Télévision

Comment le feuilleton "Un si grand soleil" fait face à la pandémie ? Entretien avec son producteur, Toma de Matteis

Date de publication : 03/04/2020 - 12:39

Le feuilleton de France 2, qui réuni chaque soir 3,7 millions de fidèles, a été interrompu, comme ces homologues, Demain nous appartient et Plus Belle la vie. Cette mécanique bien huilée s’adapte. Et prépare la suite…Son producteur s'explique. 

Le tournage de Un si grand soleil est aujourd’hui à l’arrêt. Il doit être compliqué d’interrompre une production aussi lourde qu’un feuilleton quotidien ?
Toma de Matteis : En tant que producteur, il faut déjà penser à l’arrêt de travail de 250 personnes. C’est effectivement compliqué. En plus, il ne s’agit pas d’une cessation d’activité, mais d’une mise en pause. C’est ce qui rend la situation plus complexe. Avec malheureusement, beaucoup d’inconnus dans l’équation. Nous continuons à rester en lien avec les équipes, à rester proches de nos comédiens. Comme nous avons arrêté les premiers, nous avons été en mesure de faire les dernières opérations de maintenance. Et de ne rien quitter en catastrophe. Les studios sont en état de marche. Le redémarrage technique devrait donc se faire de façon assez fluide. Le fait de posséder notre propre outil de production facilitera les choses. Nous y travaillons avec évidemment l’inconnue de la date. Avec un bénéfice inattendu au milieu de tout cela, c’est que cela nous offre un peu d’espace pour réfléchir à ce que nous allons raconter. Et nous interroger sur la tonalité que nous allons donner désormais à la série.

Vous avez cessé la diffusion le 13 mars à l'épisode 405 ?
Je savais depuis toujours que France 2 allait privilégier l’information pendant cette période. Nous sommes diffusées juste après le JT. C’est un créneau horaire très particulier ou l’actualité peut impacter la diffusion. Dans l’histoire du feuilleton, il est arrivé que celui-ci soit interrompu certains soirs. Comme pour la mort de Jacques Chirac. Nous avons donc laissé la place assez légitimement au journal. De toute façon, nous arrêtions de fabriquer, donc notre diffusion aurait à un moment stoppé.

Ou en est votre réflexion à ce niveau ? Qu’en est-t'il de l’écriture des futurs épisodes ?
Nous avons l’avantage énorme, par rapport à Plus Belle La Vie, de ne pas avoir fait le choix narratif d’être accroché à l’actualité ou à un quotidien du réel. De ce point de vue-là, nous en sommes affranchis. Mais d’un autre, ce que vivons va forcément marquer l’inconscient collectif et ne pourra pas exister du tout au sein de notre série. Nous poursuivons l’écriture des séquenciers, des dialogues. La fabrication étant arrêté, nous n’avons pas besoin d’écrire à la vitesse habituelle. Il n’est pas question de « sur » écrire non plus. Avec un mois minimum de diffusion en moins, a minima, les arches narratives seront forcément différentes à celles qui étaient prévues. Nous ajustons donc. En parallèle de cela, nous faisons un travail de fond. Nous étions déjà en réflexion sur le type d’histoires que nous allions raconter pour notre troisième saison. La situation nous laisse un peu de temps pour y réfléchir sereinement. Avec beaucoup de questions évidemment.

Vous assurez le lien avec vos fidèles via les réseaux sociaux sur vos comptes officiels via Facebook, Instagram ou Twitter…
Nous avons en effet mis en place un certain nombre de choses pour continuer à parler avec les spectateurs. Et nous allons communiquer plus largement autour de nos comédiens dans les semaines à venir.

Quel est l’impact économique de cet arrêt ?
Il est complexe de le calculer aujourd’hui, même si il y aura évidemment un coût à cet arrêt. L’état a déjà mis des choses en place. Je ne peux pas me contenter de faire une addition aujourd’hui en transposant la réalité des coûts habituels d’une journée. Et de décréter par des multiplications que ce sera le coût final. Le fait de ne pas travailler fait aussi que plein de choses ne sont pas dépensées. C’est une économie annuelle. Quand nous avons tourné des épisodes spéciaux comme ceux autour des incendies, ils nous ont coûté beaucoup plus cher que des épisodes classiques. Mais c’était intégré dans nos plannings. Ici, la réalité du surcoût dépendra évidemment de la longueur de l’arrêt. Si la diffusion reprend en septembre et pas en juin, cela aura évidemment des conséquences. Il faudra voir aussi comment le diffuseur, le CNC vont accompagner ensuite ces productions. Nous restons très vigilants en nous demandant comment nous allons relancer la machine ensuite. Je crois que la vie des producteurs n’est que la gestion de problèmes permanents. Là, ce sont des problèmes XXL !

Avez-vous des épisodes en stock qui vous laissent "un matelas de sécurité" à la reprise progressive de la production ?
Nous en avons entre quinze et vingt épisodes en réserve. Il faut à peu près deux mois de délai entre qui s’écrit à la base et ce qui se tourne au final. On ne pourra redémarrer de suite avec des épisodes totalement frais. Mais il faudra gérer alors notre nouvelle capacité à tourner, la disponibilité à trouver des comédiens, des décors. Nous sommes dans un univers où il règne une forte concurrence. Mais aussi une sorte de fraternité. J’ai toujours trouvé avec mes autres camarades producteurs des solutions. J’ai bon espoir que chacun trouvera un terrain d’entente dans la perspective que tout redémarre le plus largement possible.

Francois-Pier Pelinard-Lambert


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