Cinéma

Annecy 2026 – C’est l’heure des choix pour l’animation française estime AnimFrance

Date de publication : 26/06/2026 - 08:42

La conférence d’AnimFrance a permis une nouvelle fois de dresser un état des lieux très exhaustif du secteur, mais aussi d’évoquer les nombreux chantiers à venir, notamment au niveau européen.

"Comme vous avez vu hier soir, à Annecy, nous avons eu du soleil, des gros nuages noirs, des averses, des arcs en ciel, des éclairs et des bourrasques. Ca ressemblait tout à fait au marché de l’animation" a déclaré Samuel Kaminka, président d’AnimFrance lors de son discours d’introduction.

"Les films d’animation français ont brillé au Festival de Cannes et aux Oscars avec une pluie de nominations. Les chiffres des films à l’exportation sont éblouissants. D’une manière générale, l’animation représente 27% du box-office mondial.  L’appétence du public est immense…/…ces succès considérables sont le fruit de plus de 40 ans de volonté politique, d’une co-construction patiente et intelligente entre les pouvoirs publics et les professionnels. Une formation d’excellence, des obligations d’investissement, une politique de soutien adaptée (via les crédits d’impôt et le CNC) : Le monde entier nous envie cet écosystème et cherche à le copier. Ce secteur d’excellence et d’avenir devrait n’avoir à se soucier que de sa croissance. Or il lutte pour sa survie".

"Nous nous trouvons à un moment décisif et étrangement paradoxal » a-t-il poursuivi « L’appétit du public est plus fort que jamais et pourtant nous traversons une crise de financement sans précédent. France 4 est devenue la première chaîne jeunesse et pourtant on parle de la supprimer Sans coûter un sou au contribuable, le CNC joue un rôle essentiel et pourtant certains parlent de le faire disparaître".

Accusant YouTube de parasitisme il estime que cette dernière et les Réseaux Sociaux doivent être intégrés dans notre écosystème et "que des quotas d’investissement doivent être imposés à YouTube". Autre moment décisif, la modification chirurgicale du décret SMAD qui a porté le taux de diversité à 20% les plateformes devant désormais investir dans l’animation inédite.

Évoquant ensuite France Télévisions le président d’AnimFrance a redit son inquiétude face aux attaques subies récemment par le service public. "Il faut se rappeler que FTV structure très profondément notre industrie par son volume de commandes par la diversité des œuvres proposées. Détachés des contraintes commerciales, ils sont les seuls à pouvoir s’adresser à tous les types d’enfant, à couvrir tous les genres (comédie, drames, éducatif, feuilleton, historique). Cette diversité fait de France Télé une indispensable pépinière de talents. La qualité et la constance de leur accompagnement ont permis l’éclosion de sociétés de productions dont certaines sont devenues très importantes".

Stéphane Le Bars, délégué général d’AnimFrance et Amanda Borghino, la déléguée générale ont ensuite pris la parole, chiffres à l’appui.

SEIZE FILMS D'INITIATIVE FRANÇAISE ONT REÇU L'AGRÉMENT DU CNC EN 2025

Depuis 2019, la France dépasse durablement la barre des dix longs métrages d'animation agréés par an. En 2025, seize films ont reçu l'agrément du CNC, tous d'initiative française. Le volume de production est en hausse depuis plusieurs années et les films d'animation représentent désormais sept pour cent du nombre total des FIF (Films d’initiative française) agréés tous genres confondus.

Cette bonne performance en termes de volume de production, s'accompagne de résultats remarquables en termes d'export. L'animation a représenté en 2025 plus d'un tiers des 42 millions d'entrées du cinéma français à l'international, avec notamment Flow, premier film à l'export, produit par Sacrebleu, et Falcon Express de TAT, qui se positionne à la quatrième place. L'animation constitue un enjeu majeur pour l'exportation.

Cependant, cette dynamique masque des fragilités profondes. La part des diffuseurs dans le financement des films d'animation reste trois fois inférieure à celle de la fiction : environ 12 % contre 34 %. Résultat : les films d'animation comptent moins de 50 % de financements français, contre plus de 70 % pour la fiction. Le constat est clair : c'est on peut difficilement localiser fortement de la dépense en France quand on est aussi peu financé sur le territoire national.

Cette situation pousse les producteurs à multiplier les coproductions internationales — souvent avec la Belgique et le Luxembourg, afin de compenser le manque de financement national. Et depuis 2020, 75 % des films agréés impliquent ces territoires. Si cette stratégie permet de boucler les budgets, elle entraîne néanmoins un partage de la propriété intellectuelle et quelque part un appauvrissement du patrimoine du producteur.

AnimFrance milite donc pour faire passer le taux du crédit d'impôt cinéma de 30 % à 40 % pour l'animation. Un amendement en ce sens avait failli être adopté lors de la dernière loi de finances. L'effet fiscal serait limité, puisqu’il profiterait à 10 à 15 films par an, par contre l'effet de levier sur la structuration de l'industrie et l'emploi serait majeur.

LE RÔLE STRUCTURANT DE L’ATA

Après avoir été pendant longtemps le parent pauvre de l'avance sur recettes, l’animation commence à y être mieux considérée avec 6 films d’animation soutenus en 2024 et 4en 2025. Si le chiffrage reste un point d'attention la tendance est positive. Autre élément à souligner, le renforcement de l'aide aux technologies de l'animation (ATA) du CNC. L’enveloppe a en effet doublé en six ans, passant de 1,5 M€ à un peu plus de 3 M€ ; AnimFrance souhaite atteindre un apport moyen de 500 000 € par film pour une enveloppe globale de 7 M€ à terme. Mais d’ores et déjà l’ATA joue un rôle extrêmement structurant.

Autre avancée positive saluée par AnimFrance, la mise en œuvre du malus parité. Annoncé l’année dernière à Cannes par la ministre de la Culture, qui souhaitait inverser la stratégie initiée par le malus parité pour, au lieu de gratifier les bons élèves sanctionner, au contraire, les producteurs qui ne jouaient pas le jeu de la parité. Grâce aux échanges avec le CNC, le dispositif a évolué vers un "malus-bonus" : le bonus est maintenu, et un malus progressif sera instauré d'ici janvier. Les spécificités de l'animation ont par ailleurs été prises en compte, notamment pour les chefs de poste. Et AnimFrance se félicite que le secteur reste premier de la classe en matière de parité avec plus de 37% de femmes.

SUCCÈS DES ASSISES DU CINÉMA D’ANIMATION

AnimFrance, est revenu sur les Assises du cinéma d’animation, qui ont réuni près de 500 personnes le 1er octobre 2025 au Forum des Images à Paris, ont permis d’identifier un certain nombre de besoins synthétisés autour de quatre demandes : renforcement de l’accompagnement du développement des films d’animation, investissement accru des éditeurs de services, exposition plus optimale des œuvres auprès des différents publics et meilleure prise en compte des spécificités de l’animation dans les politiques publiques. Or le CNC a rappelé lors de sa conférence de presse hier qu'une partie de ces demandes avait été prise en compte et notamment qu'une réforme des aides en amont, qui tiendra compte des spécificités de l'animation serait bientôt mise en œuvre.

Concernant la production audiovisuelle aidée, le syndicat de producteurs note une baisse de 10 % du volume horaire par rapport à 2024. Les financements des diffuseurs et du CNC restent importants (171 000 € par heure pour le Centre) mais on constate aussi une baisse des apports étrangers, traduisant la difficulté du marché international. Le risque financier supporté par les producteurs d’animation atteint désormais 24 %. Sur le plan international, après une reprise en 2024, les préventes ont chuté fortement en 2025, ce qui complique l’amortissement du risque. Malgré cela, la France conserve une place importante dans l’animation à l’international, notamment sur le marché européen et les plateformes de SVàD.

Autre moteur du secteur, la prestation de services montre un fort recul des dépenses éligibles au crédit d’impôt international en 2025. La prise de commandes est en baisse 122 M€ de dépenses prévisionnelles pour les projets agréés en 2025 soit une érosion de 36%. Certes on observe un rebond dans les projets télévision et plateformes, cependant, la prestation cinéma diminue, en raison de l’effet calendaire des projets d’Illumination Studios Paris qui influe sur les résultats.

VERS UNE STABILISATION DE L'EMPLOI APRÈS DEUX ANNÉES DIFFICILES

Après les reculs de 2023 et 2024, le marché de l'emploi dans l'animation s'est stabilisé en 2025. Il compte environ 9 000 salariés pour 233 M€ de masse salariale. Le nombre d'heures travaillées a même progressé de 2,5 %. Cette hausse est portée notamment par les intermittents, premiers touchés par la crise, mais aussi premiers bénéficiaires d'une éventuelle reprise. Sur trois ans, les CDDU (contrats à durée déterminée d'usage) ont toutefois perdu environ 10 % de leurs effectifs et 21 % de leur masse salariale. Le recul est cependant très net par rapport à 2022.

FRANCE TÉLÉVISIONS : UN PILIER FRAGILISÉ

France Télévisions représente 44 % des investissements dans l'animation audiovisuelle française, loin devant les plateformes (16 M€) et TF1 (10 M€). L'accord interprofessionnel signé en 2024 prévoyait un investissement progressif de 32 M€ à 37 M€ d'ici 2027, incluant un plancher de 4 M€ pour le long métrage d’animation.

Mais le groupe public subit une forte pression budgétaire : l'État lui apportera 81 M€ de dotation de moins en 2026 qu'en 2025. Pour la première fois, la création a été mise à contribution, avec un investissement ramené de 440 M€ à 420 M€. L'animation devrait se maintenir à 35 M€ en 2026, mais toute baisse en dessous de ce seuil constituerait un « risque systémique » pour le secteur.

Autre sujet d’inquiétude la menace sur France 4, que le rapport de Charles Alloncle recommande de supprimer de même que l’offre numérique Francetv Slash. AnimFrance s'y oppose fermement expliquant que France 4 est aujourd'hui la première chaîne jeunesse en France et joue un rôle essentiel de découverte pour les enfants, leur évitant de s'enfermer dans les algorithmes. Elle constitue aussi un outil marketing clé destiné à faire connaître aux parents l'offre à la demande Okoo, laquelle représente près du quart de la consommation de france.tv.

LES PLATEFORMES : NOUVEAUX ACTEURS, NOUVEAUX ENJEUX

Après trois ans de bataille, AnimFrance a obtenu une modification du décret SMAD imposant aux plateformes de consacrer progressivement 12 %, puis 16 % et enfin 20 % (en 2028) de leurs investissements au documentaire, à l'animation et au spectacle vivant.

Les négociations avec Prime Video, Netflix et Disney+ s'annoncent déterminantes. Prime Video voit son obligation minimale passer de 40 M€ à 90 M€ (voire 110 M€ selon sa position dans la chronologie des médias). Disney+ s'est déjà engagé sur 25 % d'investissement dans la création, dont 8 % pour le long métrage d'animation.

Et Crunchyroll, devient un nouvel acteur de poids. La plateforme d'anime, désormais comparable à TF1 en termes de poids financier (10 M€ d'obligations), peut intervenir sur environ deux longs métrages et deux séries par an. Elle a déjà cofinancé Retour à Tomioka (Foliascope), Le Loup (Xilam) et la série Dreamland.

Reste que YouTube est devenu la première plateforme de consommation d'animation pour les enfants en France, avec plus de 80 000 heures disponibles — quatre fois le volume de toutes les chaînes de la TNT réunies. Pourtant, la plateforme bénéficie d'un abattement de 66 % sur la taxe sur les services de diffusion (TSD) qui finance le CNC.

AnimFrance réclame donc la suppression de cet abattement et l'intégration de YouTube (et des réseaux sociaux) dans le régime de contribution de la directive SMA. Un précédent existe puisque la Flandre a réussi à assujettir ces acteurs à des contributions directes via un décret de mars 2024, validé par la Commission européenne, à condition que les principes de proportionnalité et de non-discrimination soient respectés. Le décret a évidemment été attaqué par les plateformes américaines coutumières du fait. Sur les 159 titres d'animation diffusés par les chaînes de la TNT en 2024, 87 ont été exploités sur YouTube. La plateforme profite ainsi pleinement d'œuvres financées par le CNC sans contribuer équitablement en retour.

DES PRIORITÉS DANS L’AGENDA EUROPÉEN

Les producteurs d’AnimFrance identifient plusieurs priorités au sein de l’agenda européen. Parmi les objectifs affichés, l’intégration des plateformes de partage de vidéos dans les régimes de financement et d’exposition des œuvres fait figure de priorité. L’enjeu est d’assurer un investissement pérenne de ces services, notamment pour encourager la diversité des contenus et le développement de productions inédites. La protection de la propriété intellectuelle des producteurs européens ainsi que la préservation des subventions publiques en faveur de la création indépendante constituent également des axes essentiels.

Autre combat la protection du système des licences territoriales, qui structure le modèle économique européen, ainsi que la promotion de la transparence sur les audiences et les données liées à la consommation d’œuvres. Les services d’intérêt général doivent aussi gagner en visibilité sur les interfaces connectées, afin de toucher un public plus large.
Sur le plan budgétaire, les programmes européens tels que Creative Europe et Agora EU allouent respectivement 2,4 Md€ et 8,6 Md€, avec une part conséquente dédiée au secteur MEDIA, qui couvre l’audiovisuel, les jeux vidéo et le journalisme. Selon un rapport du Parlement européen, 55 % des fonds seraient consacrés à la culture et aux médias, soit environ 2,7 Md€. Si ces chiffres sont encourageants, la répartition précise des financements entre cinéma et audiovisuel nécessite encore d’être clarifiée. Les producteurs indépendants, principaux bénéficiaires de ces fonds, réclament davantage de transparence et un accès prévisible aux aides. Un sous-quota pour l’animation, déjà obtenu dans le cadre des contenus télévisuels et en ligne, est aussi au cœur des négociations : sa pérennité reste à confirmer.
Les prochains mois seront déterminants, avec des débats cruciaux attendus au Parlement européen dès la rentrée, suivis par des négociations en trilogue entre les institutions. L’objectif est clair : garantir que les ambitions européennes se traduisent en mesures concrètes, adaptées aux besoins spécifiques de la création audiovisuelle européenne, et notamment de l’animation.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : L'HUMAIN AU CENTRE

AnimFrance distingue évidemment l'IA générative de l'IA en général. Si 70 % des studios utilisent déjà l'IA pour automatiser des tâches répétitives ou réaliser des opérations auparavant impossibles, le syndicat soutient l'exclusion du soutien CNC des œuvres sans auteur humain et des doublages réalisés sans interprétation humaine.

Les discussions avec les syndicats de salariés se poursuivent dans le cadre de la convention collective, AnimFrance réaffirmant son attachement au développement de la production et de l'emploi sur le territoire français.

MISE À JOUR MAJEURE DU CARBULATOR

Hanna Mouchez et Jean-Baptiste Wery, membres du Conseil d'administration d'AnimFrance, ont ensuite dévoilé une mise à jour du calculateur de bilan carbone dédié à l’animation. Né d'une initiative collective portée par AnimFrance, Carbulator s'est imposé en quelques années comme l'outil de référence pour mesurer l'empreinte carbone des productions d'animation françaises. Homologué par le CNC en mars 2025, date d'entrée en vigueur de l'éco-conditionnalité des aides pour les œuvres d’animation, il revendique aujourd'hui 300 comptes utilisateurs, 230 bilans réalisés et une douzaine de studios partenaires.

La version 3.5, attendue en septembre 2026, promet une expérience plus fluide. Après douze mois de retours d'utilisateurs, l'interface a été repensée : saisie allégée, imports d'inventaires techniques, réduction des champs monétaires jugés trop lourds. De nouveaux outils de visualisation doivent faciliter l'analyse des résultats et, surtout, le passage à l'action.

Autre nouveauté de taille : l'internationalisation. En partenariat avec Animation Island, Carbulator a été traduit en anglais et adapté aux facteurs d'émission locaux de plusieurs pays. Le studio irlandais Cartoon Saloon participe actuellement à une phase de bêta-test ; une version pleinement opérationnelle est visée pour 2027. Ambition affichée : proposer un outil commun à l'échelle européenne, voire mondiale, afin d'harmoniser la mesure de l'impact environnemental du secteur.

Carbulator 3.5 introduit également une fonction de reporting consolidé. Diffuseurs et groupes de producteurs soumis à des obligations renforcées pourront accéder, via API, aux données carbone agrégées de leur catalogue. Seuls le poids carbone total et la répartition par catégorie seront partagés, le détail des bilans individuels demeurant confidentiel.

Jusqu'ici financé par AnimFrance avec le soutien du CNC, de Magelis, du SPI et de la Procirép, l'outil bascule vers un modèle payant à compter de mi-septembre. Trois formules sont proposées :
1 500 €/an pour un producteur délégué (jusqu'à cinq sites) ;
500 €/an pour les producteurs de courts métrages exclusivement ;
5 000 €/an pour les groupes, avec accès illimité aux organisations et sites, ainsi qu'à des fonctionnalités de pilotage avancées.

Ces tarifs visent uniquement à couvrir les coûts de fonctionnement, AnimFrance laissant entrevoir une révision à la baisse à condition que le déploiement international permette de mutualiser les coûts avec des studios européens.

Avec cette nouvelle version, AnimFrance entend transformer le Carbulator qui passerait de simple outil réglementaire à un véritable levier stratégique pour la décarbonation du secteur, en France comme au-delà des frontières.







Patrice Carré
© crédit photo : Mifa / AnimFrance


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