Cinéma

Annecy 2026 – Mickaël Marin : "Nous avons été à nouveau en capacité de nous fédérer, au service d’un événement culturel de dimension mondiale"

Date de publication : 27/06/2026 - 08:13

Le directeur général de Citia, structure organisatrice de la manifestation, dresse le bilan à chaud d’une édition qui bat encore de nouveaux records. Il revient également sur l’inauguration de la Cité Internationale du Cinéma d’Animation, la veille de l’ouverture du festival.

Comment vous sentez-vous, ainsi que l’équipe, après avoir réussi une double ouverture le week-end dernier ?
Heureux et fiers d'avoir réussi ce pari. Nous avons fait tout ce que nous avions imaginé et rêvé. Nous avions aussi souhaité du soleil, mais peut-être pas qu’il fasse aussi chaud. Cependant c'est toujours mieux que la pluie puisque cela nous a permis d’organiser tous les évènements de plein air qui étaient prévus. Et, encore une fois, nous sommes très conscients de l'exploit qui a été réalisé.

Un premier constat émerge-t-il de l’ouverture de la Cité Internationale du Cinéma d’animation depuis une semaine ? 
Le public est au rendez-vous et nous avons d’excellents retours. Nous savions que les gens seraient époustouflés, que ce soit le public local ou international. Nous avons pu aussi organiser des visites avec des personnalités du cinéma et du cinéma d'animation. Et je crois qu’il règne comme une fierté collective. Nous avons tellement parlé de la Cité, embarqué tellement de personnes dedans, que même si elle est portée par Citia tout le monde se l’est un peu appropriée.

Au début du festival, vous avez annoncé un chiffre de près 19 000 accrédités, festival et marché. Où en êtes-vous ?
Nous allons être un tout petit peu au-dessus. Cela démontre aujourd'hui quelle est la place du cinéma d'animation au niveau mondial place et celle d’Annecy dans cet écosystème. Et ce qui est très plaisant c’est que, malgré cette participation, assez extraordinaire l’événement garde son esprit.  Cela a donc constitué une belle semaine à vivre avec ces participants issus de 118 pays, comme l’année dernière, qui avaient l’envie commune d'être ici, afin de célébrer l'animation tous ensemble.

Une offre Mifa online a été mise en place. Ne pourrait-elle pas décongestionner un jour cette forte présence ?
Ce n’est pas vraiment le but. L’idée est avant tout de permettre à ceux qui, de toutes façons, ne pourraient pas venir pour diverses raison, de pouvoir quand même participer au marché. Et puis ce n’est qu’un début puisque nous allons améliorer l'expérience en ligne en développant des contenus.

La directrice du Mifa, Véronique Encrenaz a expliqué que l’offre Online pouvait aussi constituer l’occasion d’avoir un premier aperçu du marché avant de venir le découvrir sur place…
Effectivement et c’est d’ailleurs le constat que nous avions fait après notre édition en ligne de 2020 pour cause de Covid. Nous avions eu un gros pic d’accrédités en ligne. Et quand nous avons repris l’édition en présentiel en 2022, dans des conditions de retour à la normale, nous avons constaté une augmentation de la participation globale. Notre analyse est qu’une partie des professionnels qui avaient découvert Annecy en ligne ont décidé ensuite de faire le déplacement. Et quelque part c’est assez logique. On peut découvrir à présent beaucoup de choses via des offres en ligne, notamment des collections de musées, ce qui déclenche ensuite l’envie de venir tout découvrir sur place.

De votre point de vue quels ont été les temps forts particuliers durant le Festival et le Mifa ?
La journée consacrée par le Mifa à l’Europe a constitué un moment important. Côté festival, nous avons reçu de belles personnalités. Et beaucoup de longs métrages ont reçu des standing ovations. Jeudi soir par exemple Camélia Jordana a offert une chanson au public à la fin de la projection de Carmen, oiseau rebelle. Le film de Louis Clichy, Le Corset a bénéficié aussi d’un accueil extraordinaire. Le fait est qu’il y avait beaucoup de films français dans cette compétition au niveau ultra relevée. Les projections de Jim Queen dans la foulée de celles de Cannes, ont été aussi de très grands moments. Et puis nous avions à cœur que Didier Brunner soit tous les jours avec nous au cœur de la Cité et nous avons été très émus de dévoiler la plaque avec l’empreinte de ses mains. En fait un festival et un marché comme Annecy ce sont des dizaines et des dizaines de moments comme ça. Évidemment depuis ma place directeur général, je ne peux plus voir autant de choses directement. Mais j’ai fait trop fait de festivals et de marchés pour ne pas sentir les bonnes ou les mauvaises vibrations. Et quand on sent autant de bonnes vibrations que cette semaine on n'est pas inquiet.

Beaucoup d’élus étaient présents, la venue de Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, lors de l’ouverture du Mifa a marqué les esprits. Annecy ne devient-il un temps politique de plus en plus fort ?
Oui et c’est ce que nous souhaitons. Il est vrai que la venue de Stéphane Séjourné était symbolique et très importante et je remercie Antoine Armand, le maire d'Annecy de l'avoir rendue possible.  Et nous avons aussi accueilli le député Denis Masséglia, le sénateur Cédric Vial ainsi que la députée européenne Emma Rafowicz qui a participé à l’Annecy European Animation Summit. Et nous allons faire en sorte que cette présence politique se développe. Il faut provoquer une prise de conscience auprès des élus, afin qu’ils perçoivent vraiment ce qu’est l’industrie du cinéma d’animation. Car les enjeux sont très importants, tant au niveau français qu’européen. Et il est important de les amener à s’immerger ainsi dans le secteur. Et bien évidemment je fais confiance aux syndicats et aux différentes organisations professionnelles, qui, dans l’animation font preuve d’une grande capacité à être constructifs dans leurs discussions avec les parlementaires.

Parallèlement le festival devient une caisse de résonance des points de crispation du moment comme le prouvent encore la tribune sur l’IA vous sommant de prendre position ou encore les réactions hostiles lors de la projection de Danse Macabre
Ce n’est pas du tout une surprise pour nous. Cette semaine a été l’occasion de plusieurs prises de positions sur ce sujet. Guillermo del Toro en a clairement exprimé une et, lors de sa masterclass, Alfonso Cuarón en a développé une autre. Et c’est hyper intéressant parce que c'est du débat et de la différence de points de vue, que va naître probablement demain une redéfinition collective des règles du jeu pour les années à venir. Nous souhaitons qu'Annecy soit le lieu du débat, même s'il peut être parfois vif et passionné, ce qui n'est pas bien grave. Mais ce débat doit être respectueux. C’est d’autant plus important que les enjeux en termes de souveraineté, créative, technologique et juridique européenne sont énormes. Et, bien évidemment, la place des auteurs est absolument centrale et doit être préservée coûte que coûte. Il existe une formule très parlante. Si pendant un dîner tu n'es pas autour de la table, c'est que le dîner c'est toi. Donc retrouvons-nous autour de la table pour discuter tous ensemble afin d’éviter d’être mangés par les autres. Annecy doit être l’endroit du débat. Tant qu'il est respectueux, il aura toujours toute sa place.

En dépit du nombre accru de participants, beaucoup avaient l’impression d’une grande fluidité et de l’absence de points de blocage. Avez-vous particulièrement travaillé la gestion des flux cette année ?
Cela tient à l'excellent travail que mène Véronique avec ses équipes. C'est une préoccupation constante des équipes, que ce soit au festival ou au Mifa. Participant nous-même tout au long de l’année à des manifestations, nous savons combien il peut être pénible de faire la queue dans des conditions parfois difficiles. Nous y travaillons donc continuellement et nous avons d’ailleurs déjà en tête certaines améliorations pour 2027.

Le festival se termine ce soir et ensuite la Cité va vivre sans les festivaliers. Ressentez-vous une certaine appréhension ou au contraire de l'excitation ? 
Non, j’ai plutôt l’excitation de voir comment nous allons vraiment pouvoir finaliser l'installation et l'ouverture de la Cité. Parce que nous avons encore un café boutique à mettre en place. Nous avons aussi la résidence d'artistes à finaliser. Plus tout ce qui a trait à la fin des travaux.  Et puis il nous faut lancer une programmation, notamment pour la salle de cinéma. Mais avec cette semaine incroyable, nous avons déjà des propositions qui affluent. Et nous savons sait que nous aurons d'autres, une fois les gens rentrés chez eux. Donc non, le meilleur est devant nous. Et nous avons déjà presque la tête en 2027.

Vous êtes très soutenus par les pouvoirs publics, notamment locaux. N’est-ce pas à souligner dans une période actuelle plutôt tendue ?
En premier je tiens à souligner que, sans l'engagement de notre équipe qui a été extraordinaire, rien n'aurait été possible. Les derniers mois ont été plutôt sportifs et toutes et tous ont fait preuve d’un engagement sans faille. Et effectivement, le soutien de la mairie d’Annecy, du département de Haute-Savoie, de la région Auvergne-Rhône-Alpes, mais également du CNC, car Gaëtan Bruel a vraiment été au rendez-vous, a fait que nous ne nous sommes jamais sentis seuls, notamment dans les moments qui ont été plus difficiles. Et je tiens à le dire et le redire compte tenu du contexte et des attaques que peuvent subir la culture, le cinéma ou l'audiovisuel et bien sûr le CNC. Lorsque j’ai pris la parole devant les bénévoles samedi matin, avant l’ouverture du festival je leur ai dit "face à toutes ces polémiques, nous allons répondre par des faits, en faisant ce que nous savons faire de mieux". Et je crois que nous avons à nouveau véhiculé une image très forte de notre pays en démontrant que nous avons été en capacité de nous fédérer, au service d’un événement culturel de dimension mondiale et qui véhicule des valeurs très fortes.

Dernière question. L’édition 2027 sera-t-elle celle de la dernière sélection de Marcel Jean ?
Ce sera effectivement la dernière édition de Marcel Jean en tant que délégué artistique. Après le mois de juin nous rentrerons dans un processus qui est déjà déterminé. Mais nous ferons les choses comme nous les avons toujours faites, avec une grande rigueur, tout en respectant le travail exceptionnel qu'a mené Marcel. Et j'entends profiter pleinement de cette dernière année à ses côtés, sachant que l'histoire ne sera bien évidemment pas finie. Car à Annecy nous sommes très attachés à la fidélité. J'ai été moi-même très fidèle à Patrick Eveno, l'ancien directeur de Citia. Et d’une manière ou d’une autre, nous continuerons à collaborer ensemble

Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : ANNECY FESTIVAL_L-Gouttenoire


L’accès à cet article est réservé aux abonnés.

Vous avez déjà un compte


Accès 24 heures

Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici


Recevez nos alertes email gratuites

s'inscrire