Cinéma
[Tribune] Marc du Pontavice : "il est temps que chacun s’interroge sur ce que l’animation peut apporter à l’avenir du cinéma"
Date de publication : 08/07/2026 - 15:44
Forte de ses succès en salles, à la télévision et à l’international, l’animation française a acquis une place majeure dans l’écosystème de la création. Dans cette tribune, Marc du Pontavice, président de Xilam Animation, plaide pour une meilleure prise en compte du secteur dans les accords qui structurent la filière.
Depuis quelques années, l’animation française remporte de formidables succès mais peine à être pleinement reconnue dans les accords interprofessionnels qui gouvernent le cinéma.
Cette année, le festival de Cannes a accueilli le chiffre record de 9 films d’animation dans ses différentes sélections (dont 7 français) ; la compétition officielle à Annecy a présenté un niveau de qualité et d'inventivité jamais vu ; et depuis plusieurs années la production française envoie chaque année, ou presque, un ou plusieurs films aux Oscars.
Ce foisonnement exceptionnel de la création française n’intervient pas par hasard. Il s’inscrit dans un contexte où les spectateurs n’ont jamais autant recherché les films d’animation. Ceux-ci pèsent en effet 27% du box-office mondial. Même constat du côté des plateformes de streaming où les œuvres d’animation représentent près de 20% de l’audience de Netflix et de Youtube, et même 25% de France.tv. La France est d’ailleurs le seul pays au monde (hors Etats Unis et Japon) où sa production nationale de programmes d’animation pour la télévision est numéro 1 sur son marché et même numéro 2 en Europe. L’animation française, qui pèse pourtant moins de 10% des investissements consentis dans la fiction, dépasse les 30% du chiffre d’affaires global des œuvres à l’exportation.
Le plus extraordinaire dans tout ça vient de ce que l’essentiel de ces succès est à mettre au crédit de la seule production indépendante, en télévision comme au cinéma.
Alors comment expliquer que tant de professionnels du cinéma traditionnel s’acharnent encore à vouloir cantonner nos talents et nos studios à la marge de l’écosystème français de la création ? Il y a deux ans, lors de la négociation d’un accord interprofessionnel entre les syndicats de producteurs de cinéma et France Télévisions, cette dernière a souhaité doubler ses investissements dans le cinéma d’animation, ce à quoi l’UPC s’est formellement opposé en imposant un plafond d’investissement, du jamais vu dans l’histoire des syndicats de producteurs dont la fonction est plutôt de fixer des planchers. Récemment, en considération de l’atomisation de la représentation des producteurs, une initiative de trois des quatre syndicats (dont AnimFrance) a souhaité constituer une fédération pour mener de concert les discussions autour de la chronologie des médias. Là encore, l’UPC s’y est opposée. À nouveau, elle se comporte en corporation des intérêts de la prise de vues réelles à l’encontre des métiers de l’animation.
Et pour cause, les succès de l’animation américaine et japonaise en France ont l’avantage de nourrir les recettes du CNC au seul profit de la production française, sans rien prélever sur les quotas d’investissement des chaines de télévision et des plateformes. Alors que des succès en salles d’œuvres d’animation française pourraient, de leur point de vue, prélever une part de leur chasse (bien) gardée.
Mais quel raisonnement à courte vue ! En frustrant nos producteurs de leur capacité de création et d’investissement, c’est toute l’industrie du cinéma qui se tire une balle dans le pied.
Les investissements des diffuseurs dans une œuvre de prise de vues réelles pèsent ainsi près de 40% du budget de production. Contre 12% dans les œuvres d’animation. Alors même que le coût médian de ces dernières est le double de celui des films de fiction. Ce sous-investissement chronique, et délibéré de la part de certains syndicats de producteurs, empêche notre industrie de monter en gamme et d’apporter une concurrence plus frontale aux œuvres étrangères.
Si cette question du sous-investissement était rapidement résolue, la part de marché des films d’animation français dans les salles pourraient bondir (les marges de progression sont considérables) et compléter l’offre de cinéma traditionnelle en redonnant une dynamique à l’offre de films français. Mais surtout cette perspective pourrait multiplier par deux ou par trois l’exportation de nos œuvres, alors que le cinéma traditionnel a de plus en plus de mal à s’imposer hors de nos frontières.
Au moment où des décisions cruciales doivent être prises, via la chronologie des médias, sur les dispositifs d’investissement dans les œuvres, il est temps que chacun s’interroge sur ce que l’animation peut apporter à l’avenir du cinéma et lui fasse la place qu’elle mérite.
Ce foisonnement exceptionnel de la création française n’intervient pas par hasard. Il s’inscrit dans un contexte où les spectateurs n’ont jamais autant recherché les films d’animation. Ceux-ci pèsent en effet 27% du box-office mondial. Même constat du côté des plateformes de streaming où les œuvres d’animation représentent près de 20% de l’audience de Netflix et de Youtube, et même 25% de France.tv. La France est d’ailleurs le seul pays au monde (hors Etats Unis et Japon) où sa production nationale de programmes d’animation pour la télévision est numéro 1 sur son marché et même numéro 2 en Europe. L’animation française, qui pèse pourtant moins de 10% des investissements consentis dans la fiction, dépasse les 30% du chiffre d’affaires global des œuvres à l’exportation.
Le plus extraordinaire dans tout ça vient de ce que l’essentiel de ces succès est à mettre au crédit de la seule production indépendante, en télévision comme au cinéma.
Alors comment expliquer que tant de professionnels du cinéma traditionnel s’acharnent encore à vouloir cantonner nos talents et nos studios à la marge de l’écosystème français de la création ? Il y a deux ans, lors de la négociation d’un accord interprofessionnel entre les syndicats de producteurs de cinéma et France Télévisions, cette dernière a souhaité doubler ses investissements dans le cinéma d’animation, ce à quoi l’UPC s’est formellement opposé en imposant un plafond d’investissement, du jamais vu dans l’histoire des syndicats de producteurs dont la fonction est plutôt de fixer des planchers. Récemment, en considération de l’atomisation de la représentation des producteurs, une initiative de trois des quatre syndicats (dont AnimFrance) a souhaité constituer une fédération pour mener de concert les discussions autour de la chronologie des médias. Là encore, l’UPC s’y est opposée. À nouveau, elle se comporte en corporation des intérêts de la prise de vues réelles à l’encontre des métiers de l’animation.
Et pour cause, les succès de l’animation américaine et japonaise en France ont l’avantage de nourrir les recettes du CNC au seul profit de la production française, sans rien prélever sur les quotas d’investissement des chaines de télévision et des plateformes. Alors que des succès en salles d’œuvres d’animation française pourraient, de leur point de vue, prélever une part de leur chasse (bien) gardée.
Mais quel raisonnement à courte vue ! En frustrant nos producteurs de leur capacité de création et d’investissement, c’est toute l’industrie du cinéma qui se tire une balle dans le pied.
Les investissements des diffuseurs dans une œuvre de prise de vues réelles pèsent ainsi près de 40% du budget de production. Contre 12% dans les œuvres d’animation. Alors même que le coût médian de ces dernières est le double de celui des films de fiction. Ce sous-investissement chronique, et délibéré de la part de certains syndicats de producteurs, empêche notre industrie de monter en gamme et d’apporter une concurrence plus frontale aux œuvres étrangères.
Si cette question du sous-investissement était rapidement résolue, la part de marché des films d’animation français dans les salles pourraient bondir (les marges de progression sont considérables) et compléter l’offre de cinéma traditionnelle en redonnant une dynamique à l’offre de films français. Mais surtout cette perspective pourrait multiplier par deux ou par trois l’exportation de nos œuvres, alors que le cinéma traditionnel a de plus en plus de mal à s’imposer hors de nos frontières.
Au moment où des décisions cruciales doivent être prises, via la chronologie des médias, sur les dispositifs d’investissement dans les œuvres, il est temps que chacun s’interroge sur ce que l’animation peut apporter à l’avenir du cinéma et lui fasse la place qu’elle mérite.
Marc du Pontavice, président de Xilam Animation
© crédit photo :
L’accès à cet article est réservé aux abonnés.
Vous avez déjà un compte
Accès 24 heures
Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici

