent plus soigné ou élaboré. Mais les chiffres de ventes sont, de mon point de vue, calamiteux et sans les subventions du CNC, le marché serait quasiment éteint aujourd’hui. Après, certains miracles peuvent encore se produire mais se feront de plus en plus rares. Mais peut-être y a-t-il un autre business model, plus artisanal à développer, proche du pressage à la demande mais sur des éditions d’exception ?

Pensez-vous que les plateformes de streaming peuvent enfin prendre leur rôle de relais de croissance face à la chute de la vidéo physique, et notamment sur le cinéma classique ?
De manière abrupte, je dirai non ! Il n’y a qu’à regarder la présence de films dits de "patrimoine" sur les plateformes de streaming. Ce doit être inférieur à 0,5%. Ce n’est pas leur business model. Par contre, est-ce qu’il y aurait la place pour une plateforme de patrimoine, je crois que oui. Bien sûr, nous avons la Cinetek qui est une jolie idée mais je crois manquant de moyens, et Filmo TV mais je crois que leur poids sur le marché n’est pas énorme. J’adorerais voir naître une véritable "encyclopédie" digitale du cinéma à l’échelle européenne. Mais bon, déjà que les Etats ont du mal à s’entendre…

La table-ronde de la journée vidéo du MIFC se penche sur les ventes et acquisitions de titres classiques, quel regard portez-vous sur l’évolution des prix, de l’offre et de la demande aujourd’hui ?
L’offre est très large. La demande l’est moins. Les droits cédés se limitent souvent à la salle ou la vidéo physique, ou les deux. C’est pour moi une hérésie économique. De plus, nous avons toujours considéré que pour que ce travail éditorial soit fait convenablement autour d’un film, il devait intégrer une vision et une stratégie sur l’ensemble des médias et non pas simplement sur la salle de cinéma et la vidéo physique. Cette augmentation des droits de films disponibles a provoqué un afflux considérable de propositions sur ces deux médias qui ne me semble pas raisonnable et j’ai bien peur que l’on en paie le prix dans les deux années à venir.
Cette économie ne peut dépendre à terme uniquement des subventions même si elles créent une offre extrêmement riche et diversifiée. J’ai toujours pensé que ces subventions, sous réserve qu’elles perdurent, devaient venir récompenser uniquement la qualité du travail des distributeurs et éditeurs et non pas créer une inflation préjudiciable de l’offre. Ni les spectateurs et acheteurs ni les distributeurs et éditeurs n’en sortiront gagnant. Quant aux prix, ils ne regardent que ceux qui les paient.

Quelle est votre actualité concernant le cinéma patrimoine et classique dans les mois à venir ?
Notre actualité est toujours mesurée. Nous sortons le 30 octobre le nouveau livre de Philippe Garnier Sterling Hayden, l’irrégulier, puis le 27 novembre nous sortirons dans les salles de cinéma, en copie restaurée, L’âme des guerriers, le premier long métrage de Lee Tamahori, qui traite de manière frontale de deux problèmes malheureusement d’actualité qui sont les violences domestiques et la quête d’identité. 25 ans après, le film n’a, pensons-nous, rien perdu de la force de son propos. En ce qui concerne nos autres activités comme la vidéo physique, l’édition de musiques de films en vinyle et d’autres surprises, une annonce est à venir pour le mois de novembre de cette année.

Vous avez également distribué, avec The Jokers, la Palme d’or Parasite cette année, que vous sortez en vidéo en décembre, soit six mois après la sortie salle au lieu des quatre mois que vous permet la chronologie des médias, pouvez-vous nous préciser vos ambitions pour cette édition ?
Avec The Jokers, nous sortirons pour Noël une édition toute simple mais techniquement très soignée afin de ne pas faire attendre trop longtemps les spectateurs qui voudraient le revoir. Cette édition sera pressée aux alentours de 20 000 exemplaires. Mais nous avons d’ores et déjà annoncé une édition collector pour le mois de février qui sera assez élaborée, voire même une édition d’exception. Elle sera pressée à hauteur de 3 000 exemplaires, peut-être 4 000. Comme nous sommes quasiment sorti en day–and-date avec la Corée-du-Sud au cinéma, on nous a demandé d’attendre afin de ne pas léser l’exploitation dans les autres territoires, ce que nous avons bien entendu accepté.

Propos recueillis par Sylvain Devarieux
© crédit photo : Julien Lienard pour LFF


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