
Congrès FNCF 2026 – Olivier Aubry et Anne-Claire Brunet-Dupuy : "Il va encore nous falloir du temps pour retrouver la trésorerie perdue en 2025"
Date de publication : 21/09/2026 - 10:50
Les deux coprésidents de la commission de branche de la moyenne exploitation évoquent les principaux sujets de préoccupation de la branche, entre trésorerie affaiblie, griefs contre la réforme du classement art et essai et nécessaire discussion autour du taux de location.
La moyenne exploitation est-elle en phase avec la fréquentation nationale, en progression de 25,8% par rapport à 2025 sur les huit premiers mois de 2026 ?
Olivier Aubry : Selon les chiffres du baromètre de la FNCF, la branche enregistre précisément sur cette période une hausse de 27% entre 2025 et 2026, une augmentation de 10% entre 2024 et 2026, et une baisse de 4% entre la moyenne 2017-2019 et 2026.
Olivier Aubry : Selon les chiffres du baromètre de la FNCF, la branche enregistre précisément sur cette période une hausse de 27% entre 2025 et 2026, une augmentation de 10% entre 2024 et 2026, et une baisse de 4% entre la moyenne 2017-2019 et 2026.
C’est donc, on peut l’imaginer, une source de satisfaction, surtout après une année 2025 compliquée ?
O.A. : Plus que compliquée même… A titre personnel, mon cinéma [Le Méliès de Bayeux, Ndlr] a perdu 28% de sa fréquentation entre 2024 et 2025. Au-delà des entrées, qui constituent évidemment un indicateur important, il est essentiel de prendre en compte la trésorerie. En effet, même si nous ne pouvons que nous réjouir du regain de la fréquentation cette année, il va encore nous falloir du temps pour retrouver la trésorerie que nous avons perdue en 2025.
Anne-Claire Brunet-Dupuy : L’augmentation cette année de notre chiffre d’affaires ne suffit malheureusement pas à retrouver des marges suffisantes pour embellir nos situations de trésoreries ou nous permettre d’envisager sereinement des investissements. Les charges ont beaucoup augmenté, de toutes parts, sans même parler de l’inflation…
O.A. : Plus que compliquée même… A titre personnel, mon cinéma [Le Méliès de Bayeux, Ndlr] a perdu 28% de sa fréquentation entre 2024 et 2025. Au-delà des entrées, qui constituent évidemment un indicateur important, il est essentiel de prendre en compte la trésorerie. En effet, même si nous ne pouvons que nous réjouir du regain de la fréquentation cette année, il va encore nous falloir du temps pour retrouver la trésorerie que nous avons perdue en 2025.
Anne-Claire Brunet-Dupuy : L’augmentation cette année de notre chiffre d’affaires ne suffit malheureusement pas à retrouver des marges suffisantes pour embellir nos situations de trésoreries ou nous permettre d’envisager sereinement des investissements. Les charges ont beaucoup augmenté, de toutes parts, sans même parler de l’inflation…
Dans ce contexte, êtes-vous confiants pour la suite, au regard en particulier de l'offre de films annoncée ?
O.A. : Oui, nous sommes optimistes. Il y a toutefois un bémol : avec l’élection présidentielle qui approche, nous entrons dans une période de tensions, et celle-ci pourrait avoir une incidence [sur la fréquentation, Ndlr].
A-C. B-D. : Il est vrai que les périodes électorales sont souvent des périodes d’attentisme économique. Plus largement, nous sommes obligés d’être prudents pour l’avenir. Nous avons traversé une énorme tempête, l’œil du cyclone est passé, il faut maintenant penser à moderniser nos établissements.
O.A. : Oui, nous sommes optimistes. Il y a toutefois un bémol : avec l’élection présidentielle qui approche, nous entrons dans une période de tensions, et celle-ci pourrait avoir une incidence [sur la fréquentation, Ndlr].
A-C. B-D. : Il est vrai que les périodes électorales sont souvent des périodes d’attentisme économique. Plus largement, nous sommes obligés d’être prudents pour l’avenir. Nous avons traversé une énorme tempête, l’œil du cyclone est passé, il faut maintenant penser à moderniser nos établissements.
Les tensions avec les distributeurs, mais aussi et surtout entre les exploitants eux-mêmes, ont été particulièrement intenses au cours des 12 derniers mois. Quelle est la situation aujourd’hui ?
A-C. B-D. : Attention à ne pas mélanger un phénomène ponctuel et très médiatisé [le mail envoyé par le responsable de la programmation de Megarama à une vingtaine de distributeurs, où est évoquée une "distorsion de la concurrence" que créeraient certains cinémas municipaux proche de ses salles, Ndlr] avec le quotidien de l’ensemble de l’exploitation. Ce n’est pas parce que nous sommes dans des situations de concurrence et que nous avons des négociations parfois mouvementées avec les distributeurs que nous nous tapons tous dessus en permanence. L’exploitation continue à parler avec les distributeurs, et, de notre côté, nous ne sommes pas fâchés avec l’ensemble de nos confrères.
O.A. : Il ne faut pas minorer ce sujet pour autant. Cette discussion va se tenir au Congrès [la FNCF consacre cette année sa table-ronde aux "Relations professionnelles au sein de la filière", Ndlr], et elle a lieu d’être. Il est important de mettre les choses à plat.
A-C. B-D. : Attention à ne pas mélanger un phénomène ponctuel et très médiatisé [le mail envoyé par le responsable de la programmation de Megarama à une vingtaine de distributeurs, où est évoquée une "distorsion de la concurrence" que créeraient certains cinémas municipaux proche de ses salles, Ndlr] avec le quotidien de l’ensemble de l’exploitation. Ce n’est pas parce que nous sommes dans des situations de concurrence et que nous avons des négociations parfois mouvementées avec les distributeurs que nous nous tapons tous dessus en permanence. L’exploitation continue à parler avec les distributeurs, et, de notre côté, nous ne sommes pas fâchés avec l’ensemble de nos confrères.
O.A. : Il ne faut pas minorer ce sujet pour autant. Cette discussion va se tenir au Congrès [la FNCF consacre cette année sa table-ronde aux "Relations professionnelles au sein de la filière", Ndlr], et elle a lieu d’être. Il est important de mettre les choses à plat.
L’an dernier, vous aviez été tous deux assez critiques envers le premier volet de la réforme du classement art et essai. Quel regard portez-vous finalement sur cette réforme, dont le deuxième volet est entré en vigueur cette année ?
A-C. B-D. : Je pense que l’on peut dire que les dégâts se sont confirmés.
O.A. : Nous sommes très nombreux à avoir fait des recours. A titre personnel, ma prime a été sabrée de 50% d’une année sur l’autre, alors que j’ai la même programmation.
A-C. B-D. : Grosso modo, je ne connais pas de cas où les exploitants sont satisfaits de la façon dont les choses ont évolué. Beaucoup sont déçus, perplexes. Un certain nombre disent même : "tout ça pour ça ? Je ne le fais plus". Et cela, c’est à bas bruit.
O.A. : On peut craindre que des exploitants de notre branche programment désormais moins de films art et essai, parce que, d’un point de vue financier, il n’y a pas d’intérêt. J’insiste sur cette dimension économique. N’oublions pas qu’une salle privée qui fait de la diversité, c’est une salle qui prend des risques. Lorsque nous programmons un film art et essai qui réalise 20 entrées dans la semaine, nous perdons de l’argent. Si on ne nous accompagne pas, des cinémas abandonneront cette diversité. Ceci dit, certaines salles [les plus art et essai, Ndlr] ont eu de très belles augmentations…
A-C. B-D. : Je pense que l’on peut dire que les dégâts se sont confirmés.
O.A. : Nous sommes très nombreux à avoir fait des recours. A titre personnel, ma prime a été sabrée de 50% d’une année sur l’autre, alors que j’ai la même programmation.
A-C. B-D. : Grosso modo, je ne connais pas de cas où les exploitants sont satisfaits de la façon dont les choses ont évolué. Beaucoup sont déçus, perplexes. Un certain nombre disent même : "tout ça pour ça ? Je ne le fais plus". Et cela, c’est à bas bruit.
O.A. : On peut craindre que des exploitants de notre branche programment désormais moins de films art et essai, parce que, d’un point de vue financier, il n’y a pas d’intérêt. J’insiste sur cette dimension économique. N’oublions pas qu’une salle privée qui fait de la diversité, c’est une salle qui prend des risques. Lorsque nous programmons un film art et essai qui réalise 20 entrées dans la semaine, nous perdons de l’argent. Si on ne nous accompagne pas, des cinémas abandonneront cette diversité. Ceci dit, certaines salles [les plus art et essai, Ndlr] ont eu de très belles augmentations…
D’autres dossiers sont-ils source de préoccupations pour la branche ?
O.A. : Il y a un sujet qu’il va falloir que nous mettions sur la table au Congrès : le pourcentage des films [le taux de location, Ndlr]. Je trouve anormal qu’il faille aujourd’hui attendre cinq semaines – voire six – après la sortie nationale pour le diminuer.
A-C. B-D. : Lorsque l'on sait que plus de 70% des séances organisées dans l’ensemble des cinémas français sont en-dessous du seuil de rentabilité, cela pose question…
O.A. : Il faut que nous discutions de ce sujet avec les distributeurs durant le Congrès, parce que nous ne retrouvons plus les pourcentages que nous avions il y a quelques années. Auparavant, nous arrivions à voir le bout du tunnel en quatrième semaine, mais ce n’est plus le cas désormais. Et, au regard de la faiblesse de nos marges, c’est un problème.
O.A. : Il y a un sujet qu’il va falloir que nous mettions sur la table au Congrès : le pourcentage des films [le taux de location, Ndlr]. Je trouve anormal qu’il faille aujourd’hui attendre cinq semaines – voire six – après la sortie nationale pour le diminuer.
A-C. B-D. : Lorsque l'on sait que plus de 70% des séances organisées dans l’ensemble des cinémas français sont en-dessous du seuil de rentabilité, cela pose question…
O.A. : Il faut que nous discutions de ce sujet avec les distributeurs durant le Congrès, parce que nous ne retrouvons plus les pourcentages que nous avions il y a quelques années. Auparavant, nous arrivions à voir le bout du tunnel en quatrième semaine, mais ce n’est plus le cas désormais. Et, au regard de la faiblesse de nos marges, c’est un problème.
Propos recueillis par Kevin Bertrand
© crédit photo : DR
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