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PORTRAIT
DU FILM FRANCAIS
Michael Haneke
Réalisateur Le temps du loup
Après avoir triomphé sur la Croisette
avec La pianiste, le réalisateur autrichien Michael Haneke
est de retour pour présenter hors compétition son
nouveau film, Le temps du loup, dans lequel il dirige à nouveau
Isabelle Huppert, mais aussi le président du jury, Patrice
Chéreau.
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Vous revenez à Cannes avec un film au titre
énigmatique Le temps du loup. Quelle en est la signification
?
Il est tiré du plus ancien poème allemand, le
Codex Regius, qui date du XIIe siècle. Une des parties de
ce texte intitulé Le chant de la voyante décrit le
crépuscule des dieux et la période qui le précède
qui est aussi appelée le temps du loup. Cest un titre
très poétique.
Vous avez pourtant hésité à le garder...
Je craignais quil soit trop puissant. Jai pensé
à Une histoire denfants qui aurait été
un titre bien adapté au récit. De toute manière,
choisir un titre est toujours la chose la plus difficile pour moi,
jhésite jusquau dernier moment avant de revenir
parfois à ma première idée comme ce fut le
cas ici.
Comment définiriez-vous votre film ?
Ce nest pas à moi de le faire. Tous mes films
sont faits pour poser des questions, je ne peux pas en donner un
mode demploi sans risquer daller à lencontre
de leur raison dêtre. Je serais alors contre-productif.
Le temps du loup pourrait sapparenter à un film-catastrophe
débarrassé des clichés inhérents à
ce genre...
Pourquoi pas. Le film-catastrophe se caractérise par
une exagération de la catastrophe elle-même qui est
toujours très spectaculaire, et par conséquent irréelle,
alors que moi jai voulu rendre la situation identifiable pour
des gens qui vivent dans une société industrielle.
Jai évité de définir la catastrophe,
qui peut être nimporte quoi. La question du film était
surtout de savoir ce quon ferait dans un contexte où
les réflexes habituels de la vie quotidienne nont plus
cours, où lélectricité ne sort plus des
prises, tout comme leau ne coule plus du robinet.
Vous avez aussi pris soin de ne pas situer clairement laction
du film dans un pays
Cest encore par souci de renforcer lidentification
des spectateurs aux personnages. Je me souviens quune journaliste
mavait demandé à Cannes après avoir vu
mon premier film Le septième continent si la
vie en Autriche était aussi terrible que je la décrivais.
Depuis, jai toujours essayé de ne pas inscrire mes
films dans des lieux géographiques précis. Ils doivent
pouvoir être compréhensibles partout où ils
sont vus.
Si Isabelle Huppert est en haut de laffiche, les héros
du film sont plutôt les trois enfants interprétés
par Lucas Biscombe, Anaïs Demoustier et Hakim Taleb...
Oui.
Les enfants et les adolescents ont souvent été
le pivot central de vos films...
Si on parle de la violence de la société, il
est impossible de ne pas évoquer son impact sur les enfants
qui sont les êtres les plus vulnérables. Et puis, jaime
bien travailler avec des enfants car ils sont géniaux quand
ils ont du talent.
Comment sest déroulé leur casting ?
Cest Kris Portier de Bellair qui sen est chargé.
Après en avoir vu des centaines, elle ma montré
les essais de ceux quelle jugeait les meilleurs. Jai
rencontré ceux qui me semblaient être les plus intéressants.
Cest avant tout une question de chance. À la différence
dun adulte, vous pouvez chercher plusieurs mois avant de trouver
un enfant qui conviendra au rôle.
Vous dirigez aussi Patrice Chéreau qui est président
du jury de Cannes. Est-ce facile pour vous de travailler avec un
metteur en scène reconnu ?
Ce fut très agréable. Javais déjà
eu loccasion de diriger des réalisateurs en Autriche.
Sur un plateau, ils sont les plus disciplinés car ils savent
de quoi il retourne.
Le temps du loup est un projet ancien...
Jai écrit le scénario voici huit ou neuf
ans. Jai voulu le réaliser avant Code inconnu. Isabelle
Huppert était déjà attachée au projet,
mais nous navons pas trouvé largent nécessaire.
Le succès de La pianiste nous a permis de le faire enfin
aboutir. Et lactualité perverse du 11 septembre a transformé
ce film futuriste en film contemporain.
Vous travaillez déjà sur un nouveau film
Il sintitule pour le moment Caché. Cest
un film qui traite de la culpabilité comme tous mes autres
films. Il est produit par Alain Sarde. Les interprètes principaux
sont Juliette Binoche et Daniel Auteuil.
Il sagira de votre quatrième film français
après Code inconnu, La pianiste et Le temps du loup. Pourquoi
avoir choisi la France comme partenaire financier ?
Il est plus facile de trouver de largent en France où
il existe une tradition cinématographique unique en Europe.
Aucun autre pays possède un cinéma aussi fort. Le
cinéma européen ma toujours plus intéressé
que le cinéma américain.
Diriger un film dans une langue qui nest pas la sienne
doit être difficile ?
Bien sûr. Quand je travaille avec un acteur germanophone,
jentends le moindre défaut. En revanche, quand je ne
travaille pas dans ma langue maternelle, je dois faire preuve dune
plus grande concentration. De plus, je ne connais pas toutes les
expressions techniques employées sur un plateau. Mais cest
une expérience très intéressante.
Vos deux précédents films étaient produits
par Marin Karmitz qui nest pas tendre avec vous dans son livre
Profession producteur. Il écrit : Je naurais
pas souhaité laisser tomber Michael Haneke après léchec
de Code inconnu, mais je suis fort heureux de labandonner
après le succès de La pianiste
Marin Karmitz est très intelligent et fait un travail
important tant en production quen distribution et en exploitation.
Mais il veut que tout se fasse selon sa volonté, et moi selon
la mienne, cela ne peut donc pas fonctionner entre nous. Il est
un peu le roi de son cinéma et moi le roi du mien.
En tant que cinéaste travaillant en dehors de ses frontières,
quel regard portez-vous sur le cinéma autrichien ?
Il existe de nombreux talents. Dailleurs, je crois que
cinq films, courts et longs métrages, sont présentés
cette année dans les différentes sélections
cannoises, ce qui est plutôt encourageant à léchelle
de la production autrichienne. Au cours des derniers mois, il y
a aussi eu plusieurs films très intéressants, je pense
notamment à Dogdays qui est un film très puissant.
Après le succès de La pianiste, vous êtes
devenu en quelque sorte le représentant du cinéma
autrichien. Nest-ce pas une charge trop lourde ?
Je représente peut-être pour vous le cinéma
autrichien sur la scène internationale, mais croyez-moi beaucoup
de gens me détestent en Autriche et ne me reconnaissent pas
une telle importance.
Vous allez monter une nouvelle fois les marches ce soir. Quel
est votre état desprit ?
Je me sens très à laise à Cannes
où tous mes films ont été présentés.
Je suis heureux que Le temps du loup soit en sélection officielle.
Il nest pas en compétition en raison de la présidence
de Patrice Chéreau, mais je ne vais pas me plaindre.
Propos recueillis par Anthony Bobeau
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