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Cinéma

Congrès FNCF 2026 – Rafaël Maestro : "De nombreux exploitants nous font part de difficultés d’accès aux films"

Date de publication : 21/09/2026 - 10:20

Alors que s’ouvre, ce lundi 21 septembre à Deauville, le 81e Congrès de la FNCF, le président de la commission de branche de la petite exploitation de la fédération s’exprime sur les grands dossiers du moment : reprise de la fréquentation, tensions autour de l’accès aux films, conséquences de la réforme du classement art et essai, déploiement du grand plan en faveur de l’éducation au cinéma…

Où la petite exploitation se situe-elle par rapport aux chiffres de la fréquentation nationale, en hausse de 28,5% entre les huit premiers mois de 2025 et de 2026 selon les estimations du CNC ?
Réjouissons-nous déjà de l’offre de films actuelle en termes de qualité, de diversité et de densité. Je note que la concentration des entrées sur les titres commerciaux est propice aux grands établissements : +23% pour les cinémas de notre branche, contre +31% pour la grande exploitation. Mais rappelons-nous que ces évolutions sont calculées par rapport à l’année 2025, désastreuse pour le cinéma en salle. Si l’on compare les chiffres de cette année à l’exercice 2024, nous en sommes au même point. Et, par rapport aux années pré-Covid, le marché est toujours baissier. Bien que deux tiers de nos concitoyens fréquentent nos salles, le travail est considérable pour aller chercher le tiers restant. C’est un réservoir que nous n’osons pas toujours voir. Il apparaît également évident que les films ne sont pas forcément toujours représentatifs de la diversité de notre société. Mais ne boudons pas notre plaisir, ces résultats sont la preuve de l’attachement des français pour la salle de cinéma.

Le dernier Congrès de la FNCF avait été l’occasion pour le CNC d’annoncer, à la suite de la chute de la fréquentation, plusieurs mesures d’urgence en faveur des salles, pour plusieurs d’entre elles fléchées directement vers la petite exploitation. Un an plus tard, ces mesures ont-elles porté leurs fruits à l’échelle de la branche ?
L’état économique des salles était très préoccupant l’année dernière, y compris pour la petite exploitation. Pour rappel, si un tiers de nos établissements est en régie publique, près de 1 000 sont de droit privé (association, société…), donc soumis aux aléas d’une entreprise. Avec la FNCF, nous avons accompagné nos collègues vers les bons interlocuteurs, notamment le CNC, qui avait pris la mesure du danger. Très peu de cinémas ont, au final, baissé le rideau. Cette résilience est à mettre au crédit d’une filière unie, solidaire, et d’un CNC très réactif. Cela prouve également que le seul indicateur des entrées en salle, qui nous sert de baromètre, n’est pas le plus pertinent pour évaluer nos difficultés économiques.

Les tensions autour de l’accès aux films – avec les distributeurs, mais aussi et surtout les autres branches de l’exploitation – semblent être un sujet de préoccupation majeur pour la petite exploitation. Quelle est aujourd’hui la situation ?
De nombreux exploitants nous font part des difficultés d’accès à certains films qu’ils obtenaient jusqu’alors naturellement. La période post-Covid a été marquée par l’amélioration de l’accès aux films, obtenus une à deux semaines plus tôt qu’à l’époque des VPF. Aujourd’hui, la modification des plans de sorties par certains distributeurs – sans explications ni pédagogie – et les injections de pleins programmes fragilisent et déséquilibrent nos programmations. Ces pratiques injustifiées sont au cœur de toutes nos réunions. L’accès aux films est la mère de toutes les batailles. Priver des cinémas d’un accès rapide aux films, c’est les condamner à terme.

L’injonction prononcée par la médiatrice du cinéma à l’égard de Megarama a-t-elle été bénéfique sur ce cas spécifique et, plus largement, vis-à-vis de vos rapports avec la grande exploitation et les distributeurs ?
Le témoignage récent d’une des exploitantes citées dans cette affaire nous interpelle : elle a toujours beaucoup de difficultés pour accéder à certains films, alors même que son prix moyen est relativement proche de celui de ses concurrents, parmi lesquels figure l’enseigne qui a reçu cette injonction. Certaines pratiques ont la vie dure… Cela a néanmoins prouvé que ces pratiques, souvent dénoncées mais jusqu’à présent jamais reconnues, existent bien. La saisine, exceptionnelle, de la Médiatrice du cinéma par le président du CNC, acte la gravité de cette situation. Notre branche a rencontré Laurence Franceschini en juin lors d’une réunion constructive. Nous sommes dans un marché de l’offre, régulé, et nous souhaitons ne pas subir de pressions ni de demandes de programmation qui iraient à l’encontre de nos modèles économiques et de l’exploitation en général

Dans ce contexte, comment jugez-vous le travail effectué par le comité de concertation distributeurs-exploitants du CNC, qui a publié trois recommandations depuis sa création, dont l’une porte justement sur les bonnes pratiques de diffusion des films en salle ?
Les recommandations permettent d’objectiver des pratiques, nous ne pouvons que nous en réjouir. Qu’il existe un lieu de dialogue entre distributeurs et exploitants est plus que nécessaire. En revanche, nous avons toujours regretté que notre collègue Christine Bentabet, qui fait un formidable travail dans sa salle et officie en qualité de rapporteure de notre branche, soit la seule représentante de la petite exploitation – qui, je le rappelle, regroupe 75% des cinémas français – au sein de ce comité. Nous sommes à nouveau en contact avec le CNC afin de mettre en place une expérimentation sur l’accès aux films, dans une version retravaillée. Pour rappel, nous souhaitons proposer aux distributeurs de programmer leurs films davantage dans la durée, mais de manière plus souple qu’actuellement, en prenant en compte nos situations (ressources humaines, connaissance de notre public et de notre territoire). Bien que cette expérimentation n’ait pas pu aboutir l’an dernier, nous sommes convaincus que nos propositions, concrètes et innovantes, peuvent faire évoluer notre secteur.

La petite exploitation avait exprimé des inquiétudes à l’égard de la réforme du classement art et essai durant le dernier Congrès. Alors que sa seconde phase est pleinement opérationnelle depuis cette année, quel regard portez-vous finalement sur cette réforme ?
Le premier enseignement, c’est l’augmentation du nombre d’établissements classés (+40), qui représentent désormais, au total, près des deux tiers des cinémas français. Cela montre que la diversité des œuvres est un des éléments de l’attractivité des salles. La réforme a largement récompensé les établissements les plus importants et les plus exigeants dans leur programmation, au détriment des salles plus généralistes (essentiellement les plus petites). Pour rappel, 109 cinémas (8% du parc français) se partagent 38 % de l’enveloppe (7,5 M€). En revanche, pour les salles recevant une prime "moyenne" (entre 5 000 € et 17 500 €), 440 établissements voient leur prime baisser contre 220 qui la voient augmenter. Ces évolutions sont amplifiées par l’écrêtement budgétaire, considérable, de 8%. On peut noter, par ailleurs, que les circuits font de plus en plus de demandes de classement. Dans ce contexte, l’Afcae joue un rôle capital pour les cinémas. Son travail via les groupes de soutien, et celui des associations territoriales, est primordial.
 
Un ambitieux plan autour de l’éducation à l’image a été annoncé en novembre dernier par les ministères de l’Education nationale et de la Culture. Etes-vous satisfait des grandes lignes de ce plan et de la mise en place de ses premières mesures ?
L’intervention d’Edouard Geffray l’année dernière au Congrès avait marqué les esprits. Avec son arrivée au poste de ministre de l’Education nationale, et un président du CNC particulièrement offensif sur ces sujets cruciaux, il est clair que les planètes se sont alignées. Mais le temps presse ! Les financements promis tardent à arriver auprès des coordinations pour Ma classe au cinéma. Et si Maternelle au cinéma et Ecole et cinéma connaissent de bonnes participations, le bât blesse sur le second degré, notamment Collège au cinéma. Les raisons sont multiples : démotivation des enseignants, carence actuelle des offres de formation, difficultés autour du Pass culture, contraction des budgets des conseils départementaux… Cette rentrée scolaire ne sera certainement pas celle du sursaut. Or, encore une fois, le temps presse. Le renouvellement du public demeure en effet un enjeu crucial pour l’exploitation. On peut tout de même saluer les annonces et appels à projets du CNC en la matière, dont les très nombreuses initiatives territoriales attendent les moyens nécessaires à leur mise en œuvre. N’oublions pas, aussi, les besoins de formation des exploitants eux-mêmes. Une politique éducative ne se résume pas à une jolie plaquette ou à une programmation alléchante. L’action culturelle, cela s’apprend, et il existe partout sur le territoire des structures (associations territoriales, syndicats, pôles d’éducation…) qui ne demandent qu’à nous accompagner.

Propos recueillis par Kevin Bertrand
© crédit photo : DR


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