
Annecy 2026 – L’opposition à l’IA échauffe les esprits
Date de publication : 26/06/2026 - 08:25
La projection lundi 22 juin à Bonlieu, en première mondiale, du court métrage Danse Macabre de Hisko Hulsing, coproduit en France par Autour de Minuit, a été perturbée par des spectateurs qui reprochaient au réalisateur et à la production d’avoir réalisé le film avec une IA, alors que l’usage d’un outil IA très spécifique n’a représenté que 5% du processus total de fabrication.
Présenté dans la compétition officielle des courts métrages d’Annecy, Danse macabre de Hisko Hulsing est le dernier film du programme numéro un. Originaire d’Amsterdam, le réalisateur est aussi animateur, compositeur, peintre et storyboarder. Ses films d’animation ont remporté de nombreuses récompenses, le Grand Prix du Ottawa International Animation Film Festival, ainsi que le Grand Prix du Shanghai Television Festival allant notamment à son film Junkyard. Et en 2020, sa série Undone "The Hospital" a reçu le prix du jury à Annecy. L’argument du film est le suivant : "Lors d'un voyage en train, Ariel et Paul s'amusent à dessiner leurs plus grandes peurs lorsque Gilda, une étrange passagère, s'invite dans leurs confidences. Son expérience de la peur ne semble néanmoins pas aussi innocente que leurs dessins. Ressuscitée par de sinistres muses, une armée surgit des ténèbres, faisant résonner les trompettes de la guerre…" Danse macabre a été produit par Valk Productions, Autour de Minuit en France, Vivi Film, Cinemon Entertainment et Arte France, avec la participation de la région Réunion et du CNC.
Mais alors que le reste de la projection du 22 juin s’était déroulé tout à fait normalement, "avant même que le film de Hisko Hulsing ne démarre, certains spectateurs ont commencé à partir de la salle tandis que d’autres poussaient des huées" rapporte le producteur Nicolas Schmerkin pour Autour de Minuit. Des faits confirmés par le journaliste Nicolas Thys qui travaille pour la revue québécoise 24 images et assistait à la séance. "A la fin du film une spectatrice qui était au fond de la salle, s’est emportée en hurlant" raconte ce dernier. "Elle reprochait avec virulence au festival d’avoir pris un film avec de l’IA, disant qu’il ne fallait jamais l’accepter car cela allait faire perdre du travail aux gens. Quelqu’un lui a dit que le film avait justement fait travailler beaucoup de monde, mais elle a répondu quelque chose comme 'on s’en fout, l’IA c’est de la merde', avant de sortir".
80 PERSONNES EN PROVENANCE DE QUATRE PAYS ONT TRAVAILLÉ SUR LE FILM
"Le jury était dans la salle. Ces gens qui crient dans le noir, qui ne viennent pas nous voir, qui nous refusent un droit de réponse ont tout simplement massacré le film" reprend Nicolas Schmerkin. "Il leur aurait suffi de regarder tout le générique pour voir toutes les personnes ayant travaillé dessus en animation 2D et 3D, en VFX. Il y a une armada d'animateurs. Donc venir nous reprocher qu’on leur pique du boulot c’est vraiment un comble. 80 personnes en provenance de quatre pays ont bossé pour un film de quatre minutes, dont une trentaine d’animateurs et d’animatrices. Nous avons employé plus de personnes que tous les autres courts du programme réunis".
Le fait est qu’aucune IA générative, n’a été utilisée pour créer des images sur Danse Macabre. Seule une toute partie du processus s’est faite sur le logiciel Stable Diffusion, outil qui utilise de l’IA, tout comme la plupart des logiciels 3D. "Nous avons entrainé la machine en vase clos en la nourrissant avec 75 tableaux peints à l’huile par Hisko Hulsing" explique le producteur. "Nous l’avons amenée à comprendre les coups de pinceau du réalisateur pour pouvoir appliquer le rendu de leur texture à nos animations 3D. Cela doit représenter à peine 5% d’un processus de fabrication qui a été particulièrement complexe et a nécessité énormément de travail en amont. Ce module IA a permis de traiter une partie très spécifique du pipeline qu'on ne pensait pas pouvoir faire autrement. Le réalisateur a voulu tester quelque chose de nouveau technologiquement. Cela a été hyper complexe à faire, c'était un vrai casse-tête. Donc dire qu’on a créé le film de toutes pièces avec de l'IA, est totalement mensonger".
Nicolas Schmerkin avait constaté le développement du climat d’hostilité dès le lancement du teaser, un peu avant le festival. "Il y a eu quatre millions de vues au total sur les différentes plateformes. Et rapidement nous avons commencé à avoir des commentaires qui disaient : c'est de l'IA. Le réalisateur s'est mis à discuter un peu sur Reddit avec ceux qui étaient à la fois les plus virulents et les moins informés. Mais c’est impossible de répondre à tout le monde".
"Cela fait 25 ans que nous faisons de la création et de l'innovation à Autour de Minuit" poursuit le producteur. "Ce projet a été aidé par l'aide aux techniques d'animation du CNC. Nous avons présenté le pipeline de façon claire et transparente et ils nous ont soutenus à l'unanimité en trouvant que c'était innovant comme démarche. C’est normal que les gens aient peur et nous même avons beaucoup de craintes pour l’avenir. Mais je n’admets pas qu’un court de quatre minutes devienne un bouc émissaire et cristallise des peurs, qui sont certes légitimes. Car il ne faut pas se tromper de combat. Ces cris dans le noir à mauvais escient ont réduit au silence le propos du film qui est la montée du fascisme. C’est contre-productif et grave".
MARCEL JEAN DÉPLORE UNE CHASSE AUX SORCIÈRES
Informé de ces incidents, le délégué artistique du festival Marcel Jean a rédigé une déclaration.
"Je déplore les manifestations qui ont suivi la projection du court-métrage Danse macabre, réalisé par le réputé cinéaste néerlandais Hisko Hulsing.
Autant je comprends les craintes suscitées par l’éventuelle utilisation de l’intelligence artificielle au sein de l’industrie ainsi que les inquiétudes relatives à la propriété intellectuelle ou à l’emploi, autant je ne peux souscrire à une chasse aux sorcières visant le travail des artistes qui explorent les possibilités de ces nouveaux outils avec transparence.
Hisko Hulsing a remporté le grand prix au Festival international du film d’animation d’Ottawa (OIAF) en 2014 avec Junkyard. Il a conçu la direction artistique et réalisé la série Undone (2019), créée par Kate Purdy et Raphael Bob-Waksberg, primée à Annecy en 2020. Il a aussi signé les séquences animées du long métrage The Last Hijack, réalisé par Tommy Palotta en projeté en compétition à Annecy en 2014.
Qu’un artiste présentant une telle feuille de route et ayant une telle légitimité soit pris pour cible alors que son travail pose avec honnêteté des questions sur la manière dont les outils peuvent être utilisés pour régler certains problèmes techniques me parait totalement injustifié.
L’IA existe, elle affecte tous les domaines de nos vies et elle ne disparaitra pas demain. S’enfouir la tête dans le sable ne règlera pas le problème. Nous avons, collectivement, la responsabilité d’être attentifs à ce qui se passe, de réfléchir et d’expérimenter pour arriver à en baliser les usages."
Mais alors que le reste de la projection du 22 juin s’était déroulé tout à fait normalement, "avant même que le film de Hisko Hulsing ne démarre, certains spectateurs ont commencé à partir de la salle tandis que d’autres poussaient des huées" rapporte le producteur Nicolas Schmerkin pour Autour de Minuit. Des faits confirmés par le journaliste Nicolas Thys qui travaille pour la revue québécoise 24 images et assistait à la séance. "A la fin du film une spectatrice qui était au fond de la salle, s’est emportée en hurlant" raconte ce dernier. "Elle reprochait avec virulence au festival d’avoir pris un film avec de l’IA, disant qu’il ne fallait jamais l’accepter car cela allait faire perdre du travail aux gens. Quelqu’un lui a dit que le film avait justement fait travailler beaucoup de monde, mais elle a répondu quelque chose comme 'on s’en fout, l’IA c’est de la merde', avant de sortir".
80 PERSONNES EN PROVENANCE DE QUATRE PAYS ONT TRAVAILLÉ SUR LE FILM
"Le jury était dans la salle. Ces gens qui crient dans le noir, qui ne viennent pas nous voir, qui nous refusent un droit de réponse ont tout simplement massacré le film" reprend Nicolas Schmerkin. "Il leur aurait suffi de regarder tout le générique pour voir toutes les personnes ayant travaillé dessus en animation 2D et 3D, en VFX. Il y a une armada d'animateurs. Donc venir nous reprocher qu’on leur pique du boulot c’est vraiment un comble. 80 personnes en provenance de quatre pays ont bossé pour un film de quatre minutes, dont une trentaine d’animateurs et d’animatrices. Nous avons employé plus de personnes que tous les autres courts du programme réunis".
Le fait est qu’aucune IA générative, n’a été utilisée pour créer des images sur Danse Macabre. Seule une toute partie du processus s’est faite sur le logiciel Stable Diffusion, outil qui utilise de l’IA, tout comme la plupart des logiciels 3D. "Nous avons entrainé la machine en vase clos en la nourrissant avec 75 tableaux peints à l’huile par Hisko Hulsing" explique le producteur. "Nous l’avons amenée à comprendre les coups de pinceau du réalisateur pour pouvoir appliquer le rendu de leur texture à nos animations 3D. Cela doit représenter à peine 5% d’un processus de fabrication qui a été particulièrement complexe et a nécessité énormément de travail en amont. Ce module IA a permis de traiter une partie très spécifique du pipeline qu'on ne pensait pas pouvoir faire autrement. Le réalisateur a voulu tester quelque chose de nouveau technologiquement. Cela a été hyper complexe à faire, c'était un vrai casse-tête. Donc dire qu’on a créé le film de toutes pièces avec de l'IA, est totalement mensonger".
Nicolas Schmerkin avait constaté le développement du climat d’hostilité dès le lancement du teaser, un peu avant le festival. "Il y a eu quatre millions de vues au total sur les différentes plateformes. Et rapidement nous avons commencé à avoir des commentaires qui disaient : c'est de l'IA. Le réalisateur s'est mis à discuter un peu sur Reddit avec ceux qui étaient à la fois les plus virulents et les moins informés. Mais c’est impossible de répondre à tout le monde".
"Cela fait 25 ans que nous faisons de la création et de l'innovation à Autour de Minuit" poursuit le producteur. "Ce projet a été aidé par l'aide aux techniques d'animation du CNC. Nous avons présenté le pipeline de façon claire et transparente et ils nous ont soutenus à l'unanimité en trouvant que c'était innovant comme démarche. C’est normal que les gens aient peur et nous même avons beaucoup de craintes pour l’avenir. Mais je n’admets pas qu’un court de quatre minutes devienne un bouc émissaire et cristallise des peurs, qui sont certes légitimes. Car il ne faut pas se tromper de combat. Ces cris dans le noir à mauvais escient ont réduit au silence le propos du film qui est la montée du fascisme. C’est contre-productif et grave".
MARCEL JEAN DÉPLORE UNE CHASSE AUX SORCIÈRES
Informé de ces incidents, le délégué artistique du festival Marcel Jean a rédigé une déclaration.
"Je déplore les manifestations qui ont suivi la projection du court-métrage Danse macabre, réalisé par le réputé cinéaste néerlandais Hisko Hulsing.
Autant je comprends les craintes suscitées par l’éventuelle utilisation de l’intelligence artificielle au sein de l’industrie ainsi que les inquiétudes relatives à la propriété intellectuelle ou à l’emploi, autant je ne peux souscrire à une chasse aux sorcières visant le travail des artistes qui explorent les possibilités de ces nouveaux outils avec transparence.
Hisko Hulsing a remporté le grand prix au Festival international du film d’animation d’Ottawa (OIAF) en 2014 avec Junkyard. Il a conçu la direction artistique et réalisé la série Undone (2019), créée par Kate Purdy et Raphael Bob-Waksberg, primée à Annecy en 2020. Il a aussi signé les séquences animées du long métrage The Last Hijack, réalisé par Tommy Palotta en projeté en compétition à Annecy en 2014.
Qu’un artiste présentant une telle feuille de route et ayant une telle légitimité soit pris pour cible alors que son travail pose avec honnêteté des questions sur la manière dont les outils peuvent être utilisés pour régler certains problèmes techniques me parait totalement injustifié.
L’IA existe, elle affecte tous les domaines de nos vies et elle ne disparaitra pas demain. S’enfouir la tête dans le sable ne règlera pas le problème. Nous avons, collectivement, la responsabilité d’être attentifs à ce qui se passe, de réfléchir et d’expérimenter pour arriver à en baliser les usages."
L’ASSOCIATION LES INTERVALLES PRÉCISE SA POSITION
Interrogée par le Film Français, l’association Les Intervalles qui avait publié le 12 une tribune appelant la festival "à clairement se positionner sur l’IA générative, dans nos métiers et au-delà" a démenti être à l’origine de l’incident, Paps Lefranc nous répondant par écrit.
"Nous avons entendu la rumeur selon laquelle nous serions responsable des réactions négatives du public à la fin de la projection de Danse Macabre.
Nous avions un membre sur place présent, en tant que spectateur lambda du festival, mais ne sommes en aucun cas responsables de la réaction du public, qui a librement exprimé son avis quant à l'utilisation de l'IA générative dans le film. Nous avons même appris l'existence de celui-ci après sa projection, par le membre de l'association qui était sur place pour voir l'ensemble des courts-métrages de la sélection et qui nous a rapporté les réactions spontanées du public.
Notre association n'organise pas de happenings ou d'actions de ce genre. Ce ne sont pas dans nos manières de lutter pour les droits des travailleureuses du film d'animation et nous n'en aurions de toute façon pas les moyens humains".
Interrogée par le Film Français, l’association Les Intervalles qui avait publié le 12 une tribune appelant la festival "à clairement se positionner sur l’IA générative, dans nos métiers et au-delà" a démenti être à l’origine de l’incident, Paps Lefranc nous répondant par écrit.
"Nous avons entendu la rumeur selon laquelle nous serions responsable des réactions négatives du public à la fin de la projection de Danse Macabre.
Nous avions un membre sur place présent, en tant que spectateur lambda du festival, mais ne sommes en aucun cas responsables de la réaction du public, qui a librement exprimé son avis quant à l'utilisation de l'IA générative dans le film. Nous avons même appris l'existence de celui-ci après sa projection, par le membre de l'association qui était sur place pour voir l'ensemble des courts-métrages de la sélection et qui nous a rapporté les réactions spontanées du public.
Notre association n'organise pas de happenings ou d'actions de ce genre. Ce ne sont pas dans nos manières de lutter pour les droits des travailleureuses du film d'animation et nous n'en aurions de toute façon pas les moyens humains".
Patrice Carré
© crédit photo :
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