La
diffusion des films en ligne,
objet de tous les fantasmes
(suite)
“Il s’agit
d’un mode de diffusion très souple, pas encore complètement
phagocyté par des intérêts économiques, et qui permet de montrer
des films qui ne sont plus diffusés nulle part ailleurs”,
résume Eric Névé (La Chauve-Souris), cofondateur, avec Stéphane
Dottelonde, de liberafilms.com
qui propose, depuis le 17 juillet 2000, une première version
en ligne avec 80 longs métrages et 150 courts en streaming*
et en téléchargement (la durée du téléchargement est à peu près
équivalente à la durée du film). Depuis le 15 août, soit un
mois après sa mise en ligne, Liberafilms
compte quelque 3 500 visiteurs par jour, dont 55% de trafic
étranger. Si la consultation des courts est gratuite, celle
des longs métrages est payante, à raison de 3 € par film
pour une durée de 48 heures. La deuxième version, mise en ligne
fin octobre, proposera également un abonnement mensuel à 5 €.
“Nous sommes partis du constat
qu’il est de plus en plus difficile de distribuer une certaine
catégorie de films, se souvient Stéphane Dottelonde.
Nous nous positionnons donc
comme une alternative mondialement accessible pour des contenus
très peu diffusés.” Mais il n’est pas question de
concurrencer les modes de distribution existants, et la diffusion
sur Liberafilms
intervient après la chronologie des médias classiques. Reste
la question des droits. “Nous
avons signé des contrats de diffusion non exclusifs à 50-50,
avec les ayants droit propriétaires des droits internet. Nous
sommes très scrupuleux sur ce point. Nous essayons de proposer
des solutions pour ne léser personne. Ainsi peut-on tout à fait
bloquer l’accès pour des pays où le film serait en exploitation,
ou envisager une répartition en fonction des recettes générées
sur chaque territoire.” Sur le site de Liberafilms,
on trouve des œuvres des catalogues de Pyramide, de K-Films,
ou de l’INA, et d’autres négociations sont en cours. Mais la
gestion des droits n’est pas facile pour autant et cinq cabinets
d’avocats ont été nécessaires pour établir les contrats de diffusion.
Car qui dit droits internet, pense piratage,
d’autant qu’il n’existe aucun système technique fiable à 100%.
Comment procède-t-on alors? “L’idée
est de créer un encombrement maximal, résume Stéphane
Dottelonde. Chez Liberafilms,
on a mis en place un triple système de protection. Une première
sécurité empêche le copiage pendant le téléchargement. Si l’on
y parvient tout de même, le fichier s’autodétruit au bout de
48 heures. En cas d’échec, le fichier est cassé et classé de
façon aléatoire. Contourner ce système implique donc beaucoup
de complications, pour un film qui coûte 3 € !”

(cliquez sur l'image pour accéder
au site) |
| Primefilm.com, site pionnier, a l’ambition
de proposer les films que l’on ne trouve plus ni France
ni à l’étranger. |
Une deuxième initiative, en développement,
poursuit un but sensiblement identique : Pangea Web Diffusion,
créé par douze producteurs indépendants (Laurent Benégui, Jacques
Bidou, Yann Gilbert, Jacques Le Glou, François Marquis, Olivier
Marre, Philippe Martin, Marc Missonnier, Grégoire Sorlat, Alain
Rocca, Alain Rozanès et Carole Scotta), a pour ambition de devenir
“le premier site de diffusion
du cinéma indépendant sur internet”. Piloté par Djafar
Djaafari, Pangea a adopté une stratégie différente de celle
de Liberafilms
: “Nous développons actuellement,
avec le CNRS, l’École polytechnique, l’Institut national des
télécommunications et l’Institut de recherche en informatique
et en automatique (Inria), et grâce au soutien du Priamm, un
superlogiciel de diffusion spécifiquement adapté aux films et
à la hauteur de notre catalogue”, résume Djafar Djafaari.
Car, au vu des fondateurs, on s’imagine aisément le catalogue
réuni par Pangea : près de 200 longs métrages, comprenant des
titres comme La vie rêvée des
anges, Karnaval, La haine ou encore Ressources
humaines.

