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Annecy 2026 - YouTube, "“un complément à l’écosystème de l’animation”

Date de publication : 26/06/2026 - 08:44

Entre stratégie “digital first”, monétisation par la publicité et développement des audiences mondiales, YouTube défend une place structurante dans la chaîne de valeur de l’animation, aux côtés des diffuseurs historiques. Alexis Rice, Global Youth Partnerships Lead de YouTube, revient sur ce rôle dans une interview.

Comment positionnez-vous YouTube dans l'écosystème de l'animation ?

Chez YouTube, nous nous adressons à trois grands publics. Bien sûr, il y a nos utilisateurs, nos fans, les personnes qui aiment les contenus ; il y a nos créateurs, ces incroyables conteurs qui partagent leurs histoires ; et puis il y a nos annonceurs. Dans l’écosystème de l’animation, je dirais donc que nous sommes au service de ces trois publics. Mais nous sommes aussi un complément à l’écosystème dans son ensemble. YouTube constitue un outil pour la filière. C’est une plateforme qui leur permet d’obtenir une diffusion mondiale exceptionnelle, mais aussi un tremplin pour conclure des accords avec les diffuseurs. Elle leur ouvre également la porte à des partenariats commerciaux et de distribution.

De plus en plus de diffuseurs optent pour une stratégie digital first. Quel regard portez-vous sur ce virage ?

Je travaille chez YouTube depuis dix ans. Lorsque j’ai commencé, les diffuseurs se contentaient parfois de mettre en ligne un extrait ou de faire un peu de publicité sur YouTube. Aujourd’hui, je vois de plus en plus d’entre eux lancer leurs propres chaînes, créer des chaînes dédiées à la jeunesse ou encore proposer des séries conçues en priorité pour YouTube. Ils comprennent désormais l'utilité de YouTube. Nous travaillons donc très étroitement avec ces diffuseurs pour les aider à mieux comprendre quels publics sont les plus réceptifs sur YouTube, quelles fonctionnalités ils peuvent exploiter et comment la plateforme peut, là encore, contribuer à ramener les audiences vers leurs chaînes de télévision. France Télévisions a lancé plusieurs chaînes jeunesse sur YouTube, et nous avons aussi un partenariat très important avec la BBC. Je pense donc que les diffuseurs appréhendent mieux YouTube, une plateforme pertinente pour toucher de nouveaux publics ou faire découvrir de nouveaux contenus.

Pour les studios, cette stratégie se heurte souvent à la monétisation des contenus estimant qu'elle est bien insuffisante par rapport aux diffuseurs historiques. Comment analysez-vous cet écart ?

L'écart reste important. Nous sommes quasiment exclusivement une plateforme financée par la publicité. Mais comme nous sommes limités par le volume de publicités que nous pouvons diffuser sur les contenus destinés aux enfants, ces studios disposent de revenus plus restreints sur YouTube

C’est pour cela que la capacité à circuler entre les plateformes est, selon moi, précieuse en matière de revenus. La série Miraculous en est un bon exemple : ils disposent de contrats dans chaque territoire et certains épisodes ou parties de la série sont également disponibles sur YouTube. Mais les deux modèles fonctionnent vraiment de manière complémentaire.

Certains studios parviennent tout de même à tirer leur épingle du jeu à l'image d'Animaj qui parviennent à bâtir de nouvelles IP tout en monétisant leurs contenus.

Je pense que Gregory Dray (président d’Animaj, passé par YouTube Kids) comprend mieux que quiconque ce cercle vertueux. Il raconte des histoires que les audiences aiment, il travaille avec des créateurs qui maîtrisent YouTube. Mais il a aussi la capacité d’aider les annonceurs à comprendre cette narration à travers la joint-venture Lumee, régie publicitaire d'Animaj et Hasbro.

Nous sommes donc très investis aux côtés de Greg et d’Animaj, et nous espérons qu’ils pourront insuffler une nouvelle dynamique dans l’univers publicitaire du contenu jeunesse, car il s’agit d’un domaine très spécifique.

Selon vous, quelle est la différence entre un studio qui réussit sur la plateforme et d'autres qui éprouvent des difficultés ?

Les studios d’animation qui réussissent le mieux sur YouTube sont avant tout ceux qui prennent le temps de comprendre la plateforme et ses spécificités. Ils ont intégré que YouTube fonctionne différemment des modes de narration traditionnels.

Concrètement, ils analysent de près les données d’audience et les statistiques de performance, mais aussi les commentaires laissés par les utilisateurs. Ils cherchent à comprendre ce qui intéresse réellement leur communauté.

Ils entretiennent également un dialogue direct avec leurs fans, que ce soit sur YouTube ou lors d’événements physiques, et intègrent ces retours dans leur manière de raconter leurs histoires. C’est l’une des grandes richesses de YouTube : cette possibilité d’échanger en permanence avec son public.

L’autre aspect essentiel est de considérer YouTube comme une plateforme véritablement mondiale. Un studio peut être basé en France mais, grâce à nos outils de doublage et d’audio multilingue, toucher des spectateurs en Inde, aux États-Unis, en Argentine ou au Brésil.

Cette dimension internationale offre des perspectives de développement différentes de celles des diffuseurs traditionnels. Les studios qui tirent le mieux parti de YouTube sont donc ceux qui comprennent leur audience, exploitent les outils propres à la plateforme et utilisent ces leviers pour amplifier la portée de leurs créations. Ce sont, selon moi, les approches les plus efficaces pour développer une communauté et faire grandir une marque d’animation sur YouTube.Haut du formulaireBas du formulaire

Selon vous, quelles sont les principales différences entre ce qu’un public jeune attend des contenus sur YouTube et ce que proposent les diffuseurs historiques ?

Il y a plusieurs éléments. J’ai deux jeunes enfants, et je pense que ce qu’ils trouvent particulièrement attractif sur YouTube, c’est sa capacité à répondre à leurs centres d’intérêt très spécifiques.

Tous les enfants de leur classe aiment Pokémon ou Miraculous, et ils savent qu’ils peuvent retrouver ces univers sur de nombreuses plateformes. En revanche, mon plus jeune fils adore fabriquer des figurines en pâte à modeler, et le seul endroit où il trouve des vidéos qui lui expliquent comment les réaliser, c’est YouTube.

Cette richesse et cette diversité de contenus constituent donc un véritable atout de la plateforme. Elle permet aux enfants d’approfondir leurs passions et leur curiosité : « J’adore cette série, j’aimerais en savoir plus sur ce personnage ». C’est précisément le type de contenu complémentaire qu’ils peuvent trouver sur YouTube, alors qu’il n’est pas forcément disponible dans le cadre d’un épisode traditionnel de 23 minutes.

C’est aussi, selon moi, une opportunité pour les diffuseurs historiques. On le constate avec le succès de franchises comme Gabby et la Maison magique ou Miraculous, qui prolongent l’expérience de leurs programmes grâce aux contenus additionnels qu’elles développent sur YouTube. C’est précisément ce que les enfants trouvent si enthousiasmant. L’histoire ne s’arrête pas lorsque l’épisode se termine : elle peut se poursuivre au-delà du programme, à travers une multitude de contenus complémentaires qui prolongent l’expérience et maintiennent le lien avec les personnages et les univers qu’ils apprécient.

S'il y avait une tendance majeure à mettre à mettre en avant pour l'animation au cours des cinq prochaines années. Quelle serait-elle ?

Je ne dirais pas qu’il s’agit forcément de la seule tendance majeure, mais ce qui m’a particulièrement marqué ces derniers mois, et notamment lors de ce festival, c’est l’essor d’une animation qui s’adresse à un public plus âgé.

Qu’il s’agisse des adolescents ou des adultes, je trouve cette évolution particulièrement stimulante. Je sors par exemple d’une présentation consacrée à l’animation hongkongaise, où était présenté le récit remarquable d’une famille multigénérationnelle réunie autour d’une maison de thé.

Cette idée de raconter des histoires capables de toucher l’ensemble de la famille me semble extrêmement porteuse pour l’animation. Ces dernières années, le secteur s’est beaucoup concentré sur le préscolaire. J’ai le sentiment qu’un rééquilibrage est en train de s’opérer vers des œuvres destinées à des publics plus matures.

C’est en tout cas une dynamique que je trouve particulièrement prometteuse. Elle ouvre de nombreuses opportunités créatives et éditoriales, et je suivrai son évolution avec beaucoup d’intérêt. D’ailleurs, je suis impatiente de découvrir ces nouveaux projets… et de les regarder avec mes enfants.

Florian Krieg
© crédit photo :


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