Cinéma

Annecy 2026 - Les pistes du SPI pour sortir de la crise

Date de publication : 26/06/2026 - 08:38

À l’occasion de sa présentation annuelle, le SPI a dressé un panorama inquiet de la filière animation et audiovisuelle. Entre recul de l’activité, fragilisation de l’emploi, mutations du financement international et tensions sur les dispositifs publics, le syndicat appelle à adapter les outils de soutien tout en réaffirmant les principes de l’exception culturelle et de la production indépendante.

Alors qu'AnimFrance, quelques heures plus tôt, axait son intervention sur "l'heure des choix", le SPI évoquait une "croisée des chemins" pour ce secteur à travers sa présentation collégiale traditionnelle. Globalement, les enjeux, perspectives et souhaits du syndicat étaient, à quelques exceptions près, similaires à celles d'AnimFrance.

"Dans un contexte de turbulences que subit notre industrie, les valeur les valeurs fondatrices du SPI nous semblent plus que jamais essentielles", déclare en introduction Sébastien Onomo, président du collège animation du Spi. "Notre syndicat porte une conviction forte. la défense de l'exception culturelle. Sa souveraineté et la diversité de la création ne sont pas une option, mais une nécessité. Ces principes constituent le socle de notre modèle culturel et doivent continuer à inspirer les politiques publiques, car une culture abandonnée aux seules lois du marché conduirait inévitablement à une concentration des œuvres, à un appauvrissement de la création et à une fragilisation de notre indépendance." Le producteur poursuit : "Face aux logiques de concentration, aux bouleversements technologiques et à l'uniformisation croissante des contenus, notre responsabilité est de défendre un modèle qui garantit la liberté de création, le pluralisme des œuvres, l'émergence de nouveaux talents et la capacité de chacun à raconter ses propres histoires."

Emmanuel-Alain Raynal a ensuite insisté sur la notion de production indépendante et des valeurs qu'elle porte : une liberté financière, artistique et éditoriale. "Être indépendant, c'est pouvoir choisir ses projets, défendre une vision, prendre des risques sans être soumis aux logiques industrielles des diffuseurs et à la concentration croissante du secteur."

L'IA, une approche responsable et vigilante

Cette production indépendante, comme l'ensemble de la filière, est fragilisée par "une baisse de l'activité préoccupante" à tous les étages. Un bouleversement qui s'accélère avec l'émergence de l'IA. " Elle est en passe d'être une révolution industrielle dans la fabrication des œuvres. Et il faut bien sûr s'emparer de ces potentialités, avec responsabilité, vigilance et sans naïveté", prévient Noam Roubah. "Les progrès technologiques doivent être au service des créateurs et des créations. Elles doivent accompagner et améliorer le spectacle. Encore une fois, il est important de continuer cette pédagogie autour de l'IA et de distinguer les usages et les répercussions de l'IA générative et de l'IA non générative." Le SPI affirme être aux avant-postes pour défendre le droit d'auteur et la juste rémunération devant compenser compenser l'utilisation de ces œuvres dans l'entraînement des IA. Le syndicat se dit toutefois inquiet de la position du gouvernement français qui semble plus enclin à protéger les intérêts des acteurs de la tech que ceux de la culture. Hors de question de baisser les bras toutefois. "Nous ne devons pas niveler vers le bas le standing de nos productions, ni revoir la baisse de nos ambitions, mais au contraire, réaffirmer la force de notre modèle et miser sur notre différenciation comme maître mot. La diversité des lignes éditoriales, l'audace, l'originalité, la prise de risque artistique et la coopération entre les partenaires", martèle Noam Roubah.

SMAD and co.

Valentine Cottinet, déléguée animation par intérim du SPI, a ensuite abordé la structure réglementaire qui encadre l'animation, regrettant un petit train de retard par rapport aux évolutions du secteur et aux bouleversements que l'animation connaît. Elle se réjouit toutefois de la modification du décret SMAD, ajusté pour être mieux dirigé vers l'animation. "Les investissements des streamers bénéficiaient très peu à l'animation et quand c'était le cas, c'était essentiellement pour des rachats de catalogues." Une clause de diversité a donc été instaurée dans le décret SMAD depuis le début de l'année 2026. Elle tempère l'enthousiasme en rappelant la montée en charge progressive de cette clause. D'ici à trois ans, 20% des investissements des plateformes devront aller dans l'animation avec un taux minimum d'inédits. La déléguée rappelle également le recours déposé par Netflix, Disney et Amazon contre cette clause. Un recours non suspensif.

Concernant la révision de la directive SMA, le SPI souhaite comme de nombreuses organisations que cette directive ne devienne pas un règlement. L'exception de pays de destination doit également être maintenue pour continuer d'appliquer les règles françaises. Le SPI milite également pour que la définition de l'œuvre européenne soit plus stricte et encadrée. Le syndicat souhaite que cette définition se réfère à une production déléguée européenne. Comme l'ensemble de la filière, le SPI appelle à l'intégration des plateformes de partage de vidéo et des réseaux sociaux dans cette directive, en réponse aux "asymétries réglementaires injustifiables qui persistent au bénéfice de ces acteurs."

"Il n'y pas d'impossibilité juridique à mettre en place une législation. C'est une question de volonté politique européenne. En Belgique flamande, ce système existe", précise Valentine Cottinet.

YouTube, aujourd'hui leader dans la consommation d'œuvres d'animation, " profite de la puissance de l'animation française sans participer au financement de la production de nouvelles œuvres", relève Virginie Giachino. " Cela va à l'encontre du principe fondamental sur lequel repose le modèle vertueux du système français, selon lequel l'aval finance l'amont. YouTube organise un processus de démonétisation de l'audience et de dévalorisation de l'animation."

Autre demande bien identifiée : supprimer l'abattement fiscal de 66% sur la taxe fléchée en direction du CNC.

Renforcer l'attractivité des crédits d'impôts nationaux

Le SPI appelle à l'optimisation du crédit d'impôt international pour maintenir sa compétitivité sans abîmer les incitations fiscales réservées aux productions nationales. "Certaines productions, bconçues initialement par des sociétés françaises avec des financements étrangers, font le choix d'être qualifiées d’œuvres françaises et bénéficier des aides nationales et du crédit d’impôt. Mais elles peuvent aussi être considérées comme des œuvres étrangères. Pour les projets les plus coûteux, les arbitrages financiers conduisent souvent à privilégier cette seconde option, reléguant alors les sociétés françaises au rôle de simples producteurs exécutifs", souligne Virginie Giachino.

Elle poursuit : "L'objectif est vraiment de garantir un crédit d'impôt audiovisuel et cinéma attractif et/ou de réduire l'écart d'attractivité avec le C2I. Ces dispositifs sont primordiaux pour aider les sociétés françaises à conserver des droits plus étendus, enrichir leur catalogue et maîtriser leur production. C'est un enjeu de souveraineté."

Le SPI souhaite également aligner le crédit d'impôt international pour l'animation (30%) sur celui de la production à fort effet visuel (40%). L'ambition ici n'est pas de fragiliser la production nationale. "Il n'est pas question que nos projets français soient transformés en projets étrangers pour des raisons fiscales. Notre objectif est clair : plus d'attractivité, plus de coopération, mais toujours au service de l'indépendance, des droits et de la force de notre production française indépendante", résume Emmanuel-Alain Raynal.

Aides en amont, ATA, films fragiles… Le CNC sollicité

Gaëtan Bruel, président du CNC, l'a annoncé la veille : le vote sur la réforme des aides en amont doit avoir lieu début juillet. Dans le cadre de cette réforme, le SPI poussait pour trois points en particulier afin de mieux prendre en compte les spécificités de l'animation. Le premier point portait sur la compatibilité de l'aide à la réécriture et de l'aide au développement. Le SPI souhaitait aussi la revalorisation de l'aide au développement. L'objectif du SPI était de créer un volet spécifique pour l'aide au pilote, permettant d'atteindre un total cumulé de 100 000 €. Le syndicat se dit conscient que les dotations budgétaires ne permettent pas d'atteindre ces montants. Enfin, le syndicat préconisait l'élargissement de la passerelle animation, dispositif permettant de mobiliser une partie du fonds de soutien audiovisuel pour le développement de longs métrages.

Concernant les aides sélectives aux techniques d'animation (ATA), le SPI aimerait ouvrir le volet des tests d'animation aux pilotes "à condition qu'ils présentent des difficultés techniques spécifiques." Le SPI identifie deux intérêts. Tout d'abord, "les difficultés techniques rencontrées lors d'un développement pourraient être mises à l'épreuve du rendu à l'image animée." "On se situe dans un moment où on manque cruellement en manque d'argent et où il faut démarcher les distributeurs, qui veulent un aperçu du projet", souligne le SPI.

"Au regard de l'augmentation du nombre de films d'animation éligibles à cette aide et des budgets de fabrication d'un pilote qui se situent en moyenne entre 80 000 et 250 000 €, le montant des aides allouées au titre de l'ATA reste aujourd'hui insuffisant", estime le SPI.  Le syndicat propose deux aménagements "ambitieux mais pas irréalistes", selon lui. Tout d'abord, le SPI préconise la revalorisation du plafond des aides par film d'initiative française à 700 000 €. Cette demande induirait une hausse de l'enveloppe globale de l'aide à 7 M€, contre 4,5 M€ aujourd'hui. Il prône aussi l'élargissement et la révision des tests techniques.

Le SPI salue les échanges en cours avec le CNC, notamment sur l’adaptation du seuil d’intensité d’argent public dans la définition du film d’animation dit « fragile ». Le syndicat plaide pour une évolution du cadre actuel, qui limite à 50 % la part d’aides publiques et fixe un plafond de budget à 1,5 M€ pour accéder à un régime pouvant aller jusqu’à 60 % de financement public. Une architecture jugée inadaptée aux réalités économiques du secteur de l’animation.

Dans un contexte de contraction des apports des diffuseurs, le financement privé devient de plus en plus difficile à mobiliser, ce qui accentue, selon le SPI, une forme de double contrainte pour les producteurs. Le syndicat estime qu’un relèvement du seuil de budget permettant d’accéder à des soutiens publics complémentaires serait davantage en phase avec les besoins des projets.

Il souligne également que la possibilité de cumuler plusieurs aides régionales et territoriales pourrait produire un effet vertueux, en favorisant la relocalisation des tournages et des dépenses de production en France.

Concernant le court-métrage, une réforme de l’aide aux programmes est attendue, avec pour objectif de renforcer l’équité du dispositif. Celle-ci devrait également favoriser le renouvellement des sociétés bénéficiaires, tout en permettant une actualisation et une simplification des critères d’attribution. Elle prévoit également une meilleure prise en compte des spécificités de l’animation, notamment par l’intégration d’experts supplémentaires au sein des commissions concernées. Le dispositif pourrait aussi évoluer avec un élargissement de la liste des festivals pris en compte dans l’attribution des points, afin d’y inclure davantage de festivals dédiés à l’animation.

Un soutien réaffirmé à l'audiovisuel public

Le SPI a renouvelé son soutien à France Télévisions, essentiel dans le paysage de l'animation. Le syndicat réaffirme aussi l'importance d'une chaîne dédiée à la jeunesse avec France 4, menacée de suppression dans le rapport de Charles Alloncle. "C'est une valeur cardinale du SPI", déclarent les producteurs. "S’il est légitime de réfléchir à des scénarios visant à optimiser le fonctionnement de l’audiovisuel public, en mutualisant certaines dépenses et en recherchant une plus grande efficience de l’argent public, la poursuite des coupes dans les ressources de France Télévisions se traduirait nécessairement par une réduction du soutien à la création et des budgets de programmes, ainsi que par une atteinte à la diversité et à la qualité des œuvres, et, in fine, par un affaiblissement de l’ensemble de la filière."

L'international, enjeux et risques

Sébastien Onomo rappelle que « le modèle économique de l’animation a profondément évolué ces dernières années ». Il souligne que là où le financement international reposait historiquement sur des préventes permettant aux producteurs français de conserver la maîtrise de la propriété intellectuelle tout en maintenant la fabrication sur le territoire national, ce schéma « s’essouffle aujourd’hui ».

Selon lui, la baisse continue des préventes, combinée au développement de dispositifs de soutien étrangers et européens conditionnant leurs aides à des dépenses réalisées sur leur propre territoire, conduit désormais à faire de la coproduction internationale une nécessité économique.

Sébastien Onomo estime que « le cadre actuel n’a pas suffisamment accompagné cette mutation ». Il explique qu’en partageant davantage la fabrication avec leurs partenaires étrangers, les producteurs voient mécaniquement diminuer la part des dépenses réalisées en France, ce qui réduit le bénéfice du crédit d’impôt, « voire peut conduire à sa perte lorsque le seuil minimal de dépenses françaises n’est plus atteint ».

Pour Sébastien Onomo, « il est aujourd’hui indispensable d’adapter nos dispositifs afin qu’ils accompagnent cette nouvelle réalité économique ». Il précise que l’objectif n’est pas de délocaliser la création française, mais de permettre aux producteurs de construire des coproductions solides, de conserver la maîtrise de leurs œuvres et de renforcer le rayonnement international de l’animation française.

Emmanuel-Alain Raynal évoque « une triple peine pour le long métrage ». Il explique que le secteur fait face à un financement privé limité, avec déjà peu de chaînes investissant, et des montants qui, à budget égal, restent inférieurs d’environ 50 % à ceux de la prise de vue réelle, alors même que les budgets d’animation sont plus élevés. Selon lui, cette situation réduit mécaniquement les capacités à mobiliser de l’argent public en complément, et complique le respect des seuils de fabrication en France. Il souligne ainsi qu’il devient difficile de garantir 67 % de production sur le territoire national, conduisant les producteurs à recourir davantage à la coproduction internationale. « Aujourd’hui, ce n’est plus possible », insiste-t-il, dans un contexte de crise sociale et d’emploi jugé particulièrement préoccupant pour le secteur. "Il faut absolument qu'on trouve le moyen de maintenir cette fabrication en France." Pour le crédit d'impôt cinéma, le SPI propose donc de ramener la part minimale de dépense pour les films d'animation de 67% à 55%.

Emmanuel-Alain Raynal rappelle que le contexte de dépenses publiques problématique, tout en soulignant qu’il convient de rappeler que la masse salariale d’un film d’animation est « deux fois plus importante que celle d’un film de prise de vue réelle ». Selon lui, cette réalité, mise en regard des enjeux d’emploi dans le secteur, constitue un argument particulièrement fort à porter auprès des pouvoirs publics.

Le producteur est également revenu sur l’évolution de l’aide aux Cinémas du monde, un dispositif pour lequel, selon lui, « trop peu de films d’animation étaient soutenus ». Il salue les évolutions engagées par le CNC, qui a notamment renforcé la représentation de professionnels de l’animation au sein des commissions. « Pas forcément simplement pour défendre, mais aussi pour expliquer, simplement pour respecter ce que nous sommes », souligne-t-il.

Emmanuel-Alain Raynal se félicite également d’une meilleure prise en compte des spécificités économiques de l’animation, avec une adaptation des critères budgétaires et davantage de souplesse pour favoriser les coproductions au-delà de l’Europe, notamment avec le Japon ou les États-Unis, pays avec lesquels la France ne dispose pas de mini-traité. Il rappelle enfin que le CNC a accepté de relever de 2,5 à 4 M€ le plafond budgétaire ouvrant droit à une dérogation d’agrément pour ces coproductions, permettant ainsi à davantage de projets de bénéficier du dispositif Cinémas du monde.

L'emploi, le SPI inquiet

Le SPI alerte sur les conséquences sociales du ralentissement de l’activité (7 000 employés en moyenne contre 10 000 il y a quelques années), qu’il juge « quand même conséquente » dans l’animation comme dans l’audiovisuel au sens large. Selon lui, la précarité s’accroît parmi les techniciens, de plus en plus nombreux à ne pas parvenir à effectuer les 507 heures nécessaires au maintien de leur statut d’intermittent.

Il observe également une multiplication des reconversions professionnelles, certains artistes et techniciens ne parvenant plus « tout simplement » à vivre de leur métier. Une situation qui fait craindre, selon lui, une perte durable de compétences, avec le départ de professionnels qualifiés vers d’autres secteurs.

Le SPI reconnaît que cette situation alimente des tensions avec les organisations sociales, mais appelle à renouer un dialogue apaisé. Le syndicat estime que les solutions ne pourront émerger qu’à travers la négociation et la concertation entre l’ensemble des acteurs de la filière.

Le SPI rappelle également que les producteurs sont souvent perçus comme des acteurs disposant de marges financières importantes et capables d’assumer davantage de risques. Une vision qui, selon le syndicat, ne correspond plus à la réalité. « Les marges se sont considérablement réduites » ces dernières années, souligne-t-il, contraignant de nombreuses sociétés à réduire leurs effectifs permanents et à rogner sur leurs frais de structure. Une fragilisation de la rémunération des producteurs et des entreprises qui, selon le SPI, menace désormais l’ensemble de la filière.

La formation est un sujet lié à ces enjeux. Le SPI souligne également que la question de la formation est étroitement liée aux difficultés actuelles du secteur.

Le syndicat observe qu’un grand nombre d’écoles forment désormais aux métiers de l’animation, entraînant chaque année l’arrivée de nombreux diplômés sur le marché du travail. Or, ces étudiants rencontrent de plus en plus de difficultés pour trouver des stages puis des emplois.

Face à cette multiplication des formations, le SPI estime que la qualité des enseignements n’est pas toujours au rendez-vous. Il indique travailler avec le RECA afin que la labellisation des écoles « signifie vraiment quelque chose » et offre de véritables garanties aux étudiants et à leurs familles. L’objectif est notamment d’éviter que des jeunes s’endettent pour financer des formations coûteuses sans débouchés suffisants dans un marché de l’emploi qui s’est fortement resserré.

Florian Krieg
© crédit photo : Florian Krieg


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