
Annecy 2026 - Phuong Mai Nguyen réalisatrice de “In Waves” : "Le temps long de l’ animation a permis au projet de mûrir dans ma tête"
Date de publication : 23/06/2026 - 08:27
La réalisatrice, qui présente son film comme "une histoire d'amour mais aussi de deuil, avec en parallèle du surf et du skate en Californie" revient sur sa genèse et les différentes étapes de sa fabrication. In Waves participe à la compétition officielle du festival d’Annecy.
Les courts métrages que vous avez réalisés précédemment vous ont-ils servis de terrain d'expérimentation pour In Waves ?
Oui je pense que cela a contribué à forger un style. Pour le court métrage Chez moi j’avais déjà adopté un graphisme assez similaire avec beaucoup de couleurs. Cela un peu évolué entre-temps, mais je pense que cela m'a permis d'expérimenter un certain style 2D. Culottées était une série et une adaptation, ce n’était pas du tout le même type de narration, dans un format restreint, mais il fallait beaucoup penser aux transitions, ce qui m’a permis d’expérimenter ce type de mise en scène. Et dans In Waves, il y a un certain nombre de transitions visuelles. Parce que si on veut que le récit fonctionne en animation il ne faut pas avoir trop recours à la voix off. Et comme la BD de In Waves est très axée là-dessus, quand je suis arrivée sur le projet et que j’ai commencé à parler avec Fanny et Samuel qui sont les scénaristes du film, nous nous sommes dits qu'il ne fallait pas trop s'appuyer sur ce monologue intérieur, mais à s'en éloigner.
Comment avez-vous découvert la bande dessinée de AJ Dungo ?
Lors de sa sortie à Angoulême. Comme j'adore découvrir des BD, je l’ai achetée avec mon conjoint et je l'ai lue par pure curiosité, sans connaître le contexte du livre ni avoir en tête la moindre idée de projet ou d'adaptation en tête. Et en lisant j’ai découvert que c’était une histoire de deuil basée sur des faits réels. Mais ensuite c’est la productrice Priscilla Bertin de Silex qui m’a proposé d’en faire l’adaptation.
Comment se sont déroulés vos échanges avec AJ Dungo ?
Nous avons commencé par des présentations assez classiques et au fur et à mesure nous avons développé une relation d’amitié. En dehors du film, nous nous envoyons à présent des messages personnels. En fait lorsque je suis allée le voir à Los Angeles, j’ai été assez honnête sur certaines de mes craintes vis-à-vis de l'adaptation. Et comme il nous donnait beaucoup de liberté je voulais vraiment m'assurer que rien ne le tracassait dans ce projet. En fin de compte nous avons été tout de suite très honnêtes l'un envers l'autre.
D'autant qu’il raconte une histoire très personnelle…
Tout à fait. Et quand je suis allée le voir, il m'a présentée à tout son cercle d'amis artistes en Californie et j’ai été introduite aussi dans la famille de Kristen, la protagoniste du film. J’avais parfois l’impression d’être avec eux plus en tant qu’amie de passage que réalisatrice. Et en fin de compte ils ont partagé avec moi beaucoup de vidéos et de photos de Kristen, ont été très ouverts en me montré beaucoup d’éléments personnels. Ils n’avaient pas le moindre tabou par rapport à ça.
Le scénario a été écrit par Fanny Burdino et Samuel Doux. Comment avez-vous participé à l'écriture ?
Je suis arrivée une fois le premier traitement finalisée. Donc il y avait déjà une structure de posée. Je n’ai pas participé concrètement à l'écriture, mais nous faisions des réunions durant lesquelles j’expliquais mon ressenti en donnant quelques idées. Et tout cela a été un peu intégré au fur et à mesure dans le scénario. Comme je venais plus de l'animation et que Fanny et Samuel viennent de la prises de vues réelles, ils se permettaient moins de liberté visuelle dans l’écriture. Et parfois je les guidais vers des actions plus faciles en animation. Donc c’est passé par des échanges constants.
Par rapport à la direction artistique, vous aviez dit, notamment pendant le WIP à Annecy, que vous aviez choisi d'insuffler beaucoup de couleurs dans le film...
Oui, c'est cela. Chez moi le dessin est en fait assez intuitif. Donc quand j'ai commencé à travailler sur le film, je me suis d’abord consacrée à tout ce qui avait trait à l’adaptation graphique. Car le graphisme de la BD est assez particulier. Au début j’ai tenté de recopier le dessin de AJ en y mettant de la couleur. Mais alors que j’adore le style du roman, je ne me sentais pas à l’aise dedans. Il y a quelque chose de très personnel dans le trait d'AJ, dans cette manière de dessiner. Et je me demandais comment retranscrire en animation ce trait si particulier. En lui étant trop fidèle, j’ai paradoxalement eu peur de le trahir. J’ai donc décidé de prendre du recul et de faire ce dont j’avais l’habitude. Donc je suis partie sur les couleurs d’autant que la lumière californienne est très intéressante, plutôt éclatante. Donc je me suis dit qu’il était un peu dommage de se restreindre dans la bichromie de l’album. Et je pense que ce choix permet de ressentir par exemple la chaleur du soleil, d’être dans la sensorialité des éléments.
Par rapport à la fabrication, vous avez mélangé 2D et 3D ?
Oui, c'est ça. En fait vraiment dès le départ quand Priscilla m’a parlé du projet, je me suis tout de suite dit que qu'il fallait essayer de le faire en 3D avec un rendu 2D. L’équipe de J’ai perdu mon corps y avait eu recours. J’ai posé quelques questions techniques à Jérémy Clapin et j’ai constitué ensuite une équipe pour travailler dans cette direction. Le choix de la 3D n’a rien à voir avec le réalisme mais cela permettait de s’approprier plus facilement l’espace, d’autant qu’on évolue dans un univers de surf. En 2D cela aurait été vite fastidieux à faire et nous aurait rapidement imposé des contraintes et des limites pour la mise en scène. Donc nous avons eu recours à la 3D mais avec l’idée sous-jacente de garder un aspect très dessiné. Les personnages ont été réalisés en 3D., mais les les décors on été peints puis projetés sur des modules 3D. Et une fois les personnages animés, un script nous a permis de revenir travailler sur le dessin comme nous le souhaitions.
Les films d'animation mettent toujours longtemps à se monter. Mais entre ce temps long et cet éclatement entre plusieurs sites, n’existe-t-il pas le risque de perdre en route l'idée de départ ?
Je crois que le film a mis six ans à se faire. En fait je suis assez lente comme personne. Et je trouve au contraire que cela a permis au projet de mûrir dans ma tête. C’est à force de parler et de réfléchir sur le film que j’ai commencé à avoir une vision claire de l’adaptation. Ce long process de réflexion m’a permis de forger les choses. Et c’est ce qui est intéressant dans l’animation, on peut prendre le temps de la réflexion. Et par ailleurs nous avons eu un temps pour l’écriture puis pour le storyboard et l’animatique. Cela a permis d’arriver à ce que tout le monde soit sûr de ce que nous allions faire en termes d’images et de mise en scène.
Oui je pense que cela a contribué à forger un style. Pour le court métrage Chez moi j’avais déjà adopté un graphisme assez similaire avec beaucoup de couleurs. Cela un peu évolué entre-temps, mais je pense que cela m'a permis d'expérimenter un certain style 2D. Culottées était une série et une adaptation, ce n’était pas du tout le même type de narration, dans un format restreint, mais il fallait beaucoup penser aux transitions, ce qui m’a permis d’expérimenter ce type de mise en scène. Et dans In Waves, il y a un certain nombre de transitions visuelles. Parce que si on veut que le récit fonctionne en animation il ne faut pas avoir trop recours à la voix off. Et comme la BD de In Waves est très axée là-dessus, quand je suis arrivée sur le projet et que j’ai commencé à parler avec Fanny et Samuel qui sont les scénaristes du film, nous nous sommes dits qu'il ne fallait pas trop s'appuyer sur ce monologue intérieur, mais à s'en éloigner.
Comment avez-vous découvert la bande dessinée de AJ Dungo ?
Lors de sa sortie à Angoulême. Comme j'adore découvrir des BD, je l’ai achetée avec mon conjoint et je l'ai lue par pure curiosité, sans connaître le contexte du livre ni avoir en tête la moindre idée de projet ou d'adaptation en tête. Et en lisant j’ai découvert que c’était une histoire de deuil basée sur des faits réels. Mais ensuite c’est la productrice Priscilla Bertin de Silex qui m’a proposé d’en faire l’adaptation.
Comment se sont déroulés vos échanges avec AJ Dungo ?
Nous avons commencé par des présentations assez classiques et au fur et à mesure nous avons développé une relation d’amitié. En dehors du film, nous nous envoyons à présent des messages personnels. En fait lorsque je suis allée le voir à Los Angeles, j’ai été assez honnête sur certaines de mes craintes vis-à-vis de l'adaptation. Et comme il nous donnait beaucoup de liberté je voulais vraiment m'assurer que rien ne le tracassait dans ce projet. En fin de compte nous avons été tout de suite très honnêtes l'un envers l'autre.
D'autant qu’il raconte une histoire très personnelle…
Tout à fait. Et quand je suis allée le voir, il m'a présentée à tout son cercle d'amis artistes en Californie et j’ai été introduite aussi dans la famille de Kristen, la protagoniste du film. J’avais parfois l’impression d’être avec eux plus en tant qu’amie de passage que réalisatrice. Et en fin de compte ils ont partagé avec moi beaucoup de vidéos et de photos de Kristen, ont été très ouverts en me montré beaucoup d’éléments personnels. Ils n’avaient pas le moindre tabou par rapport à ça.
Le scénario a été écrit par Fanny Burdino et Samuel Doux. Comment avez-vous participé à l'écriture ?
Je suis arrivée une fois le premier traitement finalisée. Donc il y avait déjà une structure de posée. Je n’ai pas participé concrètement à l'écriture, mais nous faisions des réunions durant lesquelles j’expliquais mon ressenti en donnant quelques idées. Et tout cela a été un peu intégré au fur et à mesure dans le scénario. Comme je venais plus de l'animation et que Fanny et Samuel viennent de la prises de vues réelles, ils se permettaient moins de liberté visuelle dans l’écriture. Et parfois je les guidais vers des actions plus faciles en animation. Donc c’est passé par des échanges constants.
Par rapport à la direction artistique, vous aviez dit, notamment pendant le WIP à Annecy, que vous aviez choisi d'insuffler beaucoup de couleurs dans le film...
Oui, c'est cela. Chez moi le dessin est en fait assez intuitif. Donc quand j'ai commencé à travailler sur le film, je me suis d’abord consacrée à tout ce qui avait trait à l’adaptation graphique. Car le graphisme de la BD est assez particulier. Au début j’ai tenté de recopier le dessin de AJ en y mettant de la couleur. Mais alors que j’adore le style du roman, je ne me sentais pas à l’aise dedans. Il y a quelque chose de très personnel dans le trait d'AJ, dans cette manière de dessiner. Et je me demandais comment retranscrire en animation ce trait si particulier. En lui étant trop fidèle, j’ai paradoxalement eu peur de le trahir. J’ai donc décidé de prendre du recul et de faire ce dont j’avais l’habitude. Donc je suis partie sur les couleurs d’autant que la lumière californienne est très intéressante, plutôt éclatante. Donc je me suis dit qu’il était un peu dommage de se restreindre dans la bichromie de l’album. Et je pense que ce choix permet de ressentir par exemple la chaleur du soleil, d’être dans la sensorialité des éléments.
Par rapport à la fabrication, vous avez mélangé 2D et 3D ?
Oui, c'est ça. En fait vraiment dès le départ quand Priscilla m’a parlé du projet, je me suis tout de suite dit que qu'il fallait essayer de le faire en 3D avec un rendu 2D. L’équipe de J’ai perdu mon corps y avait eu recours. J’ai posé quelques questions techniques à Jérémy Clapin et j’ai constitué ensuite une équipe pour travailler dans cette direction. Le choix de la 3D n’a rien à voir avec le réalisme mais cela permettait de s’approprier plus facilement l’espace, d’autant qu’on évolue dans un univers de surf. En 2D cela aurait été vite fastidieux à faire et nous aurait rapidement imposé des contraintes et des limites pour la mise en scène. Donc nous avons eu recours à la 3D mais avec l’idée sous-jacente de garder un aspect très dessiné. Les personnages ont été réalisés en 3D., mais les les décors on été peints puis projetés sur des modules 3D. Et une fois les personnages animés, un script nous a permis de revenir travailler sur le dessin comme nous le souhaitions.
Les films d'animation mettent toujours longtemps à se monter. Mais entre ce temps long et cet éclatement entre plusieurs sites, n’existe-t-il pas le risque de perdre en route l'idée de départ ?
Je crois que le film a mis six ans à se faire. En fait je suis assez lente comme personne. Et je trouve au contraire que cela a permis au projet de mûrir dans ma tête. C’est à force de parler et de réfléchir sur le film que j’ai commencé à avoir une vision claire de l’adaptation. Ce long process de réflexion m’a permis de forger les choses. Et c’est ce qui est intéressant dans l’animation, on peut prendre le temps de la réflexion. Et par ailleurs nous avons eu un temps pour l’écriture puis pour le storyboard et l’animatique. Cela a permis d’arriver à ce que tout le monde soit sûr de ce que nous allions faire en termes d’images et de mise en scène.
Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : DR
L’accès à cet article est réservé aux abonnés.
Vous avez déjà un compte
Accès 24 heures
Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici

