
Annecy 2026 - Le Cross IP s’invite au Mifa
Date de publication : 24/06/2026 - 08:20
Faisant partie cette année des piliers thématiques autour desquels le Mifa a construit son offre éditoriale, le Cross IP a fait l’objet d’une conférence dédiée dès l’ouverture du marché.
Le Cross IP fait partie cette année des piliers thématiques autour desquels le Mifa a construit l’offre éditoriale de cette 41e édition. L’idée est de faire d’Annecy un espace où les mondes de la bande dessinée, webtoon, anime, jeux vidéo, se croisent davantage et où l’animation dialogue plus directement avec les détenteurs d’IP, éditeurs, plateformes, producteurs et acteurs du jeu vidéo. Elle se manifeste côté stands par un espace dédié (photo) qui accueille une dizaine d’entités ainsi que la première édition du programme Shoot the book !, de la Scelf, pensé spécialement pour la filière de l’animation.
Et dans la matinée du 23 juin, une table ronde intitulée "Pas de frontières pour les adaptations" a réuni Sydney Bright, directrice de l’animation au sein de Wattpad Webtoon Studios (Canada), Caroline Duvochel, directrice de l’audiovisuel et de l’innovation de Media-Participations, Taiki Sakurai, directeur général du studio Slmndr (Salamander Pictures Japon) et Julien Fabre directeur TV & Transmedia Content Business Development chez Ubisoft Film and Television.
UNE IP N’EST PAS UN PRODUIT MARKETING COMME UN AUTRE
Parmi les enseignements majeurs de cette rencontre, figure le fait qu’une IP n’est pas un produit comme les autres. En aucun cas elle ne peut être pensée dès le départ comme un simple objet marketing. Pour l’ensemble des intervenants une IP solide repose avant tout sur une bonne histoire, des personnages puissants, un univers distinctif, une authenticité créative et une capacité à créer un lien affectif durable avec un public.
"Chez Media Participations, on ne part pas d’abord d’une logique d’exploitation tous azimuts, mais d’un travail autour de la narration" a précisé Caroline Duvochel. "Ce qui compte d’abord, c’est la richesse du monde raconté et le potentiel émotionnel de l’oeuvre. L’expansion vers d’autres supports ne vient qu’ensuite". Pour Taiki Sakurai "l’enjeu ne consiste pas seulement à lancer de nouvelles opportunités commerciales, mais à développer de l’amour et de l’attachement autour d’un projet, de ses personnages et de ses idées. Et à partir de là, cela peut éventuellement déboucher sur des opportunités commerciales".
Autre règle de base, une adaptation ne doit jamais être une simple transposition. Tout en respectant l’ADN de l’œuvre originale il est indispensable de réinventer sa forme selon le média choisi, mais aussi identifier ce que ce nouveau support peut apporter de spécifique, en proposant une expérience véritablement nouvelle. "Le cinéma, la série, le jeu vidéo, le webtoon ou l’animation ne racontent pas de la même manière. Chaque média a son langage, ses contraintes et ses leviers émotionnels" explique Julien Fabre. Pour Taiki Sakurai "lorsqu’on adapte un manga en anime, les nouveaux éléments décisifs peuvent être les voix, la musique, le rythme, bref tout ce qui n’existait pas dans le support imprimé. Dans le cadre de l’adaptation d’une oeuvre vers le jeu vidéo, une différence majeure s’impose, à savoir la prise de contrôle du personnage revient désormais au public. Encore faut-il savoir l’exploiter au mieux".
L’AUTHENTICITÉ AU CENTRE DE TOUT
Autre condition sinae qua non, l’authenticité. Pour Sydney Bright, qui supervise les adaptations chez Wattpad Webtoon Studios, "le public perçoit très vite lorsqu’une adaptation n’est qu’un produit opportuniste ou une exploitation mécanique d’une franchise". Pour elle, l’authenticité doit être au centre de tout le processus comme le témoigne le succès de Lore Olympus webcomic crée par l'autrice néozélandaise Rachel Smythe, publié à partir de mars 2018 sur la plateforme Webtoon. "Tout est parti d’un projet personnel qui consistait au départ à créer un épisode par semaine. Il a fini par donner naissance à un webtoon qui compte aujourd’hui 1,8 milliard de vues dans le monde, a figuré trois fois parmi les best-sellers du New York Times et s’est classé dix fois dans le top 10 de la liste des best-sellers du New York Times. Le tome 10 vient tout juste de paraître ce mois-ci, sous forme de roman graphique, et nous avons annoncé en janvier que nous allions en produire une adaptation sous forme de série animée avec Amazon Prime". Mais pour Sydney Bright "Ce succès nous impose une responsabilité car les fans de Lore Olympus y sont profondément attachés et nous avons le devoir de préserver son authenticité dans notre adaptation".
L’un des apports spécifiques des plateformes numériques comme Webtoon ou Wattpad est la possibilité de lire en direct la réaction des communautés, ce qui permet de d’observer quels sont personnages secondaires qui passionnent les lecteurs, quelles scènes provoquent les plus fortes réactions et même quelles hypothèses ou attentes émergent dans les commentaires. Ces retours servent ensuite à nourrir les adaptations, sans pour autant reproduire servilement ce qui a été dit, mais en restant fidèle aux desiderata des fans qui jouent ainsi un rôle de plus en plus actif.
Reste que le contrôle des droits constitue un enjeu stratégique décisif Au-delà des questions créatives, Caroline Duvochel rappelle un point fondamental : une IP ne peut réellement circuler que si ses détenteurs contrôlent les droits. D’où l’importance de la réglementation française en la matière. "Elle permet aux producteurs de garder le contrôle sur le contenu de la propriété intellectuelle qu’ils créent" a rappelé la directrice de l’audiovisuel et de l’innovation du groupe. "Nous ne cédons pas tous les droits, comme c’est le cas dans de nombreuses régions du monde. Lorsque nous travaillons avec les chaînes de télévision, voire avec les plateformes de streaming, les accords proposés sont tous équilibrés. Cela nous permet ensuite de nous développer et de travailler sur le long terme. Ces aspects juridiques sont absolument essentiel".
Autre enseignement important de cette rencontre, le fait que le jeu vidéo devienne une source majeure d’adaptations même si certains résultats commerciaux n’ont pas été à la hauteur. Mais depuis quelques temps elles ont atteint un nouveau niveau de qualité et de maturité comme le prouve les exemples de Arcane, The Last of Us, ou encore Cyberpunk: Edgerunners. Parmi les raisons avancées figurent la richesse croissante des univers vidéoludiques et le fait que certains jeux possèdent déjà une solide structure narrative. Par ailleurs une meilleure compréhension mutuelle entre détenteurs de licence, studios d’animation et plateformes se fait jour. Taiki Sakurai a ainsi raconté, que sur une adaptation de jeu, il avait exigé que le studio d’animation joue d’abord au jeu original, afin de respecter réellement son univers. En parallèle, il fallait aussi faire comprendre au détenteur des droits qu’un studio d’animation n’est pas un simple exécutant, mais apporte un savoir-faire propre, indispensable à la réussite de l’adaptation.
RELANCER DES OEUVRES EXISTANTES
Dernier point fort, le cross-IP permet dans certains cas de relancer des oeuvres existantes. Dans le cas de contenus patrimoniaux ou classiques il est nécessaire de les recontextualiser pour le public d’aujourd’hui. Il ne s’agit en effet pas seulement de faire renaître une marque, mais de lui redonner du sens dans un nouvel environnement culturel et international. Et Caroline Duvochel de citer le cas du Marsupilami, dont il faut préserver l’ADN tout en le transformant pour une exposition plus large et plus internationale, ce qui passe par des campagnes spécifiques, de nouvelles approches visuelles portées par nouveaux talents et une attention fine à la réception du public.
Et dans la matinée du 23 juin, une table ronde intitulée "Pas de frontières pour les adaptations" a réuni Sydney Bright, directrice de l’animation au sein de Wattpad Webtoon Studios (Canada), Caroline Duvochel, directrice de l’audiovisuel et de l’innovation de Media-Participations, Taiki Sakurai, directeur général du studio Slmndr (Salamander Pictures Japon) et Julien Fabre directeur TV & Transmedia Content Business Development chez Ubisoft Film and Television.
UNE IP N’EST PAS UN PRODUIT MARKETING COMME UN AUTRE
Parmi les enseignements majeurs de cette rencontre, figure le fait qu’une IP n’est pas un produit comme les autres. En aucun cas elle ne peut être pensée dès le départ comme un simple objet marketing. Pour l’ensemble des intervenants une IP solide repose avant tout sur une bonne histoire, des personnages puissants, un univers distinctif, une authenticité créative et une capacité à créer un lien affectif durable avec un public.
"Chez Media Participations, on ne part pas d’abord d’une logique d’exploitation tous azimuts, mais d’un travail autour de la narration" a précisé Caroline Duvochel. "Ce qui compte d’abord, c’est la richesse du monde raconté et le potentiel émotionnel de l’oeuvre. L’expansion vers d’autres supports ne vient qu’ensuite". Pour Taiki Sakurai "l’enjeu ne consiste pas seulement à lancer de nouvelles opportunités commerciales, mais à développer de l’amour et de l’attachement autour d’un projet, de ses personnages et de ses idées. Et à partir de là, cela peut éventuellement déboucher sur des opportunités commerciales".
Autre règle de base, une adaptation ne doit jamais être une simple transposition. Tout en respectant l’ADN de l’œuvre originale il est indispensable de réinventer sa forme selon le média choisi, mais aussi identifier ce que ce nouveau support peut apporter de spécifique, en proposant une expérience véritablement nouvelle. "Le cinéma, la série, le jeu vidéo, le webtoon ou l’animation ne racontent pas de la même manière. Chaque média a son langage, ses contraintes et ses leviers émotionnels" explique Julien Fabre. Pour Taiki Sakurai "lorsqu’on adapte un manga en anime, les nouveaux éléments décisifs peuvent être les voix, la musique, le rythme, bref tout ce qui n’existait pas dans le support imprimé. Dans le cadre de l’adaptation d’une oeuvre vers le jeu vidéo, une différence majeure s’impose, à savoir la prise de contrôle du personnage revient désormais au public. Encore faut-il savoir l’exploiter au mieux".
L’AUTHENTICITÉ AU CENTRE DE TOUT
Autre condition sinae qua non, l’authenticité. Pour Sydney Bright, qui supervise les adaptations chez Wattpad Webtoon Studios, "le public perçoit très vite lorsqu’une adaptation n’est qu’un produit opportuniste ou une exploitation mécanique d’une franchise". Pour elle, l’authenticité doit être au centre de tout le processus comme le témoigne le succès de Lore Olympus webcomic crée par l'autrice néozélandaise Rachel Smythe, publié à partir de mars 2018 sur la plateforme Webtoon. "Tout est parti d’un projet personnel qui consistait au départ à créer un épisode par semaine. Il a fini par donner naissance à un webtoon qui compte aujourd’hui 1,8 milliard de vues dans le monde, a figuré trois fois parmi les best-sellers du New York Times et s’est classé dix fois dans le top 10 de la liste des best-sellers du New York Times. Le tome 10 vient tout juste de paraître ce mois-ci, sous forme de roman graphique, et nous avons annoncé en janvier que nous allions en produire une adaptation sous forme de série animée avec Amazon Prime". Mais pour Sydney Bright "Ce succès nous impose une responsabilité car les fans de Lore Olympus y sont profondément attachés et nous avons le devoir de préserver son authenticité dans notre adaptation".
L’un des apports spécifiques des plateformes numériques comme Webtoon ou Wattpad est la possibilité de lire en direct la réaction des communautés, ce qui permet de d’observer quels sont personnages secondaires qui passionnent les lecteurs, quelles scènes provoquent les plus fortes réactions et même quelles hypothèses ou attentes émergent dans les commentaires. Ces retours servent ensuite à nourrir les adaptations, sans pour autant reproduire servilement ce qui a été dit, mais en restant fidèle aux desiderata des fans qui jouent ainsi un rôle de plus en plus actif.
Reste que le contrôle des droits constitue un enjeu stratégique décisif Au-delà des questions créatives, Caroline Duvochel rappelle un point fondamental : une IP ne peut réellement circuler que si ses détenteurs contrôlent les droits. D’où l’importance de la réglementation française en la matière. "Elle permet aux producteurs de garder le contrôle sur le contenu de la propriété intellectuelle qu’ils créent" a rappelé la directrice de l’audiovisuel et de l’innovation du groupe. "Nous ne cédons pas tous les droits, comme c’est le cas dans de nombreuses régions du monde. Lorsque nous travaillons avec les chaînes de télévision, voire avec les plateformes de streaming, les accords proposés sont tous équilibrés. Cela nous permet ensuite de nous développer et de travailler sur le long terme. Ces aspects juridiques sont absolument essentiel".
Autre enseignement important de cette rencontre, le fait que le jeu vidéo devienne une source majeure d’adaptations même si certains résultats commerciaux n’ont pas été à la hauteur. Mais depuis quelques temps elles ont atteint un nouveau niveau de qualité et de maturité comme le prouve les exemples de Arcane, The Last of Us, ou encore Cyberpunk: Edgerunners. Parmi les raisons avancées figurent la richesse croissante des univers vidéoludiques et le fait que certains jeux possèdent déjà une solide structure narrative. Par ailleurs une meilleure compréhension mutuelle entre détenteurs de licence, studios d’animation et plateformes se fait jour. Taiki Sakurai a ainsi raconté, que sur une adaptation de jeu, il avait exigé que le studio d’animation joue d’abord au jeu original, afin de respecter réellement son univers. En parallèle, il fallait aussi faire comprendre au détenteur des droits qu’un studio d’animation n’est pas un simple exécutant, mais apporte un savoir-faire propre, indispensable à la réussite de l’adaptation.
RELANCER DES OEUVRES EXISTANTES
Dernier point fort, le cross-IP permet dans certains cas de relancer des oeuvres existantes. Dans le cas de contenus patrimoniaux ou classiques il est nécessaire de les recontextualiser pour le public d’aujourd’hui. Il ne s’agit en effet pas seulement de faire renaître une marque, mais de lui redonner du sens dans un nouvel environnement culturel et international. Et Caroline Duvochel de citer le cas du Marsupilami, dont il faut préserver l’ADN tout en le transformant pour une exposition plus large et plus internationale, ce qui passe par des campagnes spécifiques, de nouvelles approches visuelles portées par nouveaux talents et une attention fine à la réception du public.
Patrice Carré
© crédit photo : Patrice Carré
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