Télévision

Opposé à l'arrêt de France 4 en linéaire, Xavier Bertrand fait des propositions

Date de publication : 14/06/2019 - 13:43

Alors qu'un moratoire sur la suppression de la diffusion linéaire de la chaine jeunesse de France Télévisions est à l'étude, le président de la région Hauts de France, est favorable à son maintien. Après être intervenu sur ce sujet via une vidéo à Annecy, il détaille sa position et fait des propositions.

Vous êtes aux avant-postes sur le maintien de la chaîne France 4 en linéaire, pourquoi menez-vous ce combat ?
La fin d’une chaîne linéaire de service public pour l’enfance et la jeunesse, c’est une hérésie, c’est une faute. Qu’il faille une plateforme numérique en plus, oui, mais pas à la place. La notion de service public pour la jeunesse, c’est une évidence, je le dis depuis le début de cette réforme qui, je le pense relève de la part de l’État d’une décision purement comptable.
On peut raconter ce que l’on veut au secteur de l’animation du point de vue économique, il y aura forcément des conséquences négatives car moins de débouchés pour cette filière. L’arrêt de France 4 aura des conséquences sur l’emploi, affaiblira notre position en termes de "soft power". Je suis intimement convaincu que la France se tirerait une balle dans le pied.
Il faut donc revenir sur cette décision. Concernant l’équilibre économique, vous devez savoir que France Télévisions sollicite ma Région pour signer un contrat d’objectifs et de moyens pour France 3. Je suis prêt à le faire également pour France 4 si l’on maintient cette chaîne en linéaire.

On parle de pause, de moratoire sur cette interruption programmée. Qu’est-ce que cela vous évoque ?
Qu’ils ne sont pas préparés ! C’est une décision qui a été imposée par l’État, bricolée pour faire des économies. Bien sûr, il faut savoir compter quand on est responsable politique, public. Mais quand on ne raisonne aveuglément qu’en termes budgétaires, on ne fait que des conneries ! Monter une plateforme, cela demande du temps et de l’argent. Ce temps est l’occasion d’une nouvelle réflexion. La région Hauts-de-France est prête à participer à des discussions sérieuses pour le maintien de France 4 en linéaire et je suis certain que d’autres Régions peuvent s’impliquer, car principalement concernées par l’animation et les programmes jeunesse.

Votre opposition n’est pas que de principe, car vous proposez que votre région s’investisse concrètement aussi dans cette question, comment ? 
Il n’est pas question de rentrer dans la ligne éditoriale de France 4. Nous pouvons donc établir un contrat d’objectifs et de moyens avec, par exemple, des garanties que des productions réalisées dans nos régions respectives aient leur place sur France 4. Ces COM, nous en sommes familiers : nous en avons établi avec des télévisions locales pour des productions ou des documentaires. France Télévisions sait bien de quoi l’on parle, on nous sollicite aujourd’hui pour signer ce type d’accord avec France 3. Alors pourquoi pas avec France 4 ?

Ces choix budgétaires se feraient au détriment d’autres choses ?
Bien sûr que non ! J’estime que la place de la jeunesse sur le service public est fondamentale, à moi d’y consacrer des moyens. Ma région a fait le choix d’investir dans la culture, en augmentant de 2/3 son budget. Car c’est une priorité en ces temps de crise. Il ne s’agit pas de mettre quelques dizaines d’euros ni des dizaines de millions d’euros, Il y a évidemment un juste milieu. Je rappelle par exemple que la Région Hauts-de-France consacre chaque année plus de 3,5M€ à des COM avec des télévisions locales. Quand on calcule sérieusement combien la fin de France 4 en linéaire coûterait réellement, je demande à ce que ma proposition soit étudiée et pas balayée d’un revers de main.
La mobilisation pour éviter la fermeture de France 4 n’émane pas de moi. Mais je m’y associe pleinement. France Télévisions, les autres acteurs de la jeunesse, les producteurs d’animation, les régions concernées pourraient participer rapidement à une réunion dans un esprit constructif. Mettons tout le monde autour de la table et engageons un débat citoyen. D’ailleurs, j’ai été surpris de recevoir dès hier des messages de parents prêts à investir pour garder une chaîne de service public pour la jeunesse, proposant notamment de lancer une opération de crowd funding. N’oublions pas que le service public est déjà financé par la redevance, je ne sais pas quelle peut être la portée d’une telle idée, mais pour sauver France 4 tout doit être étudié.

Comment se présente la prochaine étape de votre bataille ?
Je vais mobiliser des parlementaires et des élus. Et comme je n’appartiens à aucun parti politique, je le ferai dans une logique non partisane. Mais encore une fois, ce n’est pas mon plan de bataille. Le secteur de l’animation a compris que malgré les engagements initiaux, France 5 notamment ne pourrait pas absorber tous les programmes de France 4. On leur a fait miroiter cela, c’est faux. De plus, la plateforme ne sera pas prête tout de suite. Il faudra également un vrai débat parlementaire, car ces décisions ne peuvent pas être prises par un simple décret. Enfin, Jean-Michel Blanquer a dit : "On pourrait parler du numérique à d’autres âges de la vie, mais de 0 à 6 ans ce n’est évidemment pas la solution". J’aimerais bien que le ministre de l’Éducation intervienne dans ce débat. Pour ma part, je souhaite m’y engager avec des propositions concrètes. Nous ne pouvons pas couper une génération d’enfants du service public ! Nombreux sont les acteurs dont je fais partie qui tendent la main à l’État pour définir un nouveau modèle, car nous croyons à l’avenir du service public. Je suis convaincu que la réduction des fractures sociales, numériques et culturelles est l’un de nos premiers défis.

Francois-Pier Pelinard-Lambert
© crédit photo : DR


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