Cinéma

Congrès FNCF 2026 – Victor Hadida (FNEF) : "Je crois à une nouvelle alliance entre exploitation et distribution"

Date de publication : 24/09/2026 - 08:15

Alors que s’ouvre, en conclusion du 81e Congrès de la FNCF, la Journée des éditeurs de films, coorganisée par la FNEF, le président de cette dernière revient notamment sur les enjeux d’apaisement entre les secteurs, évoqués tout au long de la manifestation, ainsi que sur les annonces du Sommet Lumière, auquel il participait en début de mois.

Les échanges de la table-ronde de ce 81e Congrès ont abordé la question des tensions entre secteurs et prôné la création d'une "nouvelle alliance" entre exploitants et distributeurs, pensez-vous cela possible ?
Oui, je suis optimiste. Structurellement, notre dialogue ne s’interrompt jamais, ne serait-ce que parce qu’il perdure tous les lundis entre distributeurs et exploitants. Ce dialogue continu se nourrit également de notre responsabilité commune sur les sujets de société (place du cinéma dans le lien social, éducation à l’image et autres enjeux culturels …) et au fil de l’actualité.

La table ronde de cette matinée a montré, sur le fond, la capacité du secteur à s’écouter et se respecter, dans nos contraintes réciproques et même si les positions semblent très éloignées. Les intérêts peuvent sembler contradictoires mais en fait ils sont tellement liés et interdépendants que ce n’est qu’une fausse idée. Donc, oui, je crois à une nouvelle alliance qui sera le fruit de nos échanges structurants et de notre interdépendance au sein d’une filière qui ne peut exister que collectivement.

Je préfèrerai toujours une discussion même animée entre programmateurs de la distribution et de l’exploitation, à la résultante algorithmique de la connexion entre deux serveurs dans un data center éloigné de nos préoccupations. Nous défendons des œuvres de l’esprit et donc avec toute la passion et les émotions qui nous animent et qui sont au cœur de ces créations.

Cette nouvelle Journée des éditeurs de films, que vous coorganisez avec la FNCF, vient conclure un été record pour la fréquentation en salle, l’offre qui s’annonce, présentée aujourd’hui, pourra-t-elle prolonger cette tendance ?
Nous l’espérons bien évidemment. Nous avons pu découvrir ainsi les line up d’une trentaine de distributeurs et le programme proposé est très alléchant. La fin d’année me semble très prometteuse et nous espérons bien dépasser le seuil de 190 millions d’entrées. Pour 2027, l’offre française est de très bon niveau comme celle des studios qui devront rivaliser avec leurs résultats exceptionnels depuis avril 2026. Nous voyons également se dessiner déjà de très belles propositions de blockbusters pour 2028.

Où en êtes-vous des réflexions, avec vos partenaires, pour éventuellement transformer ce rendez-vous ?
Chaque nouvelle édition apporte son lot d’ajustements au dispositif de cette journée. Dans la période récente, nous avons modifié les règles de prise de parole sur scène pour tenir compte du grand nombre d’éditeurs-distributeurs souhaitant participer et rester, dans un exercice ouvert à tous mais n’excédant pas une journée - comme nous le demande la FNCF.

Cette année, il y a un changement plus visible encore car la présentation est assurée pour la première fois par la journaliste Genie Godula, dont on connait le travail de qualité sur la présentation de nombre d’avant-premières. Genie s’inscrit naturellement dans les pas de Didier Allouch que je salue amicalement. Nous savons tous combien sa contribution à cette Journée reste marquante.

Le Sommet Lumière, auquel vous avez participé voilà deux semaines, a placé la transformation numérique et l’avenir des industries culturelles au cœur des discussions. Qu’avez-vous retenu des échanges du sommet sur le sujet du partage de la data spectateurs, une problématique que la FNEF considère unanimement comme une "urgence" ?
A mon sens, le Sommet Lumière a réussi à illustrer la force de l’imagine animée dans nos vies et a incarner également les grands principes qui nous guident : la liberté de créer, de produire les œuvres, de les diffuser, les faire circuler et de les exposer. Indéniablement, il a démontré la pertinence de notre écosystème français et fédéré des énergies autour de quelques grands axes.

Le Sommet a abordé des sujets majeurs comme l’IA ou l’éducation à l’image et plus succinctement l’enjeu de la data. Nous avons en France un retard certain à rattraper en la matière. Le président du CNC, Gaëtan Bruel, a pleinement saisi l’enjeu. Nous comptons sur son engagement pour faire progresser ce sujet de la data en bonne intelligence avec nos amis exploitants, au bénéfice de toute la filière.

Comme vous le rappelez, nous pensons qu’il y a urgence à doter notre filière cinématographique des moyens de toucher le public avec des outils comparables aux autres médias et aux autres industries. Dans le monde numérique qui est devenu le nôtre, c’est un tournant qui doit être pris sans plus tarder. Prenons l’exemple du rebond de fréquentation de cet été : 20 millions de spectateurs dont une bonne part d’occasionnels sont venus au cinéma en août. Quels moyens avons-nous en tant que distributeurs de les attirer à nouveau en salle avec d’autres propositions ? N’est-ce pas un enjeu clé alors que la concurrence entre les loisirs et la bataille de l’attention font rage ?

Alors que cet évènement doit aussi déboucher sur une coopération internationale accrue, avez-vous identifié, au Sommet, des pistes de coopération permettant de mieux promouvoir les films français et européens ?
Faire émerger une vision commune et une collaboration internationale est très important et je me félicite que la France en ait pris l’initiative. Ainsi, le dispositif Iris de soutien à la distribution et a l’exploitation indépendante me semble intéressant : il pourrait notamment aider à sécuriser des perspectives pour les films français et européens souhaitant mieux s’exporter.

Il y a également la création de ce fonds destiné à financer la création, la diffusion et les entreprises du secteur audiovisuel, d’un montant de 500M€ sur 5 ans, qui sera géré par la BPI, en miroir de efforts financiers équivalents de la Corée du Sud. Je forme le souhait que la distribution puisse en être l’un des bénéficiaires clés.

Un autre volet à ne pas négliger est la défense de nos œuvres contre le piratage et la perspective de voir une coalition internationale des autorités indépendantes collaborer pour cette défense est prometteur et encourageant.

Diffuser le savoir par l’éducation à l’image est aussi le moteur de notre croissance future par le renouvellement des publics et des talents… Il est positif que l’ensemble des participants au Sommet l’ait reconnue comme essentielle.

Mais je voudrais rappeler que notre écosystème vertueux est aussi fragile. Il a besoin de l’ensemble de ses moyens pour permettre au secteur d’être un champion international d’envergure. Le fondamental reste d’avoir en France un CNC toujours fort, pouvant bénéficier intégralement des taxes qui lui sont affectées : il est important que la prochaine Loi de finances 2027 n’opère ni ponction ni plafonnement.

Propos recueillis par Sylvain Devarieux
© crédit photo : DR


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