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Les droits internet : l'angoisse suprême...

Jean-Pierre Hoss, directeur général du CNC

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La diffusion des films en ligne,
objet de tous les fantasmes
(suite)

Cependant, le projet est aussi ouvert à d’autres producteurs. Mais le développement étant plus long que prévu, une première version sera mise en ligne seulement fin décembre. Elle proposera 12 à 24 films, en location et en achat. Les réflexions sur la tarification sont en cours. Primefilm.com, quant à lui, est en ligne depuis le début de l’année. Pionnier parmi les pionniers, ce site est né de la rencontre entre Jean Cottin (Playtime) et Philippe Feinsilber de Babel@stal, société de e-consulting. Là encore, on est parti du même constat : “Sur les quelque 150 films français produits, 80% ont une exploitation insuffisante, que ce soit en salles, à la télé ou en vidéo, en France ou à l’étranger, souligne Jean Cottin. À partir de là, nous voulons proposer des films que l’on ne trouve plus ailleurs.” Si Primefilm a été le premier à se lancer, la stratégie consiste à tâter le terrain avec des événements précis. “L’idée est de monter en puissance en fonction de l’équipement du public, expliquent-ils. Il ne faut pas aller trop vite, parce qu’il ne faut surtout pas décevoir. Internet comporte un côté terre brûlé. Il faut donc être certain de pouvoir assurer une qualité optimale du service.” Depuis six mois, Primefilm a ainsi expérimenté un festival de courts métrages et des avant-premières de longs métrages. 1999 Madeleine de Laurent Bouhnik, Sur un air d’autoroute de Thierry Boscheron et prochainement La mécanique des femmes de Jérôme de Missolz sont proposés, gratuitement, en téléchargement, à 500 internautes, les autres ayant accès seulement au matériel publicitaire. Ce type d’initiative s’inscrit davantage dans une logique de promotion que de véritable diffusion. La question des droits se pose donc différemment : il s’agit en fait d’une location de salle – virtuelle – d’un nombre de places modulable, sans qu’il y ait cession de droits. Contrairement à ce qui se fera pour la manifestation que Primefilm.com proposera en décembre, le Mois du cinéma invisible. Celui-ci présentera une dizaine de longs métrages, pour la plupart étrangers. Le prix est actuellement en discussion, notamment avec les ayants droit, et devrait se situer aux alentours de 20 F pour location et de 50 F pour la vente. Une nouvelle expérience qui permettra de perfectionner le savoir-faire technique et de comprendre les modes de consommation des internautes, de manière à proposer, à terme, une diffusion en ligne permanente, mais dont le fonctionnement reste à définir. “Ce ne sera en aucun cas un supermarché géant du film, mais plutôt un ciné-club très pointu, avec une vraie ligne éditoriale, qui s’adresse à des publics de niche disséminés.”

Liberafilms.com propose une première version de son site, avec 80 longs métrages et 150 courts, en streaming et en téléchargement.

La quatrième expérience française de diffusion en ligne de longs métrages a été entreprise par la chaîne TF1 dans une logique événementielle tout à fait occasionnelle. Ainsi, la chaîne a diffusé gratuitement, au moment de la disparition de Roger Vadim, Les liaisons dangereuses, et, pour sa sortie, Le fils du Français, un film pour lequel TF1 avait apporté 24 MF de financement. Il semble par ailleurs que TF1 va renouveler l’expérience avec Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs de Charlotte de Turckheim, également coproduit par la chaîne. Il reste à savoir jusqu’où ira le mouvement. Verra-t-on émerger des sites de diffusion par dizaines dans les mois à venir ? Cela semble peu probable, même si, une fois l’infrastructure en place, internet devient le mode de distribution le moins cher. Tous s’accordent sur le fait que c’est une activité en soi, qui demande de très lourds investissements estimés entre 25 MF et 60 MF, et provenant essentiellement des partenariats, notamment techniques, et des fonds propres des fondateurs. La publicité, en revanche, est complètement absente, la plupart des sites souhaitant éviter une pollution de leur service, d’autant qu’ils accordent énormément d’importance aux choix éditoriaux.

Outre-Atlantique, la situation diffère à plusieurs titres. Car c’est bien la faiblesse économique du cinéma français qui fonde sa force sur internet. Aux Etats-Unis, les enjeux économiques de la plupart des films sont autrement plus importants. L’angoisse du piratage, et non celle de l’équipement des internautes, est devenue le premier obstacle. Les majors sont, pour l’heure, paralysées, en espérant trouver une solution technique infaillible. Les rapprochements AOL-Time Warner et Vivendi-Universal ont anticipé cette nouvelle donne de la distribution. Patientes, les majors attendent leur heure pour mettre au point le système ultime. Avant ce raz de marée, les sites de diffusion de longs métrages ne sont pas si nombreux qu’on pourrait le croire, et la plupart proposent essentiellement des films américains de série Z. Autre différence importante, contrairement aux sites de diffusion français, qui sont payants, la plupart des films sur les sites américains sont en consultation gratuite, alors que les sites fourmillent de bandeaux publicitaires en tout genre.


(cliquez sur l'image pour accéder au site)
Après avoir débuté, en 1995, avec de la musique, sightsound.com s’est lancé dans le long métrage en ligne.

Le site le plus surprenant est probablement kkrs.net, qui propose actuellement 280 films gratuits et 134 films payants (1,95 $ pour un nombre illimité de visionnages pendant trois jours, ou un abonnement de 4,95 $ par mois). Le site propose essentiellement de vieux films, pour la plupart américains. Mais on y trouve aussi quelques œuvres françaises et notamment, en accès gratuit, Napoléon de Sacha Guitry ou Le gitan de José Giovanni. Si la qualité n’est pas parfaite, elle est tout à fait acceptable. Seul problème : les ayants droit ne sont pas forcément au courant. José Giovanni, par exemple, qui détient lui-même les droits de son film (Canal+ n’a qu’un mandat de vente) ne connaissait pas l’existence de son film sur internet, et compte bien se défendre. Même réaction chez Gaumont, où la situation est encore plus délicate, l’un des films proposé par kkrs, en accès payant, n’étant autre que Subway de Luc Besson. Si le film a effectivement un distributeur aux États-Unis, les droits internet appartiennent toujours à la Gaumont, qui ne les cède jamais. Et la société compte bien faire valoir ses droits face à cette exploitation illicite.

 
 
 
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