
Cannes 2026 – Blerta Basholli réalisatrice de "Dua" : "C'est l’histoire d’une adolescente forcée de grandir trop vite"
Date de publication : 14/05/2026 - 15:48
Sélectionné à la Semaine de la Critique, le film de la scénariste et réalisatrice d’origine kosovare, Blerta Basholli, se déroule à Pristina au Kosovo à la fin des années 1990, alors que la guerre avec la Serbie se profile et que les tensions ethniques s’exacerbent.
Un fil conducteur relie-t-il vos courts métrages qui ont précédé Dua ?
Je travaille sur des récits intimistes abordant la réalité sociale, en utilisant souvent des histoires personnelles centrées sur les personnages pour explorer des expériences collectives plus larges. J’aime que l’émotion se déploie en douceur, et que le sens s’exprime à travers les comportements, le silence et le sous-entendu plutôt que par des explications directes. Dans mes courts métrages, je me suis souvent intéressée aux femmes et aux jeunes filles qui naviguent dans des mondes intérieurs complexes, dans des environnements façonnés par la pression sociale, la tradition ou des tensions tacites. Je m’intéresse à des gestes, des regards, de petites décisions qui révèlent des vérités émotionnelles plus profondes. Visuellement, je privilégie un style naturaliste, des jeux ancrées dans la réalité, le minimalisme et l’accent sur l’atmosphère. J’aime rester proche de mes personnages, afin de permettre au public de vivre les événements en épousant quasiment leur point de vue.
Comment décrivez-vous Dua en quelques mots ?
Dua est une adolescente qui se trouve en quelque sorte entre deux mondes. C’est encore une enfant, mais elle est confrontée à des situations qui la forcent à grandir vite. Elle ne parle pas beaucoup, mais on ressent tout à travers elle. L’histoire se dévoile à travers ce qu’elle voit et porte.
Comment vous est venue l’idée de ce film ?
Elle m'est venue de mes propres expériences de jeunesse et de sentiments qui m'ont marquée. Maki s'inspire d'une fille avec qui je m'entraînais au judo et qui m'a dit un jour : "Si quelqu'un te touche, tu me le dis", et cela m'a marquée, car cela m'a fait me sentir protégée, presque courageuse. À partir de là, j'ai voulu construire une histoire autour de ce genre de lien, deux filles qui trouvent de la force l'une chez l'autre, dans un monde où on ne se sent pas toujours en sécurité.
Vous avez écrit le scénario avec Nicole Borgeat. Quelles ont été les principales étapes d’écriture ?
Au début, j’ai rédigé la première version toute seule : c’était très personnel et difficile à vivre, mais j’avais besoin de ce processus pour donner un sens à mes expériences. Ensuite, Nicole et moi avons passé quelques jours ensemble à Pristina, à discuter longuement et à approfondir l’histoire. Après cela, elle s’est chargée de la deuxième version et des révisions suivantes, en se concentrant davantage sur les relations et la structure, mais pas uniquement. Nous avons continué à travailler en étroite collaboration, en nous réunissant en ligne, en discutant de tout, et en intégrant également les commentaires d’autres scénaristes, producteurs et comités de financement jusqu’à ce que nous arrivions à la version finale.
Sur la base de quels critères avez-vous choisi vos actrices ?
Je ne peux pas dire que j’avais des critères précis. Je ne procède pas vraiment ainsi pour le casting. Je choisis des personnes qui me semblent authentiques. Je suis très intuitive. Que ce soit une bonne chose ou non, je ne suis pas du genre à tout calculer. C’est pour ça que j’organise beaucoup d’auditions. Je me suis rendu dans toutes les écoles de Pristina et j’ai vu beaucoup d’enfants avant de choisir Dua, Maki et tous les adolescents. C’était un processus intuitif, mais aussi assez précis. Je cherchais quelque chose de réel plutôt que de « joué » : une présence, une sensibilité, surtout dans le silence. Comme l’histoire repose tellement sur ce qui n’est pas dit, il était important qu’ils puissent transmettre l’émotion d’une manière subtile et naturelle. Je pars toujours du principe que si je les crois, le public les croira aussi. Dua m’a été présentée par sa mère. Au départ elle ne voulait pas faire le film. Je l’ai auditionnée trois fois, et ce n’est qu’à la troisième fois que j’ai vraiment vu son jeu, ce qui, je pense, est aussi très intuitif. J’arrive à croire en chaque mot qu’elle prononce, et c’est très important pour moi. Elle a également une très forte présence, ce qui est toujours important à mes yeux, car cela en dit plus long que les mots.
En même temps, j’étais très attentive à la dynamique entre les actrices. Il ne s’agissait pas seulement de chaque actrice individuellement, mais de savoir si elles semblaient crédibles ensemble — s’il y avait une sorte de confiance, de tension ou de connexion. Autant de choses qu’on ne peut pas vraiment simuler.
Valon Bajgora a-t-il été le premier producteur à rejoindre le film ?
Oui, Valon Bajgora est l’un des producteurs de mon premier long métrage, Hive, nous avons donc poursuivi notre collaboration.
Recherchiez-vous un décor ou une atmosphère particulière pour tourner ?
Nous avons tourné à Pristina, au Kosovo, en octobre-novembre 2025, principalement dans le quartier d’Ulpiana où j’ai grandi. Nous voulions retourner sur les lieux d’origine où je me sentais personnellement enracinée. Visuellement, nous recherchions également cette sensation de mi-saison, quelque part entre l’automne et le printemps, afin que l’atmosphère soit douce, un peu incertaine, et très proche de l’univers émotionnel de l’histoire. D’autant que c’est aussi à cette période que les événements se sont déroulés.
Avez-vous fait des choix de mise en scène particuliers ?
J’ai veillé à ce que les choses restent assez simples et souples sur le plateau. Comme je voulais que le film soit très proche de la vie réelle, j’ai donc évité de trop mettre en scène les séquences et je me suis davantage concentrée sur la création d’un climat émotionnel propice pour les acteurs. C’est un point dont nous avons également discuté avec Lucie Baudinaud, la directrice de la photographie : nous avons limité le matériel présent dans la pièce et opté pour un éclairage très naturel afin que les acteurs se sentent comme chez eux. J'aime que les lieux restent très authentiques pour que cela ne ressemble pas à un plateau de tournage, mais plutôt à une situation réelle.
Ma méthode de travail est aussi assez intuitive. J'ai suffisamment répété pour que tout soit clair, mais j'ai laissé de la place pour de petites variations naturelles une fois le tournage lancé. Je reste toujours très proche des acteurs pendant les prises, lorsque c'est possible, car j'aime les guider en douceur plutôt que de trop les diriger, afin que leurs performances restent sincères et ancrées dans la réalité. Une fois le tournage lancé, le jeu des acteurs passe avant tout le reste.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières pendant le tournage ?
Nous avions un train en mouvement, des figurants, des acteurs qui n’étaient pas des adolescents, des combats de judo, une histoire se déroulant en 1998 et 1999, beaucoup de voitures à déplacer. Mais comme tout avait été réglé lors de la préparation, cela a semblé parfois trop facile pendant le tournage. Le film a été achevé fin avril 2026.
Quelles sont vos attentes concernant cette sélection en compétition à la Semaine de la critique ?
Nous visions Cannes depuis le début, donc pour moi, la Semaine de la Critique est le cadre idéal pour ce film. Je suis toujours assez sceptique quand il s’agit d’attentes, je ne suis sans doute pas la bonne personne à qui poser cette question. J’ai juste hâte de connaître la réaction du public, d’entendre ce que les gens disent du film et comment ils le vivent.
D’autres projets en cours ?
Mon prochain film portera sur la première femme à avoir parlé publiquement du viol qu’elle a subi pendant la guerre au Kosovo. Je m’intéresse à son courage, mais aussi à ce que signifie le fait de prendre la parole dans une société où le silence est souvent de mise. Il s’agit de mémoire, de vérité, et de la façon dont une seule voix peut porter quelque chose que beaucoup de gens ont vécu collectivement mais dont ils n’ont jamais parlé à voix haute.
Je travaille sur des récits intimistes abordant la réalité sociale, en utilisant souvent des histoires personnelles centrées sur les personnages pour explorer des expériences collectives plus larges. J’aime que l’émotion se déploie en douceur, et que le sens s’exprime à travers les comportements, le silence et le sous-entendu plutôt que par des explications directes. Dans mes courts métrages, je me suis souvent intéressée aux femmes et aux jeunes filles qui naviguent dans des mondes intérieurs complexes, dans des environnements façonnés par la pression sociale, la tradition ou des tensions tacites. Je m’intéresse à des gestes, des regards, de petites décisions qui révèlent des vérités émotionnelles plus profondes. Visuellement, je privilégie un style naturaliste, des jeux ancrées dans la réalité, le minimalisme et l’accent sur l’atmosphère. J’aime rester proche de mes personnages, afin de permettre au public de vivre les événements en épousant quasiment leur point de vue.
Comment décrivez-vous Dua en quelques mots ?
Dua est une adolescente qui se trouve en quelque sorte entre deux mondes. C’est encore une enfant, mais elle est confrontée à des situations qui la forcent à grandir vite. Elle ne parle pas beaucoup, mais on ressent tout à travers elle. L’histoire se dévoile à travers ce qu’elle voit et porte.
Comment vous est venue l’idée de ce film ?
Elle m'est venue de mes propres expériences de jeunesse et de sentiments qui m'ont marquée. Maki s'inspire d'une fille avec qui je m'entraînais au judo et qui m'a dit un jour : "Si quelqu'un te touche, tu me le dis", et cela m'a marquée, car cela m'a fait me sentir protégée, presque courageuse. À partir de là, j'ai voulu construire une histoire autour de ce genre de lien, deux filles qui trouvent de la force l'une chez l'autre, dans un monde où on ne se sent pas toujours en sécurité.
Vous avez écrit le scénario avec Nicole Borgeat. Quelles ont été les principales étapes d’écriture ?
Au début, j’ai rédigé la première version toute seule : c’était très personnel et difficile à vivre, mais j’avais besoin de ce processus pour donner un sens à mes expériences. Ensuite, Nicole et moi avons passé quelques jours ensemble à Pristina, à discuter longuement et à approfondir l’histoire. Après cela, elle s’est chargée de la deuxième version et des révisions suivantes, en se concentrant davantage sur les relations et la structure, mais pas uniquement. Nous avons continué à travailler en étroite collaboration, en nous réunissant en ligne, en discutant de tout, et en intégrant également les commentaires d’autres scénaristes, producteurs et comités de financement jusqu’à ce que nous arrivions à la version finale.
Sur la base de quels critères avez-vous choisi vos actrices ?
Je ne peux pas dire que j’avais des critères précis. Je ne procède pas vraiment ainsi pour le casting. Je choisis des personnes qui me semblent authentiques. Je suis très intuitive. Que ce soit une bonne chose ou non, je ne suis pas du genre à tout calculer. C’est pour ça que j’organise beaucoup d’auditions. Je me suis rendu dans toutes les écoles de Pristina et j’ai vu beaucoup d’enfants avant de choisir Dua, Maki et tous les adolescents. C’était un processus intuitif, mais aussi assez précis. Je cherchais quelque chose de réel plutôt que de « joué » : une présence, une sensibilité, surtout dans le silence. Comme l’histoire repose tellement sur ce qui n’est pas dit, il était important qu’ils puissent transmettre l’émotion d’une manière subtile et naturelle. Je pars toujours du principe que si je les crois, le public les croira aussi. Dua m’a été présentée par sa mère. Au départ elle ne voulait pas faire le film. Je l’ai auditionnée trois fois, et ce n’est qu’à la troisième fois que j’ai vraiment vu son jeu, ce qui, je pense, est aussi très intuitif. J’arrive à croire en chaque mot qu’elle prononce, et c’est très important pour moi. Elle a également une très forte présence, ce qui est toujours important à mes yeux, car cela en dit plus long que les mots.
En même temps, j’étais très attentive à la dynamique entre les actrices. Il ne s’agissait pas seulement de chaque actrice individuellement, mais de savoir si elles semblaient crédibles ensemble — s’il y avait une sorte de confiance, de tension ou de connexion. Autant de choses qu’on ne peut pas vraiment simuler.
Valon Bajgora a-t-il été le premier producteur à rejoindre le film ?
Oui, Valon Bajgora est l’un des producteurs de mon premier long métrage, Hive, nous avons donc poursuivi notre collaboration.
Recherchiez-vous un décor ou une atmosphère particulière pour tourner ?
Nous avons tourné à Pristina, au Kosovo, en octobre-novembre 2025, principalement dans le quartier d’Ulpiana où j’ai grandi. Nous voulions retourner sur les lieux d’origine où je me sentais personnellement enracinée. Visuellement, nous recherchions également cette sensation de mi-saison, quelque part entre l’automne et le printemps, afin que l’atmosphère soit douce, un peu incertaine, et très proche de l’univers émotionnel de l’histoire. D’autant que c’est aussi à cette période que les événements se sont déroulés.
Avez-vous fait des choix de mise en scène particuliers ?
J’ai veillé à ce que les choses restent assez simples et souples sur le plateau. Comme je voulais que le film soit très proche de la vie réelle, j’ai donc évité de trop mettre en scène les séquences et je me suis davantage concentrée sur la création d’un climat émotionnel propice pour les acteurs. C’est un point dont nous avons également discuté avec Lucie Baudinaud, la directrice de la photographie : nous avons limité le matériel présent dans la pièce et opté pour un éclairage très naturel afin que les acteurs se sentent comme chez eux. J'aime que les lieux restent très authentiques pour que cela ne ressemble pas à un plateau de tournage, mais plutôt à une situation réelle.
Ma méthode de travail est aussi assez intuitive. J'ai suffisamment répété pour que tout soit clair, mais j'ai laissé de la place pour de petites variations naturelles une fois le tournage lancé. Je reste toujours très proche des acteurs pendant les prises, lorsque c'est possible, car j'aime les guider en douceur plutôt que de trop les diriger, afin que leurs performances restent sincères et ancrées dans la réalité. Une fois le tournage lancé, le jeu des acteurs passe avant tout le reste.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières pendant le tournage ?
Nous avions un train en mouvement, des figurants, des acteurs qui n’étaient pas des adolescents, des combats de judo, une histoire se déroulant en 1998 et 1999, beaucoup de voitures à déplacer. Mais comme tout avait été réglé lors de la préparation, cela a semblé parfois trop facile pendant le tournage. Le film a été achevé fin avril 2026.
Quelles sont vos attentes concernant cette sélection en compétition à la Semaine de la critique ?
Nous visions Cannes depuis le début, donc pour moi, la Semaine de la Critique est le cadre idéal pour ce film. Je suis toujours assez sceptique quand il s’agit d’attentes, je ne suis sans doute pas la bonne personne à qui poser cette question. J’ai juste hâte de connaître la réaction du public, d’entendre ce que les gens disent du film et comment ils le vivent.
D’autres projets en cours ?
Mon prochain film portera sur la première femme à avoir parlé publiquement du viol qu’elle a subi pendant la guerre au Kosovo. Je m’intéresse à son courage, mais aussi à ce que signifie le fait de prendre la parole dans une société où le silence est souvent de mise. Il s’agit de mémoire, de vérité, et de la façon dont une seule voix peut porter quelque chose que beaucoup de gens ont vécu collectivement mais dont ils n’ont jamais parlé à voix haute.
Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : Artan Korenica
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