Cinéma

Cannes 2026 – Lila Pinell réalisatrice de "Shana" : "J’avais envie de parler de transmission, de ce qui bloque, de ce qui passe"

Date de publication : 16/05/2026 - 14:00

Lila Pinell a fait des études de philosophie avant de réaliser. Son premier court, Nous arrivons, abordait le quotidien d'une communauté d'enfants dans une colonie de vacances autogérée. C’est sur ce tournage qu’elle a rencontré Eva Huault, interprète principale dans Le Roi David (Grand Prix de Clermont Ferrand et Prix Jean Vigo) et qui incarne le personnage de Shana. Ce premier long métrage a été sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes.

Pouvez-vous nous raconter en quelques mots votre parcours, les étapes clés à vos yeux ?
J’ai fait un master de réalisation de documentaire à Lussas, et j’ai commencé à réaliser des films en 2009. Le premier, je l’ai tourné dans une colonie de vacances où j’ai rencontré Eva Huault qui était enfant.  En 2012, on a réalisé avec Chloé Mahieu Nos fiançailles, un documentaire sur des jeunes gens dans la communauté catholique d’extrême droite liée à la fraternité saint Pie X. Grâce à ce film, qui est passé sur Arte, on en a fait d’autres : un sur un aristocrate qui fait du business, un autre dans le milieu du patinage artistique de haut niveau. En 2017, on a écrit Kiss and cry, inspirées par ce qu’on avait observé dans le milieu du patinage. Le Roi David était également inspiré d’une matière documentaire autour de l’actrice Eva Huault. Avec Shana, j’ai voulu continuer à imaginer une histoire autour d’elle. 

D’où vous viennent les idées de films ? 
Les idées de films me viennent du réel. Mon réflexe est toujours documentaire. Quand quelque chose ou quelqu’un me rend curieuse, j’ai envie de le filmer, de l’approcher avec une caméra. Je ne sais jamais ce que je vais trouver. L’idée de Shana est née de la rencontre avec Eva Huault. J’aimais son panache, la voir réagir à des situations de façon inattendue. Eva circule avec aisance entre différents milieux, et Shana partage avec elle ce trait de caractère. J’avais envie de parler de transmission, de ce qui bloque, de ce qui passe. Dans le film, elle cache certaines choses sur elle à ses amis, d’autres à sa famille. C’est en la voyant dans ses différents mondes qu’on peut voir se dessiner son histoire. Et même quand les histoires sont douloureuses, le résultat peut être très beau.

Comment présentez-vous Shana en quelques mots ?
Shana c’est l’histoire d’une jeune fille qui vit une relation violente avec son mec en prison, qui n’est pas aidé par sa mère, mais qui trouve du réconfort avec ses copines. Et à un moment, elle doit se débrouiller seule.

L’écriture du film s’est déroulée en plusieurs étapes ? 
Ce qui a été important dans l’écriture du film c’est le Groupe Ouest. Il y a eu trois sessions d’une semaine sur 10 mois, et entre les sessions, on devait écrire des traitements. Là-bas, on était supervisés par Marcel Beaulieu, qui m’a donné des clé de dramaturgie très précieuse. Et puis, on devait chaque fois réagir aux projets des autres. Ça a été très enrichissant. J’ai aussi travaillé avec Catherine Paillé et Elie Wajeman qui ont apporté leurs précieux regards sur le film, chacun à une étape différente.

Vous aviez déjà travaillé avec Emmanuel Chaumet de Ecce Films pour Kiss & Cry. Comment est arrivé CG Cinéma sur votre film ?
Romain Blondeau, qui travaillait à l’époque chez CG, m’a contacté après Le Roi David. Moi je voulais continuer à travailler avec Emmanuel, avec qui j’avais fait deux films. Romain n’a pas cherché à me débaucher, mais nous a proposé une coproduction. CG a produit plusieurs films que j’aime beaucoup, c’est une grosse boite. C’est tellement dur de financer un film, je me suis dit qu’avec deux producteurs on serait plus fort. Et Emmanuel a accepté!

En fin de compte, qu’attendez-vous d’un producteur ?
Qu’il fasse en sorte que le film se fasse, dans un temps pas trop long, dans les meilleures conditions possibles. Tout le monde souhaite ça. C’est dur de garder le désir de faire un film quand on attend trop longtemps. Ça n’a pas été le cas pour Shana. On a lancé la production du film sans attendre d’avoir la région, l’avance sur recette, des chaînes de télé. Emmanuel Chaumet est un des très rares producteurs à permettre ça. Après, il faut être solide pour supporter les hauts et les bas permanents que ça engendre.

Pour le casting vous avez de nouveau fait jouer Eva Huault. Une évidence ? 
Eva Huault est une actrice géniale. Mais c’est avant tout quelqu’un que j’aime. Elle me donne envie de projeter plein de situations sur elle, et je suis toujours curieuse de savoir comment elle va réagir. Elle me surprend.  Je dirais que Shana, c’est le même personnage que pour Le Roi David mais prise à un autre moment dans sa vie. Elle a un appart, un job, elle a "renoué" avec sa famille.

Et le reste du casting, comment l’avez-vous composé ?
J’ai travaillé avec plusieurs acteurs qui viennent d’un cours de théâtre dans le 20e à paris, le LABEC. Il est dirigé par Johann Abiola et Sekouba Doukouré, qui jouent dans le film. Sur le tournage du Roi David, j’ai présenté Sekouba à Eva et après le film, elle a suivi des cours au LABEC. Elle s’y est fait pleins d’amis, qui jouent dans Shana. Plusieurs rôles du film ont été castés par Charlotte Buonomo, avec laquelle j’ai notamment travaillé pendant le développement du scénario.

Pour votre tournage est-ce que vous cherchiez une ambiance, une atmosphère particulière ?
A Paris, au mois de juin/juillet. Je voulais parcourir des lieux et des ambiances très différentes, à l’image de cette ville. Des endroits chics, d’autres populaires, des lieux très urbains, et d’autres avec plus de nature.
Le film commence par une fête de famille, Pessah, la pâques juive. L’histoire se déroule sur un temps assez court, donc je voulais que ça se passe autour du mois d’avril ; en fait on a tourné un peu plus tard, en juin, c’était la canicule, mais ça a donné une atmosphère un peu étouffante qui va bien au film.

Avez-vous fait des choix particuliers pendant le tournage, adopté une méthode de travail spécifique ?
Pendant la phase d’écriture, j’ai fait plusieurs aller-retours entre le scénario écrit et les improvisations des acteurs. Au tournage, on a plutôt suivi le scénario. Pour certaines scènes, quand je n’étais pas satisfaite de ce que j’avais écrit, je convoquais les acteurs pour une improvisation autour du texte juste avant de tourner. Le scripte Tanguy Matignon et Charlotte Buonomo, qui m’a assistée pendant le développement du film, prenaient note des impros. Puis je réécrivais la scène, et on demandait aux comédiens de mémoriser le "chemin" par lequel la scène devait passer. 

Combien de temps a duré le montage ?  
Le montage a duré 17 semaines. 14 semaines avec Emma Augier, puis 3 avec Jean-Christophe Hym. On a fait un gros travail avec Emma, puis j’ai eu besoin de faire une pause avant de revenir avec un regard neuf. C’est ce qu’a permis l’arrivée de Jean Christophe.

Quand le film a-t-il été achevé ? 
Nous avons terminé la postproduction durant la première semaine de mai.

La Quinzaine des cinéastes est-ce un bon endroit pour un film tel que le vôtre ?
Je suis heureuse de partager ce film, de pouvoir m’en détacher aussi. Et très fière que ce soit à la Quinzaine, c’est tellement classe. Qu’une grande partie de l’équipe vienne à Cannes, c’est un vrai cadeau.

Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : Joan Braun


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