
Cannes 2026 – Alexander Murphy réalisateur de "Tin Castle – Irish Travellers" : "C’est l’histoire d’une famille vivant au bord de la route, en équilibre sur un fil, prise entre deux mondes"
Date de publication : 19/05/2026 - 17:20
Cinéaste franco-irlandais Alexander Murphy s’est attaché à explorer les questions d’héritage, de déracinement et de transmission, avec des films qui s’attachent à préserver la mémoire de cultures menacées au sein de groupes marginalisés. Son nouveau film est en lice à la Semaine de la Critique.
En tant que cinéaste, vous vous intéressez aux communautés marginalisées, comme les travellers irlandais… D'où vient cet intérêt ?
Dès mon plus jeune âge, j'ai voulu faire des films. J'avais ce besoin d'être sur un plateau, de tourner et de réaliser des films le plus tôt possible. Je me suis donc formé en autodidacte et j’ai commencé à réaliser, filmer et monter, tout cela en même temps. J’ai appris sur le tas, en commettant des erreurs et en m’entraînant sans relâche. J’ai toujours rêvé de voyager et de faire des films. Pour moi, la meilleure façon de voyager, c’est à travers le cinéma, car on s’immerge complètement dans une culture différente. Une caméra peut ouvrir de nombreuses portes.
Les communautés marginalisées en disent long sur ce que nous sommes en tant qu’êtres humains. Leur mode de vie est fragile et, pour certains, il disparaît peu à peu. Je pense qu’il est important de le préserver d’une manière ou d’une autre à travers le cinéma. Mais, en fin de compte, ce sont toujours les personnes qui comptent. Réaliser un film peut prendre des années, j’ai donc besoin de tomber amoureux des protagonistes que je filme. Le cadre n’est qu’un point de départ, une façon de découvrir l’histoire. La communauté nomade a revêtu une importance particulière pour moi car, depuis mon plus jeune âge, j’avais toujours été intriguée par leur mode de vie. J’ai parcouru l’Irlande à la recherche d’un protagoniste et, à la place, j’en ai trouvé douze, toute une famille. J’ai eu beaucoup de chance.
Comment décrivez-vous votre film en quelques mots ?
Tin Castle offre un regard intime sur ce que signifie réellement vivre en tant que nomade aujourd’hui. Pas d’artifices, pas de clichés folkloriques, juste la réalité telle qu’elle est. C’est l’histoire d’une famille vivant au bord de la route, en équilibre sur un fil, prise entre deux mondes. Notre société, où ils doivent s’adapter pour survivre, et leur propre monde, où ils tentent de préserver une culture qui disparaît peu à peu. C’est aussi un film sur l’enfance.
D'où l’idée de base de votre film vous est-elle venue ?
J’ai réalisé que je ne voulais pas faire un film sur les « gens du voyage » en général ; je voulais faire un film sur les O’Reilly. Ce qui m’a immédiatement frappé, c’est l’amour et la chaleur qui régnaient dans ce petit mobil-home fragile. J’ai passé ces dernières années à capturer cet amour brut, même si leur façon de le montrer peut paraître un peu atypique.
Pour être honnête, j’étais un peu jaloux. Je voulais faire partie de cette famille. Et d’une certaine manière, je pense que c’était le cas. Ma caméra et moi sommes devenus une extension de la famille. En fin de compte, c’est un film familial.
N’est-il pas difficile d’introduire une caméra dans ces communautés ?
C’est une chose de filmer des enfants qui jouent dehors ; c’en est une autre d’être invité à l’intérieur du mobile home pour parler de sujets réels et intimes. Ce n’est pas facile pour un voyageur de s’ouvrir, ils le font rarement. Ça ne fait pas partie de leur ADN. On ne parle généralement pas de ses sentiments dans cette communauté.
Quelle méthode de travail avez-vous mise au point ?
J’ai essayé plusieurs approches. Au début, j’étais seul parce que je voulais qu’ils s’habituent à moi, voire qu’ils en viennent à se lasser de ma présence. C’est facile de filmer des gens du voyage ou des enfants qui jouent au bord d’une route, mais c’est bien plus difficile d’obtenir un véritable accès. Au début, je me contentais donc de leur rendre visite régulièrement. Puis j’ai décidé d’emménager dans la caravane à côté de la leur pendant un certain temps. J’ai aussi essayé de faire venir un ingénieur du son, mais ça n’a pas du tout marché. Finalement, j’ai trouvé un système où je pouvais tout faire moi-même.
À un moment donné, j’avais besoin de quelqu’un pour m’accompagner dans le processus d’écriture, alors j’ai fait appel à Jean-Baptiste Plard, qui avait coécrit avec moi Au-delà de Katmandou, mon film précédent. Il s’est intégré à la famille très naturellement, sans modifier la dynamique que nous avions construite ensemble. Je voulais que le film ressemble moins à un documentaire et davantage à un film de famille brut et sans filtre, comme ceux que l’on tournait autrefois avec des caméscopes. La caméra coexistait avec eux, elle faisait partie de leur univers. Pour capturer cette authenticité, je devais devenir une sorte de prolongement de la famille. Je ne sais pas si j’y suis parvenu, mais la caméra, elle, y est certainement parvenue.
Où et quand avez-vous tourné ?
Le film a été tourné à Tipperary, en Irlande. J’ai commencé à filmer la famille à l’été 2020, mais le « vrai » tournage a débuté en janvier 2024. Le film a été tourné entre janvier 2024 et mars 2026.
Des difficultés particulières pendant le tournage ?
Absolument, ce film est devenu un chapitre de ma vie. Ce n’était pas un tournage de huit semaines où l’on boucle simplement le projet et on passe à autre chose. Tout repose sur des relations développées au fil des années, et donc inévitablement fragiles, avec des hauts et des bas, des désaccords, de la colère, mais aussi des moments de joie.
Il y avait des jours où ils m’accueillaient à bras ouverts, et le lendemain, ils ne m’ouvraient même pas la porte de leur caravane. Je devais constamment m’adapter.
La beauté de ce film, c’est que j’étais totalement libre. Parfois, je pouvais mettre la caméra de côté et décider de ne pas filmer pendant un moment, car je savais qu’on ne gagnait absolument rien à forcer les choses. Les plus beaux moments ne peuvent pas être mis en scène, il faut être patient.
Comment avez-vous rencontré vos producteurs ?
J’ai rencontré Cosme Bongrain il y a des années, lorsque je lui ai présenté l’idée de mon premier film, Au-delà de Katmandou, tourné dans l’Himalaya. Nous avons tout de suite su que nous allions bien nous entendre et que nous partagions la même vision.
Je pense que nous formons une très bonne équipe parce que nous sommes tous les deux un peu naïfs, dans le bon sens du terme : nous nous lançons sans hésiter, convaincus que tout est possible et confiants que, d’une manière ou d’une autre, nous y arriverons toujours.
Quand le film a-t-il été achevé ?
Si le film n’avait pas été sélectionné à Cannes, je serais probablement encore en train de tourner avec les O’Reilly. Ça ne s’arrête jamais vraiment, il se passe toujours quelque chose. Le tournage du film s’est achevé à la mi-mars 2026.
Qu’espérez-vous retirer de cette sélection à la Semaine de la Critique ?
De la visibilité, je suppose, pour donner vie au film de la meilleure façon possible. Avoir le soutien d’Ava Cahen et de toute l’équipe de La Semaine de la Critique est extraordinaire. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure façon de le présenter en avant-première.
D’autres projets qui vous tiennent à cœur…
Oui, beaucoup. Le prochain se déroulera en Afrique du Sud et mettra en scène un photographe vivant et travaillant dans les townships de Johannesburg.
Dès mon plus jeune âge, j'ai voulu faire des films. J'avais ce besoin d'être sur un plateau, de tourner et de réaliser des films le plus tôt possible. Je me suis donc formé en autodidacte et j’ai commencé à réaliser, filmer et monter, tout cela en même temps. J’ai appris sur le tas, en commettant des erreurs et en m’entraînant sans relâche. J’ai toujours rêvé de voyager et de faire des films. Pour moi, la meilleure façon de voyager, c’est à travers le cinéma, car on s’immerge complètement dans une culture différente. Une caméra peut ouvrir de nombreuses portes.
Les communautés marginalisées en disent long sur ce que nous sommes en tant qu’êtres humains. Leur mode de vie est fragile et, pour certains, il disparaît peu à peu. Je pense qu’il est important de le préserver d’une manière ou d’une autre à travers le cinéma. Mais, en fin de compte, ce sont toujours les personnes qui comptent. Réaliser un film peut prendre des années, j’ai donc besoin de tomber amoureux des protagonistes que je filme. Le cadre n’est qu’un point de départ, une façon de découvrir l’histoire. La communauté nomade a revêtu une importance particulière pour moi car, depuis mon plus jeune âge, j’avais toujours été intriguée par leur mode de vie. J’ai parcouru l’Irlande à la recherche d’un protagoniste et, à la place, j’en ai trouvé douze, toute une famille. J’ai eu beaucoup de chance.
Comment décrivez-vous votre film en quelques mots ?
Tin Castle offre un regard intime sur ce que signifie réellement vivre en tant que nomade aujourd’hui. Pas d’artifices, pas de clichés folkloriques, juste la réalité telle qu’elle est. C’est l’histoire d’une famille vivant au bord de la route, en équilibre sur un fil, prise entre deux mondes. Notre société, où ils doivent s’adapter pour survivre, et leur propre monde, où ils tentent de préserver une culture qui disparaît peu à peu. C’est aussi un film sur l’enfance.
D'où l’idée de base de votre film vous est-elle venue ?
J’ai réalisé que je ne voulais pas faire un film sur les « gens du voyage » en général ; je voulais faire un film sur les O’Reilly. Ce qui m’a immédiatement frappé, c’est l’amour et la chaleur qui régnaient dans ce petit mobil-home fragile. J’ai passé ces dernières années à capturer cet amour brut, même si leur façon de le montrer peut paraître un peu atypique.
Pour être honnête, j’étais un peu jaloux. Je voulais faire partie de cette famille. Et d’une certaine manière, je pense que c’était le cas. Ma caméra et moi sommes devenus une extension de la famille. En fin de compte, c’est un film familial.
N’est-il pas difficile d’introduire une caméra dans ces communautés ?
C’est une chose de filmer des enfants qui jouent dehors ; c’en est une autre d’être invité à l’intérieur du mobile home pour parler de sujets réels et intimes. Ce n’est pas facile pour un voyageur de s’ouvrir, ils le font rarement. Ça ne fait pas partie de leur ADN. On ne parle généralement pas de ses sentiments dans cette communauté.
Quelle méthode de travail avez-vous mise au point ?
J’ai essayé plusieurs approches. Au début, j’étais seul parce que je voulais qu’ils s’habituent à moi, voire qu’ils en viennent à se lasser de ma présence. C’est facile de filmer des gens du voyage ou des enfants qui jouent au bord d’une route, mais c’est bien plus difficile d’obtenir un véritable accès. Au début, je me contentais donc de leur rendre visite régulièrement. Puis j’ai décidé d’emménager dans la caravane à côté de la leur pendant un certain temps. J’ai aussi essayé de faire venir un ingénieur du son, mais ça n’a pas du tout marché. Finalement, j’ai trouvé un système où je pouvais tout faire moi-même.
À un moment donné, j’avais besoin de quelqu’un pour m’accompagner dans le processus d’écriture, alors j’ai fait appel à Jean-Baptiste Plard, qui avait coécrit avec moi Au-delà de Katmandou, mon film précédent. Il s’est intégré à la famille très naturellement, sans modifier la dynamique que nous avions construite ensemble. Je voulais que le film ressemble moins à un documentaire et davantage à un film de famille brut et sans filtre, comme ceux que l’on tournait autrefois avec des caméscopes. La caméra coexistait avec eux, elle faisait partie de leur univers. Pour capturer cette authenticité, je devais devenir une sorte de prolongement de la famille. Je ne sais pas si j’y suis parvenu, mais la caméra, elle, y est certainement parvenue.
Où et quand avez-vous tourné ?
Le film a été tourné à Tipperary, en Irlande. J’ai commencé à filmer la famille à l’été 2020, mais le « vrai » tournage a débuté en janvier 2024. Le film a été tourné entre janvier 2024 et mars 2026.
Des difficultés particulières pendant le tournage ?
Absolument, ce film est devenu un chapitre de ma vie. Ce n’était pas un tournage de huit semaines où l’on boucle simplement le projet et on passe à autre chose. Tout repose sur des relations développées au fil des années, et donc inévitablement fragiles, avec des hauts et des bas, des désaccords, de la colère, mais aussi des moments de joie.
Il y avait des jours où ils m’accueillaient à bras ouverts, et le lendemain, ils ne m’ouvraient même pas la porte de leur caravane. Je devais constamment m’adapter.
La beauté de ce film, c’est que j’étais totalement libre. Parfois, je pouvais mettre la caméra de côté et décider de ne pas filmer pendant un moment, car je savais qu’on ne gagnait absolument rien à forcer les choses. Les plus beaux moments ne peuvent pas être mis en scène, il faut être patient.
Comment avez-vous rencontré vos producteurs ?
J’ai rencontré Cosme Bongrain il y a des années, lorsque je lui ai présenté l’idée de mon premier film, Au-delà de Katmandou, tourné dans l’Himalaya. Nous avons tout de suite su que nous allions bien nous entendre et que nous partagions la même vision.
Je pense que nous formons une très bonne équipe parce que nous sommes tous les deux un peu naïfs, dans le bon sens du terme : nous nous lançons sans hésiter, convaincus que tout est possible et confiants que, d’une manière ou d’une autre, nous y arriverons toujours.
Quand le film a-t-il été achevé ?
Si le film n’avait pas été sélectionné à Cannes, je serais probablement encore en train de tourner avec les O’Reilly. Ça ne s’arrête jamais vraiment, il se passe toujours quelque chose. Le tournage du film s’est achevé à la mi-mars 2026.
Qu’espérez-vous retirer de cette sélection à la Semaine de la Critique ?
De la visibilité, je suppose, pour donner vie au film de la meilleure façon possible. Avoir le soutien d’Ava Cahen et de toute l’équipe de La Semaine de la Critique est extraordinaire. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure façon de le présenter en avant-première.
D’autres projets qui vous tiennent à cœur…
Oui, beaucoup. Le prochain se déroulera en Afrique du Sud et mettra en scène un photographe vivant et travaillant dans les townships de Johannesburg.
Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : DR
L’accès à cet article est réservé aux abonnés.
Vous avez déjà un compte
Accès 24 heures
Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici

