Télévision
Canal+, l’engagement de voir grand pour les petits
Vincent Girerd, directeur des chaînes cinéma de Canal+ France et, depuis décembre 2025, directeur du Pôle Jeunesse, vit son premier festival d'Annecy dans ses nouvelles fonctions. L'occasion pour le dirigeant de revenir sur la stratégie du groupe sur ce segment.
Vous venez de prendre la direction du pôle jeunesse de Canal+ France, en plus de celle des chaînes cinéma. Comment abordez-vous ce nouveau rôle ?
Avec beaucoup de bonheur et d’enthousiasme. C’est une mission d’autant plus passionnante, qu’à travers nos chaines jeunesse, nous nous adressons à nos abonnés d’aujourd’hui mais aussi à nos abonnés de demain. Les programmes jeunesse sont une motivation à l’abonnement pour plus de 40 % de nos abonnés.
Il existe de nombreuses passerelles entre l’animation jeunesse et ce que je connais côté par ailleurs sur le cinéma, notamment sur le long métrage d’animation : préfinancement des œuvres, accompagnement des talents, lignes éditoriales qui se répondent. Je ne suis donc pas dépaysé. Mais c’est aussi un univers de découvertes, avec une créativité très forte et des enjeux éditoriaux passionnants selon les âges et les publics.
J’arrive dans un environnement solide, avec une équipe reconnue et appréciée, des chaînes bien installées et une ligne éditoriale claire. Il y a une vraie continuité dans ce que je reprends aujourd’hui.
Vous évoquez une ligne éditoriale claire. Comptez-vous la faire évoluer ?
Je m’inscris dans la continuité de ce qui a été construit par mes prédécesseurs et les équipes, avec beaucoup d’humour et de créativité, dans les récits comme dans les styles d’animation. Il y a une volonté d’audace, de décalage et de surprise permanente.
L’une des particularités de l’offre jeunesse, c’est qu’on évolue dans un univers très concurrentiel et non exclusif, où les séries circulent entre les plateformes télévision qu’elles soient payantes ou gratuites. Dans ce contexte, la différenciation est clé.
C’est précisément l’ambition du label des Ré-Créations Originales. Notre ligne éditoriale repose sur des histoires qui surprennent, des personnages ancrés dans le monde d’aujourd’hui et un parti pris artistique assumé.
Notre grille de lecture est simple : lorsqu’un projet semble ne pouvoir exister que sur CANAL+, c’est un signal décisif. Sur les acquisitions, nous sommes plus ouverts, avec une logique différente qui couvre tous les genres et toutes les origines (programmes internationaux y compris la fiction et quelques émissions).
Quid de l’international ?
Cette dimension est déterminante. Nos chaînes sont présentes en France mais aussi en Afrique francophone, où elles sont particulièrement plébiscitées. C’est un enjeu majeur pour le groupe, déjà très présent sur ces territoires.
Cela implique une attention accrue à proposer des récits suffisamment universels pour circuler entre les territoires, avec une résonance à la fois européenne et africaine. Depuis l’acquisition de MultiChoice, cette ambition africaine est appelée à s’étendre sur l’Afrique anglophone et lusophone.
Concrètement, comment cela se reflète-t-il à travers les œuvres que vous proposez ?
Tout d’abord, nous nous réjouissons du succès des lancements de cette année, avec Miffy (Superprod et Studiocanal), Ki & Hi (Mediawan), adaptation du manga de Kevin Tran, Max et Lapin (Dandelooo), adaptation preschool d’une licence Nathan, La Rose écarlate (Label Anim), série feuilletonnante Nous sommes également ravis de l’accueil réservé aux séries Les Danger (Tchack) et Les Minus (Miam), qui déploie un univers à 360° enrichi de tutoriels DIY en ligne. Kididoc (4.21) continue par ailleurs de très bien fonctionner. C’est une série à laquelle nous sommes très attachés, qui a demandé un important travail d’écriture pour bâtir son univers. Sa deuxième saison vient d’arriver sur les antennes, tout comme celle de Zouk (Bayard Animation). Nous proposerons également bientôt La bande à Ducobu (Toon Factory), Kat & Cats (Normaal), Team Nuggets (Godo Films), Les Quatre de Baker Street (Folivari et Blue Spirit) Cette diversité traduit notre volonté de conjuguer univers forts, identité graphique marquée et récits capables de surprendre. Nous continuons aussi de miser sur les unitaires, avec une vraie prise de risque éditoriale, à l’image de La Grande Rêvasion, Le Chant des orages, tous deux sélectionnés à Annecy, mais aussi A la table du loup (La Cabane), Les oiseaux électriques (LMBO) et Les frères Zzli (XBO Films), actuellement en développement.
Nous avons également greenlighté deux nouvelles séries : la saison 4 d’Ariol (Folimage), et Oh la la !,(Autour de Minuit). Cette série preschool nous a séduits par sa proposition visuelle très singulière, presque céramique, évoquant l’animation en volume.
Canal+ insiste aujourd’hui sur le développement des IP. L’animation constitue un point de départ de ces licences. Quel rôle entendez-vous jouer ?
Nous accompagnons au mieux Studiocanal pour bâtir les IP de demain. Miffy en est un bon exemple : une licence à potentiel international adaptée avec notre patte éditoriale et qui a été lancé en Avant-Première au Grand Palais. L’ambition est de se concentrer sur un nombre limité de projets à fort potentiel. Des univers comme celui de Beast Quest s’inscrivent dans cette logique. Le modèle reste Paddington, devenu une franchise mondiale en dix ans à travers le cinéma, la série, les produits dérivés et même une comédie musicale
Au regard des nouveaux usages, le non-linéaire constitue-t-il une priorité ?
Oui, c’est un enjeu majeur. Si le linéaire conserve une place sur certains territoires, notre priorité est clairement le non-linéaire. Nous regardons avant tout la consommation à la demande et les performances des programmes sur ces usages. L’offre jeunesse de CANAL+ est d’ailleurs la première au sein de de l’univers jeunesse de l’App CANAL+, ce qui confirme l’attractivité de nos contenus auprès du jeune public.
Vous arrivez à un moment où la diversification de l’animation s’accélère, avec notamment le segment ado-adulte. Comment l’appréhendez-vous ?
C’est une vraie question : comment adresser ces nouveaux publics, et faut-il structurer une ligne dédiée ? Nous sommes encore dans une phase d’expérimentation. Terre 2 (Everybody onboard) s’inscrit dans cette réflexion, comme d’autres projets en développement. C’est un champ très stimulant, encore en construction.
Florian Krieg
© crédit photo : Aurélien PierronCanal+Vous avez déjà un compte
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