
Congrès FNCF 2026 - Nathanaël et Elisha Karmitz (MK2) : "Réfléchir à de nouveaux modes de financement nous semble essentiel"
Date de publication : 24/09/2026 - 08:20
Le président du directoire et le directeur général de MK2 détaillent la riche actualité du groupe familial, de la transformation du MK2 Bibliothèque au lancement d’une infrastructure digitale dédiée à la programmation des films de catalogue en passant par le renforcement de son activité événementielle.
Vous avez ouvert en juin au public le capital de votre filiale exploitation, MK2 Cinémas, avec l’ambition de collecter entre 1 M€ et 5 M€ (le maximum légal) afin de financer la transformation du MK2 Bibliothèque. Êtes-vous satisfait des résultats de cette levée de fonds participative ?
Elisha Karmitz : Nous en sommes tout à fait satisfaits, cette initiative a été très bien accueillie par le public [1,25 M€ ont été récoltés à date, Ndlr]. Nous avions envie de recourir à ce mode de financement décentralisé pour plusieurs raisons. D’abord, parce que par les temps qui courent, réfléchir à de nouveaux modes de financement nous semble être essentiel. Ensuite, puisque nous proposons un changement de concept dans ce lieu, il nous semblait important d’y associer le public, d’engager notre communauté dans le projet.
De quelle manière le MK2 Bibliothèque va-t-il évoluer ?
E. K. : Ce cinéma a ouvert en 2003, et il était déjà à l’époque très innovant. Mais depuis, le marché et les pratiques du public ont beaucoup évolué. Nous avons donc décidé de transformer le MK2 Bibliothèque en équipement multiactivité, hybride. Le 7e art en restera l’activité centrale, mais nous y intégrerons un musée dédié aux arts visuels et sonores et un hôtel-cinéma. L’idée est de s’adapter aux nouveaux usages, aux nouveaux publics. Le musée ouvrira en février, et l’hôtel, l’été prochain. D’ici là, nous rééquipons, transformons et modernisons l’ensemble des salles.
Elisha Karmitz : Nous en sommes tout à fait satisfaits, cette initiative a été très bien accueillie par le public [1,25 M€ ont été récoltés à date, Ndlr]. Nous avions envie de recourir à ce mode de financement décentralisé pour plusieurs raisons. D’abord, parce que par les temps qui courent, réfléchir à de nouveaux modes de financement nous semble être essentiel. Ensuite, puisque nous proposons un changement de concept dans ce lieu, il nous semblait important d’y associer le public, d’engager notre communauté dans le projet.
De quelle manière le MK2 Bibliothèque va-t-il évoluer ?
E. K. : Ce cinéma a ouvert en 2003, et il était déjà à l’époque très innovant. Mais depuis, le marché et les pratiques du public ont beaucoup évolué. Nous avons donc décidé de transformer le MK2 Bibliothèque en équipement multiactivité, hybride. Le 7e art en restera l’activité centrale, mais nous y intégrerons un musée dédié aux arts visuels et sonores et un hôtel-cinéma. L’idée est de s’adapter aux nouveaux usages, aux nouveaux publics. Le musée ouvrira en février, et l’hôtel, l’été prochain. D’ici là, nous rééquipons, transformons et modernisons l’ensemble des salles.
Nathanaël Karmitz : Ce processus de transformation s’étale en fait sur plus de trois ans. Il a commencé à l’été 2025, avec la refonte du hall, l’implantation du Centre Pompidou et, progressivement, la rénovation complète des salles. Nous allons par ailleurs faire évoluer le concept des salles A et B, qui ont notamment été entièrement repensées, avec un système Dolby Atmos, une projection laser, un nouveau design mais aussi des équipements permettant d’accueillir des prestations scéniques, des captations et des retransmissions. Ce seront des salles d’un nouveau genre, plus polyvalentes, capables d’accueillir des programmations différentes tout en offrant une expérience de projection de très haut niveau. Elles rouvriront le 16 octobre.
E. K. : Ce musée sera un équipement unique en France. Il abritera notamment un dôme de son spatialisé, qui permettra d’inventer et créer de nouvelles expériences.
N. K. : Ce ne sera donc pas qu’un lieu d’accueil d’expositions, mais aussi de production contemporaine autour de l’image et du son.
Envisagez-vous de le dupliquer ailleurs ?
N. K. : Tout à fait, il a été conçu dans le but de pouvoir être déployé dans le cadre de la transformation de lieux.
N. K. : Tout à fait, il a été conçu dans le but de pouvoir être déployé dans le cadre de la transformation de lieux.
Le futur hôtel-cinéma du MK2 Bibliothèque sera-t-il identique à l’Hôtel Paradiso que vous exploitez au-dessus du MK2 Nation ?
N. K. : Il s’inscrira dans sa continuité, mais avec une expérience décuplée et sur une surface beaucoup plus grande, puisqu’il comptera 55 chambres cinéma contre 37 à Nation.
E. K. : Ce sera un équipement plus important, plus ambitieux.
N. K. : Il s’inscrira dans sa continuité, mais avec une expérience décuplée et sur une surface beaucoup plus grande, puisqu’il comptera 55 chambres cinéma contre 37 à Nation.
E. K. : Ce sera un équipement plus important, plus ambitieux.
D’autres hôtels-cinéma sont-ils en réflexion ?
N. K. : La transformation du MK2 Bibliothèque est un gros projet [budgété à 30 M€, Ndlr], nous allons déjà commencer par le mener à bien. Ceci dit, nous avons imaginé un hôtel de ce type dans le cadre de notre projet de multiplexe à Schiltigheim. Ce dernier est toujours dans un état végétatif, nous sommes en discussions avec la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg afin de trouver des solutions.
N. K. : La transformation du MK2 Bibliothèque est un gros projet [budgété à 30 M€, Ndlr], nous allons déjà commencer par le mener à bien. Ceci dit, nous avons imaginé un hôtel de ce type dans le cadre de notre projet de multiplexe à Schiltigheim. Ce dernier est toujours dans un état végétatif, nous sommes en discussions avec la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg afin de trouver des solutions.
Pour rester sur l’exploitation, comment se porte votre parc de salles espagnol ?
N. K. : Extrêmement bien. Nous avons totalement reconstruit notre multiplexe de Malaga afin d’en faire un cinéma premium, et ses résultats sont complètement délirants, puisque son taux d’occupation dépasse désormais les 40%. Nous avons par ailleurs installé un projecteur 70 mm au Cine Paz de Madrid, avec, là aussi, des scores exceptionnels. Nous faisons, au sein d’un marché espagnol en très forte reprise, une année particulièrement bonne.
Vous avez lancé au printemps 2024 une nouvelle structure de distribution alternative, mk2.alt. Quel bilan en tirez-vous ?
E. K. : Mk2.alt repose sur deux piliers. D’un côté, la gestion du catalogue cinéma de MK2, dont les résultats sont satisfaisants. De l’autre, l’accompagnement de nouveaux projets, pour lesquels nous tirons un bilan très positif. Plus de 500 000 entrées ont ainsi été réalisées dans le cadre du YouTube Ciné-Club par MK2. Mk2.alt a d’ailleurs été précurseur, avec Kaizen de Basile Monnot [sur Inoxtag, Ndlr] notamment, dans la convergence entre les contenus issus de la creator economy et le désir du public de les voir en salle. Nous allons désormais accentuer notre implication dans les projets étrangers, pour lesquels mk2.alt va surtout intervenir dans d’autres pays européens.
E. K. : Mk2.alt repose sur deux piliers. D’un côté, la gestion du catalogue cinéma de MK2, dont les résultats sont satisfaisants. De l’autre, l’accompagnement de nouveaux projets, pour lesquels nous tirons un bilan très positif. Plus de 500 000 entrées ont ainsi été réalisées dans le cadre du YouTube Ciné-Club par MK2. Mk2.alt a d’ailleurs été précurseur, avec Kaizen de Basile Monnot [sur Inoxtag, Ndlr] notamment, dans la convergence entre les contenus issus de la creator economy et le désir du public de les voir en salle. Nous allons désormais accentuer notre implication dans les projets étrangers, pour lesquels mk2.alt va surtout intervenir dans d’autres pays européens.
N. K. : Nous avons par ailleurs accompagné, à Cannes, Trente de Sébastien Frit et Jérémie Levypon, premier long métrage issu de la creator economy à être présenté au Marché du Film. Ce documentaire est parallèlement sorti en salle en France, en Belgique, au Luxembourg et en Suisse, où il a fait plus de 20 000 entrées en 24 heures. Cette dynamique va se poursuivre dans les prochains mois avec la sortie européenne de Two Sleepy People de Baron Ryan, la nouvelle saison du podcast À bientôt de te revoir de Sophie-Marie Larrouy – qui partira en tournée partout en France – et l’enregistrement public du podcast Elles vous parlent d’un temps de Chloé Jouannet. D’autres projets de grande ampleur, notamment à l’international, sont également en préparation. Nous croyons beaucoup à ce type de programmes, non pas concurrents mais complémentaires des films de cinéma. La porosité entre les deux va se poursuivre, Obsession et Backrooms [réalisés par des youtubeurs, Ndlr] l’ont bien montré.
Pour revenir sur le patrimoine, MK2 été très actif sur les acquisitions de catalogue ces dernières années : Claude Lanzmann, Bruno Dumont, Xavier Dolan, Michael Haneke…
N. K. : MK2 a toujours été un grand catalogue de droits. Historiquement, nous avons, à chaque fois que cela a été possible, renforcé cette stratégie d’acquisition. D’autant que cette activité devient de plus en plus compliquée à mener pour les ayants droit, et que de nombreux catalogues cherchent aujourd’hui des partenaires capables de les préserver, mais aussi de continuer à les faire vivre. Nous annoncerons d’ailleurs très prochainement une très belle acquisition. C’est aussi dans cette logique que nous avons développé Megascope, une infrastructure numérique pensée pour faciliter la circulation et la programmation des films de catalogue entre distributeurs et exploitants, que nous venons de lancer après deux années de travail. L’objectif est de simplifier les opérations afin de permettre aux distributeurs de consacrer davantage de temps à la mise en valeur de leurs catalogues et aux exploitants de gagner en souplesse dans la programmation de films de patrimoine. Depuis juin, l’intégralité du catalogue de MK2 s’y trouve. Après cette première phase de déploiement au sein du groupe, l’infrastructure a vocation à s’ouvrir plus largement aux distributeurs et exploitants partenaires et à être déployée à l’international.
Pour revenir sur le patrimoine, MK2 été très actif sur les acquisitions de catalogue ces dernières années : Claude Lanzmann, Bruno Dumont, Xavier Dolan, Michael Haneke…
N. K. : MK2 a toujours été un grand catalogue de droits. Historiquement, nous avons, à chaque fois que cela a été possible, renforcé cette stratégie d’acquisition. D’autant que cette activité devient de plus en plus compliquée à mener pour les ayants droit, et que de nombreux catalogues cherchent aujourd’hui des partenaires capables de les préserver, mais aussi de continuer à les faire vivre. Nous annoncerons d’ailleurs très prochainement une très belle acquisition. C’est aussi dans cette logique que nous avons développé Megascope, une infrastructure numérique pensée pour faciliter la circulation et la programmation des films de catalogue entre distributeurs et exploitants, que nous venons de lancer après deux années de travail. L’objectif est de simplifier les opérations afin de permettre aux distributeurs de consacrer davantage de temps à la mise en valeur de leurs catalogues et aux exploitants de gagner en souplesse dans la programmation de films de patrimoine. Depuis juin, l’intégralité du catalogue de MK2 s’y trouve. Après cette première phase de déploiement au sein du groupe, l’infrastructure a vocation à s’ouvrir plus largement aux distributeurs et exploitants partenaires et à être déployée à l’international.
Vous êtes déjà très actifs à l’international, via notamment vos activités de coproduction et de ventes. Comment se portent-elles ?
N. K. : Extrêmement bien, et elles se sont fortement développées. Ces dernières années, les films que nous représentons à l’international ont gagné beaucoup de récompenses dans les festivals – dont six des huit récompenses de la compétition cannoise en 2025 – et les cérémonies de prix à travers le monde. Surtout, nous plaçons désormais chaque année au moins un titre au sein des cinq plus gros succès mondiaux du secteur indépendant. Nous sommes avant tout contents d’avoir des films qui marchent, qui trouvent leur public. Nous voulons aussi pouvoir accompagner certains titres de manière plus intégrée, de leur circulation internationale jusqu’à leur sortie en France. Ce sera notamment le cas du documentaire Naza de Yuval Abraham et Rachel Szor [lauréat du prix spécial du jury à Venise, Ndlr], que nous représentons à l’international et dont nous assurerons également la distribution française via mk2.alt.
E. K. : Nous sommes par ailleurs, depuis trois ans, impliqués de plus en plus en amont dans les coproductions internationales.
N. K. : Extrêmement bien, et elles se sont fortement développées. Ces dernières années, les films que nous représentons à l’international ont gagné beaucoup de récompenses dans les festivals – dont six des huit récompenses de la compétition cannoise en 2025 – et les cérémonies de prix à travers le monde. Surtout, nous plaçons désormais chaque année au moins un titre au sein des cinq plus gros succès mondiaux du secteur indépendant. Nous sommes avant tout contents d’avoir des films qui marchent, qui trouvent leur public. Nous voulons aussi pouvoir accompagner certains titres de manière plus intégrée, de leur circulation internationale jusqu’à leur sortie en France. Ce sera notamment le cas du documentaire Naza de Yuval Abraham et Rachel Szor [lauréat du prix spécial du jury à Venise, Ndlr], que nous représentons à l’international et dont nous assurerons également la distribution française via mk2.alt.
E. K. : Nous sommes par ailleurs, depuis trois ans, impliqués de plus en plus en amont dans les coproductions internationales.
N. K. : Beaucoup de nos projets sont actuellement en tournage ou en montage, dont Fonda de Justine Triet, De noche de Todd Haynes ou le nouveau film de Jia Zhangke.
Vous avez fortement intensifié vos activités événementielles ces dernières années, notamment à travers Cinema Paradiso. Comment envisagez-vous la suite ?
E. K. : Cette année a été un grand succès pour Cinema Paradiso. Depuis son lancement, en 2013 au Grand Palais, nous avons développé plusieurs “satellites”, toujours dans des lieux exceptionnels : la Cour Carrée du Louvre, La Seine Musicale et, cette année, le circuit des 24 Heures du Mans et la tour Eiffel. On sent bien que le public a de plus en plus envie de se retrouver dans ce type de festival, et que cela correspond à des évolutions d’usage d’ordre générationnel. Nous allons donner une dimension beaucoup plus ambitieuse à Cinema Paradiso l’année prochaine, à Paris. Nous sommes par ailleurs très satisfaits de MK2 Institut, que nous avons lancé en 2020. Sa dernière saison a attiré plus de 50 000 spectateurs, soit deux fois plus que la précédente. Beaucoup de séances sont déjà complètes pour la nouvelle. Ce type de rendez-vous correspond à un désir des gens de se retrouver, d’avoir des outils pour réfléchir et participer au débat public.
E. K. : Cette année a été un grand succès pour Cinema Paradiso. Depuis son lancement, en 2013 au Grand Palais, nous avons développé plusieurs “satellites”, toujours dans des lieux exceptionnels : la Cour Carrée du Louvre, La Seine Musicale et, cette année, le circuit des 24 Heures du Mans et la tour Eiffel. On sent bien que le public a de plus en plus envie de se retrouver dans ce type de festival, et que cela correspond à des évolutions d’usage d’ordre générationnel. Nous allons donner une dimension beaucoup plus ambitieuse à Cinema Paradiso l’année prochaine, à Paris. Nous sommes par ailleurs très satisfaits de MK2 Institut, que nous avons lancé en 2020. Sa dernière saison a attiré plus de 50 000 spectateurs, soit deux fois plus que la précédente. Beaucoup de séances sont déjà complètes pour la nouvelle. Ce type de rendez-vous correspond à un désir des gens de se retrouver, d’avoir des outils pour réfléchir et participer au débat public.
N. K. : Avec la transformation des salles A et B du MK2 Bibliothèque pour faire de la captation et de la diffusion, et une nouvelle infrastructure digitale de distribution, nous allons pouvoir étendre la diffusion de ces programmes à d’autres établissements que les nôtres. Dans la continuité de Cinema Paradiso, nous organisons cette année la troisième édition de Artefact AI Film Festival, première manifestation dédiée à la création de films avec l’intelligence artificielle. L’idée n’est pas d’y faire la promotion bête et méchante de l’IA, mais de comprendre à quoi elle sert et de quelle manière elle peut être un outil au service de la création. Olivier Nakache et Éric Tolédano en seront les présidents cette année.
E. K. : Notre ambition est aussi de découvrir de nouveaux talents, que nous allons désormais incuber. Les talents sélectionnés dans le cadre du festival disposeront ainsi d’un temps pour se consacrer à des travaux de recherche, financés par nos partenaires.
Propos recueillis par Kevin Bertrand
© crédit photo : DR
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