| ENQUÊTE
De Hollywood à Sunset Bld,
les cinémas mythiques de L.A.
La mégapole californienne
na pas usurpé son titre de capitale occidentale du
7e art. Grand consommateur de cinéma, le public de Los Angeles
(8,5 millions dhabitants, soit environ un tiers de la population
californienne totale) a, à sa disposition, un large éventail
de programmation. Un tiers des localités de Los Angeles et
sa région regroupent 78 sites, soit environ 800 écrans,
qui proposent du blockbuster, du film indépendant et des
rétrospectives comme nulle part ailleurs au monde. De mégaplexes
en salles uniques, Los Angeles offre toutes les possibilités
de lexploitation moderne. Sélection.
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- Egyptian Theater
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Egyptian Theater
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Cest un temple égyptien,
coincé entre un magasin de lingerie fine et lantenne
dune secte religieuse. En plein milieu de Hollywood Boulevard,
à quelques dizaines de mètres du Kodak Theatre, du
Chinese et dEl Capitan, lEgyptian Theatre joue la discrétion
dans un environnement dominé par les néons criards
et le mauvais goût ambiant. Un havre de paix au cur
de la folie consumériste californienne. Les cinéphiles
le savent bien et trouvent à lEgyptian, lieu privilégié
de lAmerican Cinematheque, de quoi satisfaire leur appétit
quand la quasi-totalité des cinémas de Los Angeles
se contentent de délivrer les produits hollywoodiens, en
soignant les emballages de pop-corn. Films indépendants en
première exclusivité, rétrospectives, hommages,
cérémonies, lEgyptian offre une programmation
étonnante et riche, créant à chaque fois lévénement.
À Los Angeles, cest à lEgyptian Theatre
et nulle part ailleurs que les films du documentariste Chris Marker
sont projetés (et font salle comble). Cest là
aussi que les meilleurs courts métrages projetés à
Clermont-Ferrand sont montrés. Cest là encore
que toutes les cinématographies mondiales ont droit de cité,
porte daccès unique à un univers hollywoodien
très hermétique. Dernièrement, lEgyptian
a été choisi comme point de ralliement pour le lancement
de lopération On Set with French Cinema, les leçons
de cinéma données par des réalisateurs français
(Patrice Leconte, Agnès Varda et Régis Wargnier) à
des étudiants des universités de Los Angeles. Un événement
initié par le ministère des Affaires étrangères,
soutenu par Unifrance, et grandement relayé par les services
audiovisuels de lambassade de France, via le consulat de Los
Angeles. Selon Mohamed Bendjebbour, attaché audiovisuel à
Los Angeles, son service se repose largement sur lEgyptian
Theatre pour la promotion des films contemporains car ils forment
une équipe formidable, de vrais amoureux du cinéma
; le lieu est magnifique, et les réalisateurs se sentent
en famille.
La programmation de lEgyptian est souvent considérée
comme un Cheval de Troie à Hollywood, sourit Dennis Bartok,
en charge de la programmation. Du fait de sa localisation au cur
du quartier historique dHollywood, mais aussi grâce
à tous les films que nous projetons, qui nont rien
à voir avec les films de studio. En même temps, lAmerican
Cinematheque travaille main dans la main avec les studios. Nous
ne pourrions pas organiser certains événements sans
le soutien dHollywood. Récemment, nous avons travaillé
avec 20th Century Fox, à loccasion de la sortie de
Master and Commander : The Far Side of The World, afin de proposer
une rétrospective des films de Peter Weir. Sans leur soutien,
cet événement aurait été difficilement
réalisable. Pour Dennis Bartok, lidée
est de tenter en permanence des choses nouvelles. Montrer
des films obscurs est une chose. Mais nous devons aussi créer
lévénement sur des films moins inaccessibles
et plus grand public. Fin décembre, lEgyptian
entame une rétrospective des Panthère rose et propose
la trilogie Apu de Satyajit Ray. Entre-temps, Tim Burton aura présenté
Big Fish et répondu aux questions des spectateurs, et Quentin
Tarantino aura fait pareil pour Kill Bill Volume 1. Un équilibre
idéal entre le cinéma dauteur à vocation
commerciale, et films dart et essai plus pointus. Il
ne faut pas oublier non plus que nombre de nos spectateurs sont
des gens de la profession, quils soient scénaristes,
acteurs, techniciens ou cadres dun studio. Nous devons leur
proposer une programmation la plus étendue qui soit.
Construit en 1922 par larchitecte Grauman (qui a également
érigé le Chinese Theatre sur le même boulevard,
cf. ci-contre), fermé en 1992, lEgyptian a été
rénové en 1998 pour 15 M$ et a fêté ses
80 ans cette année. La salle principale et ses 616 sièges
ont le même confort quune salle de multiplexe moderne.
La deuxième salle, la Steven Spielberg, compte 78 places
et rappelle les cinémas dart et essai français.
Financé en majorité par des fonds privés, lEgyptian
organise tous les ans une grande soirée de prestige afin
de lever des fonds, dans la grande tradition américaine du
sponsoring et des sphères dinfluence. La qualité
du conseil dadministration de lAmerican Cinematheque
(Chris McGurk, Sydney Pollack, David Geffen, Brian Grazer
)
peut ainsi se permettre dorganiser ces rendez-vous annuels
qui se déroulent au Beverly Hilton, lhôtel des
stars de Beverly Hills. Le prix des places pour la soirée
commence à 500 $ et na pas de limites. Cette année,
cest Nicole Kidman qui a été honorée
en novembre. La cérémonie a été retransmise
deux semaines plus tard sur la chaîne AMC. Les précédentes
stars à avoir reçu ce trophée de lAmerican
Cinematheque ont été Denzel Washington, Bruce Willis,
Arnold Schwarzenegger, Tom Cruise, Mel Gibson, Sean Connery ou encore
Martin Scorsese.
Dans lavenir, Dennis Bartok souhaiterait que lEgyptian
se renforce dans plusieurs domaines, avec la possibilité
de projeter des films récents sur une semaine entière.
Une opportunité quautorisera sûrement louverture,
en mars 2004, dune nouvelle salle estampillée American
Cinematheque à Santa Monica, dans louest de Los Angeles.
LAero Theatre, ancienne salle servant de lieu de détente
pour les ouvriers de larmement pendant la Seconde Guerre mondiale,
devrait reprendre 75% de la programmation de lEgyptian. Cest
Gwen Deglises, Française habitant Los Angeles, qui soccupera
de la programmation. Mais surtout, Dennis Bartok souhaite un renforcement
dans la distribution. Nous distribuons, de temps en temps,
des films introuvables aux États-Unis, via notre label Vitagraph
Films. Cette distribution est soit physique sous forme de copies,
soit en DVD. Une vraie alternative à la puissance hollywoodienne
Vincent
Le Leurch
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