Cinéma

Lumière MIFC 2020 - Quelles adaptations des soutiens du CNC pour le patrimoine ?

Date de publication : 15/10/2020 - 09:10

Pour clôturer les échanges de cette 2e journée du marché international du film classique était organisée une conversation sur les adaptations des dispositifs de soutien au patrimoine du CNC.

En introduction Benoît Danard, directeur des études, des statistiques et de la prospective du CNC, a présenté l’étude annuelle sur L’économie des films de patrimoine, étant pris ici en compte des films de plus de dix ans. Selon un sondage, 93% des spectateurs de cinéma visionnent des films de patrimoine (entendus ici comme sortis il y a plus de dix ans en salle), le premier moyen pour les regarder est en moyenne à 80% la télévision, suivi du DVD à 27%, la VàDA à 25%, (en hausse de 6%), la salle à 12%, la télévision payante à 16% et les cinémathèques à 7%.

Voir l’étude complète marché par marché des films de patrimoine.

Lors de cette présentation, le CNC a été interpellé sur le sujet de la définition d’un film de patrimoine, dix ans dans l’étude alors que comme l’a répété Laurent Cormier, directeur de la direction du patrimoine, les soutiens d’adressaient à des films de plus de 20 ans, sur de multiples critères pour couvrir le maximum de cas, des films historiques, qui ont marqué leur époque, leur histoire, etc. Dans le cadre de la revue générale des soutiens, se pose encore la question de poser une définition unique.

Le distributeur Jean-Fabrice Janaudy (Les Acacias) est estimé que l’enjeu des soutiens aujourd’hui portait surtout sur les autres typologies de films que ceux les plus connus. Des titres pour lesquels les distributeurs créent de la valeur artistique et commerciale, en revalorisant les œuvres.
Laurent Cormier a rappelé que le CNC avait lui-même un laboratoire pour les films hors marché, dont personne ne s’est occupé. Le CNC ayant une double approche économique, une à la fois pour films les plus connus et d’autres plus sélectifs pour les moins connus.

1200 films ont été restaurés et numérisés avec l’aide du CNC. Dont 861 longs métrages. Mais le Centre constate avec un peu d’inquiétude qu’il y a moins de documentaires qui sont présentés depuis trois ans, dont aucun cette année. Les films qui ont été restaurés sont principalement des titres des années 60 à 80, des années 30 à 40 et années 90. Mais sans oublier des œuvres de la fin du 19e siècle et du début 20e siècle.
Sur les genres, le Centre a une double approche. Des films bien vendus n’ont pas besoin de l’accompagnement du CNC, les ayants droit ne lui proposant d’ailleurs pas "en bonne intelligence". "On nous propose des films plus difficiles à restaurer ou des films plus de genre".

Vincent Florant, directeur du numérique au CNC, est revenu sur la revue générale des soutiens en cours, une exercice stratégique et non budgétaire, qui a pour but d’examiner si les modalités des objectifs des aides ont changé ou si les objectifs peuvent être modifiés. Le travail de de bilan se poursuit avant de mener des discussions avec les professionnels sans doute à partir du 2e trimestre 2021, pour présenter dans le courant du 2e semestre un ensemble de mesures. Sachant que le CNC a deux objectifs sur lesquels il porte une attention particulière : la défense de l’indépendance et l’accès des jeunes aux œuvres.

Sur la partie vidéo, le CNC veut l’aborder de manière transversale. Sur la vidéo physique, il constate l’importance du DVD de patrimoine, 2e moyen d’accès aux œuvres après la télévision gratuite et note une volonté de certains éditeurs de travailler sur des projets plus structurels pour toucher le consommateur en direct, via une plateforme, ou des actions de promotion partagés. « Or nous n’avons pas de dispositifs en face de ces initiatives. Ça peut être un sujet d’étude » a noté Vincent Florant. Tandis que sur la VàD, la question est d’avoir un bon catalogue mais aussi de le faire savoir pour toucher les abonnés potentiels via le marketing et l’expérience utilisateur.

Un sujet interroge le CNC, déjà évoqué le matin lors d’une précédente table ronde par Olivier Henrard, celui de la disponibilité des œuvres sur les plateformes. Si l’offre de patrimoine en DVD Blu ray est très riche (19000 références cinématographiques), est aussi très complète en TVOD, elle l’est beaucoup sur le streaming légal, la Vàda et le replay des télévisions payantes ne proposant qu’environ 3000 œuvres. Or comme l’a expliqué Vincent Florant, toute une génération va avoir ce réflexe du streaming légal. 80% de l’offre de patrimoine n’est pas disponible en vidéo à la demande par abonnement en France mais est disponible aux Etats-Unis, via Criterion ou HBO max par exemple.

Sabrina Joutard, co-secrétaire de Syndicat des catalogues de films de patrimoine (SCFP), et directrice adjointe catalogue Pathé, a rappelé que la baisse drastique des aides du CNC a mis les cataloguistes en difficulté. "Même les gros catalogues ont besoin d’aides or l’économie du patrimoine est fragile". Elle a aussi regretté qu’on oppose en la matière les médias, car l’offre de patrimoine marche parce selon des offres médias complémentaires. Dans ce marché en forte mutation, le syndicat est prêt à aider le CNC pour créer une offre digitale mais pour cela a besoin de son aide pour financer un certain nombre d’œuvres. Elle a cité en exemple la restauration par la Fondation Jérôme Seydoux- Pathé de La Roue d’Abel Gance, qui n’aurait pas été possible sans l’aide du CNC. Si le syndicat discute depuis deux ans de façon constructive avec le Centre a-t-elle ajouté, ses membres ont besoin d‘un calendrier pour après 2021.
Désormais financé depuis 2017 sur les ressources propres du CNC, l’aide à la restauration atteindra 2,8 M€ en 2021 puis la même somme les années suivantes, a répété Laurent Cormier après l’annonce d’Olivier Henrard sur cette pérennité après 2022.

Quant au nouveau dispositif Mécénat aussi déjà évoqué lors de la table ronde du matin, ralenti en raison crise, le CNC ne s’est pas fixé d’objectif, mais, interrogé, Laurent Cormier a toutefois lâché que  "2M€ serait formidable". Le centre discute aujourd’hui avec un potentiel mécène pour plusieurs films. Laurent Cormier est aussi revenu sur le 4e plan d’investissements d’avenir. Si le 3e plan, plus connu sous l’intitulé de Grand emprunt, existe jusqu’à fin 2021, il en a expliqué les freins pour le secteur, avec l’intervention de la CDC et un retour sur investissements trop élevé. Sur les 400M€ prévus dans le 4e plan, une part sera destinée pour le cinéma et l’audiovisuel. Et le CNC discute avec Bercy, et le ministère de la Culture afin qu’une part en subvention et pas seulement un retour sur investissements (comme sur le plan 3) soit accessible.

Un point important évoqué plus tard par Sabrina Joutard qui a plaidé pour un mécanisme simple et qui soit rapidement accessible après les longues négociations avec Bercy qui ont abouti au mécanisme précité qui n’a pas répondu au besoin du secteur. Et elle a parlé d’urgence "à prendre le sujet à bras le corps pour éviter que les catalogues y compris les gros ne partent pas à l’étranger". "Le besoin que nous avons pour numériser nos catalogues est immédiat, et non pas dans deux ans". Un délai dont a conscience le CNC, Laurent Cormier ayant précisé que le Centre comptait avancer différemment dans le cadre du 4e plan d’avenir.

Quant à l’enveloppe de 2,8M€ destinée à l’aide à la numérisation, il a répété qu’elle était financée désormais sur les ressources propres du Centre, et non plus sur la réserve numérique. Pour plaider pour obtenir plus de moyens, la représentante de Pathé a mis en avant que le patrimoine relève d’un thème en vogue dans ce Quinquennat, la préservation de la souveraineté culturelle.

Concernant le soutien automatique à la vidéo, Vincent Florant a dit qu’il a besoin d’être un peu adapté pour mieux correspondre aux attentes des éditeurs. Il en a profité pour rappeler les mesures d’urgences sur le soutien automatique prises avec la filière pendant la crise. Ces mesures consistent pour les éditions de films intervenues après le 1er février 2020 à rendre éligibles les dépenses de marketing pour mobiliser le soutien automatique et à une bonification du soutien sélectif à la vidéo pour édition, à hauteur 800000€.

Il a aussi rappelé qu’avec la transposition de la directive SMA encours, la part des films français et européens allait augmenter "significativement" sur les plateformes. Une évolution qui invite à réfléchir à des actions et initiatives communes.

Sarah Drouhaud
© crédit photo :


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