
Annecy 2026 - Le Mifa s’empare des questions liées à l’IA générative
Date de publication : 22/06/2026 - 09:00
Loin de dérouler le tapis rouge à une technologie "écocidaire et libertarienne", comme l’en accuse une tribune publiée le 12 juin dernier, le festival d’Annecy et le Mifa ont décidé de lancer un dialogue ouvert à toutes et tous en organisant un think thank sur l’IA qui se tient ce lundi 22 juin et devrait déboucher sur la rédaction d’un livre blanc.
Lors de l’édition 2025 du festival, une déclaration rédigée et soutenue par un regroupement international de syndicats et associations du film d’animation, du jeu vidéo, de scénaristes et du VFX, avait appelé à une action concernant l’utilisation des IA génératives et ses impacts destructeurs, non seulement sur l’ensemble de l’industrie de film d’animation.
Le texte avait été lu par des représentants de ce regroupement le 12 juin sur le Pâquier. Face au développement des usages de l’IA générative ces derniers appelaient "les régulateurs, législateurs et gouvernements à lutter pour la culture et les arts, ainsi que pour la valeur qu’ils apportent, et à produire une législation à même de protéger les travailleurs et leurs droits". Ils appelaient également les producteurs, chefs de studios, diffuseurs et distributeurs "à comprendre et protéger nos cultures créatives et à prioriser à la fois les travailleurs et leurs travaux".
Le texte en appelait aussi toutes et tous les travailleurs créatifs, à l’échelle mondiale, à s’unir et à se joindre à la lutte. "Nous demandons à ce que vous souteniez les œuvres créées par l’humain. Nous demandons à ce que vous éleviez la voix contre l’utilisation des IA génératives dérégulées. Nous demandons à ce que vous vous informiez et vous syndiquiez avec vos collègues pour soutenir nos productions et créations artistiques, nos emplois et moyens de subsistance".
Un an après ce mouvement, à l’initiative de l’association Les Intervalles, une tribune a été publiée le 12 juin 2026. Elle appelle le festival d’Annecy via son organisateur Citia "à clairement se positionner sur l’IA générative, dans nos métiers et au-delà, pour protéger concrètement la création humaine et la planète qui la supporte".
Le texte fait référence à l’action du 12 juin 2025, "soit une coalition de 27 syndicats venus de huit pays différents, se retrouver autour du refus de la banalisation des IA génératives dans la production des films d’animation et du jeu vidéo, que ce soit à l’échelle française, européenne ou internationale".
"Que décide d’organiser le festival l’année suivante ?" poursuit le texte. "Son premier think tank dédié à l’IA doublé de six conférences dédiées à cette technologie, durant lesquelles représentants de studios et vendeurs d’intelligence artificielle générative vont pouvoir échanger sur son implémentation dans nos métiers et productions. Tout en rappelant que celle-ci doit être "éthique" sans savoir ce que recouvre ce terme".
"Comment comprendre la démarche du festival d’Annecy qui semble accueillir à bras ouverts cette technologie écocidaire et libertarienne en se parant du voile de la neutralité ? Comment le festival censé célébrer la beauté et la diversité du film d’animation peut organiser un think tank dédié à l’IA générative et un ensemble de conférences et présentations lui déroulant le tapis rouge, sans inviter les premiers concernés : les artistes-techniciens et leurs syndicats ? Est-ce ça, la vitrine de l’animation mondiale et française ?".
A la date du 21 juin 2026, 1122 personnes et sept organisations syndicales avaient signé la tribune : CSVI (Coordinadora Sindical del Videojuego - Videogame Union Coordinator -Espagne), SNTPCT (Syndicat National des Technicien·nes et Travailleureuses de la Production Cinématographique et Télévisuelle), SdS (Syndicat des Scénaristes), SPIAC-CGT, AWI (Animation Workers Ireland, Unità (Italie) et la F3C-CFDT (Fédération Communication, Conseil, Culture de la Confédération française démocratique du travail).
"UNE FILIÈRE NE SE PROTÈGE PAS EN REFUSANT DE REGARDER UNE TRANSFORMATION EN COURS" (Creative Machines)
A cette rude interpellation, le festival et le Mifa ont publié un droit de réponse de même que le collectif Creative Machines. Ce dernier, qui examine avec attention l’émergence des Intelligences Artificielles Génératives (IAG) dans les métiers créatifs a en effet été sollicité par le Mifa pour contribuer à la constitution et à la modération du Think Tank IA, qui se déroule le lundi 22 janvier en amont du Mifa. "Les préoccupations exprimées dans ce texte sont légitimes" estime le collectif. "Elles reflètent des interrogations profondes qui traversent aujourd’hui l’ensemble de la filière : respect des droits des créateurs, impact sur l’emploi, conséquences environnementales, concentration des pouvoirs technologiques, évolution des modèles économiques et préservation de la création humaine. Ces questions méritent d’être prises au sérieux".
C’est précisément dans ce contexte et en raison de son expérience que les organisateurs du Mifa ont invité Creative Machines "à contribuer à la constitution et à la modération d’un Think Tank réunissant des professionnels du monde entier et avec des sensibilités diverses. Cette sollicitation est liée aux travaux d’étude, d’expérimentation et de veille que nous menons depuis plusieurs années sur ces sujets". Et le collectif de préciser ensuite. "Nous partageons une conviction simple : la création humaine doit rester au cœur de nos métiers Pour la défendre durablement, il est nécessaire de comprendre les mutations qui l’affectent, d’en mesurer les risques comme les éventuelles opportunités et de construire collectivement les réponses adaptées. C’est dans cet esprit d’écoute, de dialogue et de réflexion critique que s’inscrit notre participation à cette initiative, et que plusieurs ambassadeurs et ambassadrices seront présents pour restituer cet évènement et notre travaux pendant le festival".
Le fait est que l’accusation de dérouler le tapis rouge à l’IA, sans avoir invité les principaux concernés, passe mal. En effet tout a débuté en totale transparence début janvier lorsque le Mifa a commencé à communiquer sur son intention d’aborder, lors de cette édition 2026, l’IA, mais aussi l’investissement privé et le cross IP. En mars a été mis en ligne un formulaire proposant à celles et ceux qui étaient intéressés de participer à une journée d'atelier collaboratif, un think tank consacré à l’IA. Certes ce formulaire était réservé aux accrédités Mifa, mais les contacts mails des organisateurs figuraient clairement pour quiconque souhaitait des précisions.
Ce think tank s’inscrit par ailleurs dans le contexte européen mis en avant cette année à Annecy. A l’arrivée une soixantaine de participants, majoritairement internationaux, viendront nourrir cette journée de réflexion. Parmi eux beaucoup de responsables pédagogiques d’école, des représentants d’institutions, des dirigeants de studios, des producteurs, des techniciens et des artistes. Précision importante, tous les profils susceptibles de s’inscrire dans une démarche commerciale ont été écartés d’emblée.
Quatre tables thématiques se déroulent le matin et durant l’après-midi cinq ateliers vont tenter de poser les bases d’un livre blanc dont la forme reste à définir. En effet cette journée du lundi ne constitue qu’une première étape, l’idéal étant que d’autres manifestations prennent à présent le relais pour organiser d’autres temps de réflexion, afin de faire avancer ce vaste chantier aux dimensions à la fois juridiques, sociales, environnementales, économiques et culturelles. Par ailleurs deux autres conférences (et non pas six) aborderont l’IA durant le Mifa, l’une se déroulant dans le cadre du Campus.
Car, comme le précise le texte de Creative Machines, "Nous sommes convaincus qu’une filière ne se protège pas en refusant de regarder une transformation en cours, mais en développant les connaissances nécessaires pour l’analyser, l’encadrer et, lorsque nécessaire, en limiter les usages".
Le texte avait été lu par des représentants de ce regroupement le 12 juin sur le Pâquier. Face au développement des usages de l’IA générative ces derniers appelaient "les régulateurs, législateurs et gouvernements à lutter pour la culture et les arts, ainsi que pour la valeur qu’ils apportent, et à produire une législation à même de protéger les travailleurs et leurs droits". Ils appelaient également les producteurs, chefs de studios, diffuseurs et distributeurs "à comprendre et protéger nos cultures créatives et à prioriser à la fois les travailleurs et leurs travaux".
Le texte en appelait aussi toutes et tous les travailleurs créatifs, à l’échelle mondiale, à s’unir et à se joindre à la lutte. "Nous demandons à ce que vous souteniez les œuvres créées par l’humain. Nous demandons à ce que vous éleviez la voix contre l’utilisation des IA génératives dérégulées. Nous demandons à ce que vous vous informiez et vous syndiquiez avec vos collègues pour soutenir nos productions et créations artistiques, nos emplois et moyens de subsistance".
Un an après ce mouvement, à l’initiative de l’association Les Intervalles, une tribune a été publiée le 12 juin 2026. Elle appelle le festival d’Annecy via son organisateur Citia "à clairement se positionner sur l’IA générative, dans nos métiers et au-delà, pour protéger concrètement la création humaine et la planète qui la supporte".
Le texte fait référence à l’action du 12 juin 2025, "soit une coalition de 27 syndicats venus de huit pays différents, se retrouver autour du refus de la banalisation des IA génératives dans la production des films d’animation et du jeu vidéo, que ce soit à l’échelle française, européenne ou internationale".
"Que décide d’organiser le festival l’année suivante ?" poursuit le texte. "Son premier think tank dédié à l’IA doublé de six conférences dédiées à cette technologie, durant lesquelles représentants de studios et vendeurs d’intelligence artificielle générative vont pouvoir échanger sur son implémentation dans nos métiers et productions. Tout en rappelant que celle-ci doit être "éthique" sans savoir ce que recouvre ce terme".
"Comment comprendre la démarche du festival d’Annecy qui semble accueillir à bras ouverts cette technologie écocidaire et libertarienne en se parant du voile de la neutralité ? Comment le festival censé célébrer la beauté et la diversité du film d’animation peut organiser un think tank dédié à l’IA générative et un ensemble de conférences et présentations lui déroulant le tapis rouge, sans inviter les premiers concernés : les artistes-techniciens et leurs syndicats ? Est-ce ça, la vitrine de l’animation mondiale et française ?".
A la date du 21 juin 2026, 1122 personnes et sept organisations syndicales avaient signé la tribune : CSVI (Coordinadora Sindical del Videojuego - Videogame Union Coordinator -Espagne), SNTPCT (Syndicat National des Technicien·nes et Travailleureuses de la Production Cinématographique et Télévisuelle), SdS (Syndicat des Scénaristes), SPIAC-CGT, AWI (Animation Workers Ireland, Unità (Italie) et la F3C-CFDT (Fédération Communication, Conseil, Culture de la Confédération française démocratique du travail).
"UNE FILIÈRE NE SE PROTÈGE PAS EN REFUSANT DE REGARDER UNE TRANSFORMATION EN COURS" (Creative Machines)
A cette rude interpellation, le festival et le Mifa ont publié un droit de réponse de même que le collectif Creative Machines. Ce dernier, qui examine avec attention l’émergence des Intelligences Artificielles Génératives (IAG) dans les métiers créatifs a en effet été sollicité par le Mifa pour contribuer à la constitution et à la modération du Think Tank IA, qui se déroule le lundi 22 janvier en amont du Mifa. "Les préoccupations exprimées dans ce texte sont légitimes" estime le collectif. "Elles reflètent des interrogations profondes qui traversent aujourd’hui l’ensemble de la filière : respect des droits des créateurs, impact sur l’emploi, conséquences environnementales, concentration des pouvoirs technologiques, évolution des modèles économiques et préservation de la création humaine. Ces questions méritent d’être prises au sérieux".
C’est précisément dans ce contexte et en raison de son expérience que les organisateurs du Mifa ont invité Creative Machines "à contribuer à la constitution et à la modération d’un Think Tank réunissant des professionnels du monde entier et avec des sensibilités diverses. Cette sollicitation est liée aux travaux d’étude, d’expérimentation et de veille que nous menons depuis plusieurs années sur ces sujets". Et le collectif de préciser ensuite. "Nous partageons une conviction simple : la création humaine doit rester au cœur de nos métiers Pour la défendre durablement, il est nécessaire de comprendre les mutations qui l’affectent, d’en mesurer les risques comme les éventuelles opportunités et de construire collectivement les réponses adaptées. C’est dans cet esprit d’écoute, de dialogue et de réflexion critique que s’inscrit notre participation à cette initiative, et que plusieurs ambassadeurs et ambassadrices seront présents pour restituer cet évènement et notre travaux pendant le festival".
Le fait est que l’accusation de dérouler le tapis rouge à l’IA, sans avoir invité les principaux concernés, passe mal. En effet tout a débuté en totale transparence début janvier lorsque le Mifa a commencé à communiquer sur son intention d’aborder, lors de cette édition 2026, l’IA, mais aussi l’investissement privé et le cross IP. En mars a été mis en ligne un formulaire proposant à celles et ceux qui étaient intéressés de participer à une journée d'atelier collaboratif, un think tank consacré à l’IA. Certes ce formulaire était réservé aux accrédités Mifa, mais les contacts mails des organisateurs figuraient clairement pour quiconque souhaitait des précisions.
Ce think tank s’inscrit par ailleurs dans le contexte européen mis en avant cette année à Annecy. A l’arrivée une soixantaine de participants, majoritairement internationaux, viendront nourrir cette journée de réflexion. Parmi eux beaucoup de responsables pédagogiques d’école, des représentants d’institutions, des dirigeants de studios, des producteurs, des techniciens et des artistes. Précision importante, tous les profils susceptibles de s’inscrire dans une démarche commerciale ont été écartés d’emblée.
Quatre tables thématiques se déroulent le matin et durant l’après-midi cinq ateliers vont tenter de poser les bases d’un livre blanc dont la forme reste à définir. En effet cette journée du lundi ne constitue qu’une première étape, l’idéal étant que d’autres manifestations prennent à présent le relais pour organiser d’autres temps de réflexion, afin de faire avancer ce vaste chantier aux dimensions à la fois juridiques, sociales, environnementales, économiques et culturelles. Par ailleurs deux autres conférences (et non pas six) aborderont l’IA durant le Mifa, l’une se déroulant dans le cadre du Campus.
Car, comme le précise le texte de Creative Machines, "Nous sommes convaincus qu’une filière ne se protège pas en refusant de regarder une transformation en cours, mais en développant les connaissances nécessaires pour l’analyser, l’encadrer et, lorsque nécessaire, en limiter les usages".
Patrice Carré
© crédit photo : ©ANNECY FESTIVAL/E.Nguyen Ngoc
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