Cinéma

[Exclusif] Annecy 2026 - Le Trophée de l’animation du Film Français remis à Gobelins Paris

Date de publication : 23/06/2026 - 17:30

A l'occasion des 50 ans du département animation de Gobelins Paris, le Film Français, en partenariat avec AnimFrance, a souhaité distinguer un établissement d'excellence, consacrée pour la sixième fois consécutive meilleure école d'animation au monde. Valérie Moatti, directrice générale de l'école, et Cécile Blondel, responsable du Mastère Visual Storytelling et Directrice du développement international, reviennent sur les ressorts de cette réussite et les défis d’une école de référence dans un secteur en mutation.

Gobelins Paris a été désignée pour la sixième année consécutive meilleure école d’animation au monde par Animation Career Review. Comment expliquer cette longévité au sommet dans un secteur en constante évolution ?

Valérie Moatti : C’est une question que je me pose depuis mon arrivée, il y a un peu plus d’un an. Cette capacité à conserver un avantage compétitif durable est assez remarquable. J’ai interrogé de nombreux experts pour comprendre cette singularité.

Ce qu’on constate, c’est une forme d’alchimie, faite de plusieurs briques complémentaires. D’abord, un élément essentiel : nous sommes pionniers en France. Notre département animation fête ses 50 ans d’existence. Il a été créé par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris pour répondre à un besoin du marché : celui des studios Idéfix, qui cherchaient alors à recruter des animateurs.

Nous cultivons ce lien étroit avec les professionnels depuis l’origine. Notre modèle pédagogique en découle : il est très ancré dans le terrain, avec des films de fin d’études conçus comme des mises en situation réelles. Nous fonctionnons comme un studio, à un niveau quasi professionnel, et les prix remportés par nos étudiants en témoignent.

La passion des étudiants comme celle des équipes pédagogiques est un atout majeur. Elle nourrit un esprit de communauté, presque familial, qui se prolonge dans le monde professionnel. Ugo Bienvenu, par exemple, a fait travailler 57 anciens étudiants de l’école sur Arco. D’autres cinéastes, comme Louis Clichy, Alexandre Heboyan ou Fabrice Joubert, s’inscrivent dans cette dynamique.

Il existe une culture forte de transmission et d’entraide : on se tend la main. Gobelins Paris permet aussi à chaque étudiant de trouver sa liberté créative et son propre style. Comme le dit Cécile, chacun doit trouver sa voie et sa voix.

Tous ces éléments forment un cercle vertueux qui nourrit notre exigence d’excellence. C’est un travail quotidien pour maintenir ce niveau.

Cécile Blondel : Le lancement du mastère international a également permis à l’école de gagner en diversité. Un atout précieux qui enrichit les sources d’inspiration des étudiants, donnant lieu à des films plus variés que jamais et à des échanges de points de vue et de styles très riches. Cet esprit de communauté est désormais à la fois national et international. L’entraide y est très forte, et de nombreux anciens étudiants reviennent enseigner avec enthousiasme.

En 50 ans, comment Gobelins Paris a-t-elle accompagné, voire structuré, l’essor du cinéma d’animation français ?

Cécile Blondel : Nous sommes très fiers d’avoir contribué à ce mouvement. Nous revendiquons cette proximité avec l’industrie. Il y a une construction mutuelle, fondée sur l’écoute. Les professionnels viennent partager la réalité du terrain aux étudiants et font preuve d’une grande générosité dans la transmission. Ils évoquent les évolutions du secteur, leur pratique, leurs questionnements, leurs certitudes, les tendances et leur vision des choses. Il y a ainsi un véritable échange entre étudiants, enseignants et équipes pédagogiques, où circulent expériences et regards. Entre l’école et l’industrie, il n’y a ni barrière ni clivage.

Valérie Moatti : Nos anciens ont aussi contribué à structurer l’animation française à partir de ce qu’ils ont appris ici. Gobelins a largement pris part à la structuration du marché. C’est un apprentissage réciproque construit au fil du temps.

Il faut aussi rappeler que Gobelins ne se résume pas à l’animation. Notre programme de gestion de production forme des dirigeants du secteur, à l’image d’Hervé Dupont (Fortiche). D’autres talents viennent du design graphique. Cette complémentarité nourrit l’ensemble de l’écosystème.

Nous avons célébré les 15 ans du programme IDE, mastère dédié aux expériences immersives, interactives et ludiques, co-porté avec le CNAM. Ces cursus permettent aux étudiants d’exprimer leur créativité à travers différents médiums. Cette convergence entre disciplines est appelée à s’accélérer.

Comment faire évoluer une école de référence sans perdre son ADN dans un secteur en mutation permanente ?

VM : Accompagner les professionnels face aux évolutions du secteur est une priorité, sans renoncer au savoir-faire traditionnel. Nous avons lancé un bachelor dédié à l’animation de personnages en 3D, mais cela ne signifie pas que nous tournons le dos à la 2D, bien au contraire. À l’heure de l’IA, cet ensemble de compétences me semble plus important que jamais. Nous incitons les étudiants à déployer toutes leurs capacités créatives.

CB : Nous les encourageons à expérimenter, à sortir de leur zone de confort et à accepter l’erreur. Cette curiosité se poursuit ensuite dans leur vie professionnelle. Beaucoup explorent la stop motion, la BD, le live ou le documentaire. Le récit occupe une place centrale dans nos cursus. Il y a deux ans, nous avons créé un master en visual storytelling, car le récit est au cœur de tout. Il y a trente ans, nous étions avant tout une école technique. Aujourd’hui, il faut y intégrer une dimension narrative forte. C’est aussi ce que recherchent les étudiants : pouvoir raconter les histoires qu’ils souhaitent porter. Cette liberté créative nourrit une sincérité et une authenticité qui font partie de notre ADN.

VM : Cette capacité à raconter des histoires et à transmettre des émotions est devenue un fil rouge de Gobelins Paris. Nous avons récemment retravaillé notre raison d’être : « Révéler les talents et libérer la création pour inspirer les imaginaires de demain. »

Dans les dix prochaines années, quel rôle Gobelins veut-elle jouer dans la transformation de l’écosystème de l’animation ?

VM : Le secteur va probablement se structurer autour d’un écart croissant entre des contenus très standardisés, largement automatisés par l’IA, et des œuvres à forte valeur créative. C’est sur ce second champ que nous nous inscrivons, dans la continuité de notre histoire.

La France est un acteur majeur des industries culturelles et créatives, grâce aux politiques publiques et à un écosystème solide auquel Gobelins contribue. Ce secteur est désormais identifié comme stratégique.

Nous restons optimistes. Les évolutions technologiques font partie de notre quotidien. Les modèles de financement évoluent aussi, avec une part publique appelée à se réduire. Cela nous pousse à diversifier nos approches, tout en nous appuyant sur un socle solide.

Nous préparons actuellement « Redessiner Gobelins 2035 », un projet collectif destiné à finaliser notre plan stratégique. Il vise à mieux définir l’ADN de Gobelins au-delà de l’animation et à projeter l’école vers 2035, avec l’ensemble des parties prenantes : étudiants, équipes, anciens et experts. Plus de 100 personnes ont été mobilisées via contributions qualitatives, questionnaires et ateliers de design fiction. Cette démarche illustre notre volonté de construire cet avenir au plus près de l’écosystème.

CB : L’international est au cœur de nos priorités. L’animation attire de plus en plus, portée par des générations qui ont grandi avec ce médium. Le secteur se diversifie, de nouveaux publics émergent, et il est aujourd’hui identifié comme un outil de soft power.

Nous avons d’abord intégré des étudiants internationaux à l’école, avant d’élargir notre rôle à l’extérieur. Nous avons développé des expériences au Bénin, au Mexique, au Maroc et à Taïwan autour d’incubateurs, afin de structurer les écosystèmes locaux et accompagner le développement des talents et des studios. Nous construisons un réseau fondé sur cette logique d’échange et de coopération : former, accompagner et développer ensemble.

Valérie Moatti : Face à la baisse démographique en France et ailleurs, cette internationalisation est devenue essentielle. Les talents de demain seront autant au Maroc, à Taïwan, au Bénin ou au Mexique qu’en France. L’enjeu est de faire rayonner et partager notre savoir-faire. Cela participe aussi au rayonnement de la French Touch et de Gobelins auprès des générations futures.

L'anniversaire du département animation de Gobelins Paris coïncide avec un événement historique pour Citia avec l'ouverture de la Cité de l'animation. Quel regard portez-vous sur votre relation ?

Valérie Moatti : Ce lien est historique. Dès les premières années du festival d’Annecy, nos étudiants proposaient spontanément des films d’introduction pour les séances. Cette relation s’est ensuite structurée et institutionnalisée.

Elle a pris un tournant pédagogique en 2009 avec le lancement d’une formation internationale d’« animateur de personnages 3D » au sein des Papeteries – Image Factory. Aujourd’hui, nous réfléchissons à de nouveaux formats de collaboration, peut-être plus courts, en partenariat avec Annecy, ainsi qu’à des dispositifs de formation continue.

L’ouverture de la Cité de l’animation constitue un moment important pour la filière. Avec Citia, nous partageons un même objectif : faire rayonner le savoir-faire français à l’international. Des échanges ont déjà été engagés, notamment autour des ateliers destinés aux jeunes publics. La Cité propose en effet un lieu ouvert toute l’année, dédié à la transmission et à la découverte de l’animation. C’est une piste de travail que nous explorons ensemble.

Cécile Blondel : Nous nous réjouissons au quotidien de cette relation avec Citia. Une relation qui ne cesse de s'enrichir. Cette année, nos étudiants en animateurs de personnages 3D ont créé des petites virgules, qui seront diffusées lors des temps d'attente de toutes les projections.

 [NR1]CNAM/ENJMIN

Florian Krieg
© crédit photo : Patrice Carré


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